Monolithe – ITW : Un peu plus près des étoiles…

20 Sep 16 Monolithe – ITW : Un peu plus près des étoiles…

Monolithe, entité doom atypique et transcendante, en a terminé avec sa saga nommée Le Grand Horloger. Achevée en 2013 (avec la sortie de IV), cette épopée spatiale et chargée en riffs massifs renferme autant de mystères que le ciel ne compte d’étoiles et d’incertitudes. Depuis 2015, c’est un nouveau concept qui occupe l’esprit de Sylvain Bégot : un double album qui ne modifie pas le fond, mais les formes. Plus accessible que par le passé, Monolithe affirme plus que jamais sa singularité et sa pesanteur, interroge toujours l’insondable univers, tout en parvenant à donner un nouvel élan vital à ce projet fascinant et astronomique. Décryptage d’un diptyque audacieux.

Obsküre Magazine : La saga du Grand Horloger étant terminée depuis 2013, tu as décidé de te lancer dans une autre épopée, un nouveau concept musical. Quel est son origine et sur quelle base d’inspiration s’appuie-t-il ?

Sylvain Bégot : Après la saga que tu cites, qui a quand même donné naissance quatre albums et deux EP, je ne souhaitais pas spécialement repartir sur un nouveau concept aussi long. J’ai donc eu l’idée d’un double album : Nous restons dans l’univers de la science-fiction, mais plutôt que de narrer une histoire globale comme nous l’avons déjà fait, les textes sont cette fois de petits instantanés qui tournent autour du thème de l’unicité. Sur Epsilon Aurigae sorti en décembre 2015, le titre « Synoecist » décrivait une entité qui avalait l’univers pour n’en faire qu’un unique amalgame de matière, « Everlasting Sentry » traitait de la recherche infructueuse de vie dans l’univers et donc de la solitude de l’Humanité. Sur Zeta Reticuli, les textes dépeignent une planète-ville surpeuplée, une écuménopole sur « Ecumenopolis », et l’errance d’un vaisseau fantôme, perdu seul aux confins de l’univers sur « The Barren Depths ». Tout ceci est bien sûr en relation avec le nom du groupe, Monolithe. Les deux disques, Epsilon Aurigae et Zeta Reticuli sont une entité unique, avec le même thème, la même logique, la même durée de morceaux. Ils sont issus des mêmes sessions de composition et d’enregistrement, mais sont sortis à quelques mois d’intervalle. Sur le plan musical, les deux albums sont complémentaires et forment un voyage mouvementé si on les écoute l’un après l’autre.

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Mais au fait, d’où te vient cette passion pour le cosmos ?

Plus qu’une passion, je parlerais plutôt d’une… fascination. Un passionné vivrait son quotidien autour de l’objet de son adulation, ce qui est loin d’être mon cas. L’espace, le cosmos, la science et le questionnement métaphysique qui en sont issus exercent simplement sur moi une séduction magnétique. Le sujet m’intéresse à la fois parce qu’il attise ma curiosité intellectuelle, sur le plan de la connaissance pure et de la spéculation, et parce qu’il est aussi porteur de beauté et de poésie. C’est un peu hors du temps, hors du quotidien et j’admets avoir une inclinaison plus importante envers les échappatoires de l’ordinaire plutôt que pour les matchs de foot… C’est aussi un domaine très vaste, parfois très pointu, dont je ne maîtrise pas tous les aspects et dont certains m’échappent complètement, donc loin de moi l’idée de me poser en expert.

En 2013, tu me disais  que les autres membres du groupe ne participaient pas au processus d’écriture des albums de Monolithe. Est-ce toujours le cas ?

C’est toujours le cas, même s’il y a parfois des collaborations ponctuelles. Les quelques parties orchestrales qu’on pouvait trouver sur III, IV et Epsilon Aurigae ont par exemple été arrangées en compagnie de Sébastien Latour, qui dispose de toute la connaissance théorique nécessaire pour ce travail spécifique. Sur Zeta Reticuli, j’ai invité Jari Lindholm d’Enshine, à écrire et jouer un solo de guitare pour « TMA-1 ». D’autres compositeurs participeront au septième album de Monolithe, sur lequel j’ai déjà commencé à travailler il y a quelques semaines.

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Comme pour Epsilon Aurigae, Zeta Reticuli renferme trois titres de quinze minutes chacun, pas une seconde de plus. Pourquoi ce choix ?

Pour commencer, en additionnant trois titres de quinze minutes, on arrive à un total de quarante-cinq minutes, un temps qui a toujours été pour moi la « durée d’or » d’un album, c’est à dire la durée d’une face de mes cassettes d’ado ! Quinze minutes, c’est aussi une durée suffisante pour construire des titres riches, qui disposent d’espaces pour se développer selon mes envies. Auparavant, nos titres duraient entre cinquante et cinquante-sept minutes… Ensuite, on peut lire le timing « un / cinq » sur Epsilon Aurigae, qui est notre cinquième album et « un + cinq » sur Zeta Reticuli, le sixième. Enfin, dès les premières notes composées, je me suis imposé la contrainte de créer six titres de quinze minutes pile, par défi et pour définir un cadre de travail attaché à ce projet. J’aime bien jouer avec les chiffres.

Epsilon Aurigae et Zeta Reticuli sont deux étoiles, ou plus précisément des systèmes binaires. Pourquoi avoir choisi ces deux-là et pas deux autres ? Quels liens entretiennent-elles ?

En synthèse, « epsilon » est la cinquième lettre de l’alphabet grec et « zeta » en est la sixième… et Epsilon Aurigae et Zeta Reticuli sont respectivement notre cinquième et sixième album. Nous avions l’habitude de titrer nos albums avec des chiffres romains, nous sommes juste passés du latin au grec (rires). Aussi, ce sont des « lieux » familiers des connaisseurs de science-fiction puisqu’ils ont été les scènes de nombreuses œuvres, de The Forever War en passant par Alien et Prometheus. Zeta Reticuli est, parait-il, le système dont sont originaires les petits gris, l’image d’Épinal qu’on se fait généralement des extra-terrestres !

Dans quel état d’esprit étais-tu lorsque tu as composé Epsilon Aurigae et Zeta Reticulizr-pic4_web

Je me suis lancé dans ce projet comme on démarre un marathon ou une randonnée, un parcours pendant lequel on va souffrir, mobiliser de l’énergie et de la volonté pour arriver au bout du chemin. Mais il y avait une vision artistique claire, une envie de proposer une œuvre aboutie. Monolithe ne sort pas un disque pour ajouter une référence à notre discographie, partir en tournée et vendre des t-shirts. L’état d’esprit, c’était de tout donner pour créer le meilleur album possible.

« The Barren Depths » sonne presque doom / death, le rythme est enlevé, le chant clair tranche avec l’ensemble, offrant un titre d’une originalité… surprenante ! As-tu cherché à dérouter les fans de Monolithe ?

Je décrirais « The Barren Depths » comme du classic rock joué par un groupe de metal extrême, avec en sus tous les éléments musicaux inhérents à Monolithe. Sur ce titre-là, les influences sont plutôt à aller chercher du côté des années 70 et des pionniers du Doom à mon avis, sans rentrer non plus dans la case stoner. Pour le chant, c’est quelque chose que j’avais envie d’intégrer au projet. Pour surprendre certes, mais surtout parce que ce titre s’y prête bien.

Dans la présentation de l’album faite par le label, les noms des grands Magma et Univers Zéro sont mentionnés. Bon, c’est peu surprenant car Magma a basé son langage musical sur les liens avec « l’univers »…

Oui, mais à vrai dire je n’aurais pas pensé à citer ces deux groupes comme influence. Si Debemur Morti a fait le rapprochement, c’est sans doute parce qu’ils ont ressenti une connexion… où ont-ils su que je connaissais bien Magma (rires). En y réfléchissant, je pense que d’un point de vue purement formel, le rapport est plutôt mince. Nous restons avant tout un groupe de metal, avec des guitares puissantes. Univers Zero par exemple, est beaucoup plus intimiste que Monolithe, mais la noirceur, les thèmes abordés, l’aspect hypnotique et immersif de la musique, la longueur des titres, l’absence de règles ou de formules sont effectivement des points communs que notre groupe peut entretenir avec le zeuhl ou le rock in opposition.

 

SORTIE : MONOLITHE

Zeta Reticuli (Debemur Morti) (2016)

> WEB OFFICIEL

www.monolithedoom.tumblr.com

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