Mlada Fronta – Interview bonus Obsküre #27

14 Fév 16 Mlada Fronta – Interview bonus Obsküre #27

Outrun est le nouvel album studio de Mlada Fronta, de retour au sein de l’écurie pro-synthétique française M-Tronic. Mlada Fronta est en interview dans Obsküre #27 (janvier > mars 2016) mais tout ce que le magazine n’a pas publié est ici même. Interview bonus, ça s’appelle. Avec face à nous le fondateur et maître à penser d’un son complété par le EP Outrunner, son qui de mémoire d’homme n’a jamais été aussi dynamique et direct. [Photos : sources FB officielles R. Pelleschi + Mlada Fronta]

La composition d’Outrun a-t-elle démarré tôt après celle de Polygon ? Après une période d’arrêt prolongée pour Mlada Fronta, on t’a rarement senti aussi productif qu’aujourd’hui… As-tu aussi ce sentiment et si oui, par quoi l’expliques-tu ?
Rémy Pelleschi : Oui la composition du nouvel album s’est fait quelques mois après la sortie de Polygon. C’est très stimulant de voir les réactions de la presse spécialisée européenne ou nord-américaine ainsi que les retours du public, qui a apprécié le virage. Il fallait redoubler d’efforts et marquer encore plus fort son empreinte avec un nouvel album, car Mlada Fronta a entamé une réelle renaissance avec Polygon. Outrun confirme ces choix artistiques et je pense aussi que ma musique est devenue plus accessible et a permis de sensibiliser à mon travail une certaine presse/scène – ce qui ne me déplaît pas.

Outrun, l’album / Outrunner, le maxi : as-tu eu l’idée d’une sortie sous forme duale tôt dans le processus, ou l’idée du EP n’est-elle venue que sur le tard ?
L’idée du vinyle est venue plus tard. C’est marrant mais… en fait, ce sont les labels qui m’ont à chaque fois suggéré de faire des compositions inédites pour ce support – ce qui me plaît finalement, car cela donne un côté « collector » à l’objet. Le vinyle en lui-même me rappelle des souvenirs d’adolescent : les après-midi chez les petits disquaires et les copies sur k7 pour les copains !… Et puis cela permet de profiter pleinement d’une belle pochette pour développer un artwork en conséquence. Plutôt cool (sourire).

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Un bandeau réalisé originellement pour la promotion d’Outrun montre une voiture sur fond rouge avec cette légende : No limits, no rules : live only for speed. Cette formule n’introduit-elle qu’un des titres de l’album portant ce titre, « Live for Speed » ; ou reflétait-elle à ce moment quelque chose de ton d’esprit ? Que dit-elle de la globalité du travail ?
Tous les titres de l’album sont composés sur le thème de la vitesse, que ce soit en voiture ou en moto avec ce vent de liberté qui souffle dans notre dos à fond de régime, le vent dans les cheveux avec cette adrénaline qui te tient encore en vie – car là, tu as l’impression un moment d’exister, de ne plus avoir de lois au-dessus de ta tête ; tu gères le moment qui passe, à ta guise… C’est toi, en mouvement et tu vas là où ton désir, ton instinct te dit d’aller. Tu n’as pas de montre, de repère lié à une activité professionnelle. Le temps t’importe peu, cela est inutile. Une aventure solitaire s’ouvre à toi, tu es en phase avec tout ce qui t’entoure et tu vois défiler les paysages à vitesse grand V, tout se retrouve par moments déformé par la vitesse, la vision, ta vision n’est plus la même. Voilà c’est un peu ça Outrun… Je suis motard et le reste au plus profond de moi, et cet album partage un peu mon ressenti avec tous ceux qui sont passionnés par les bolides, les belles mécaniques, les sports mécaniques, la vitesse, la recherche de sensations pour exister. Et puis la musique est un super « carburant » pour apporter des couleurs à cette expérience. Ce qui explique aussi que les titres de l’album restent assez évocateurs : « 200MPH », « Speed for Life », « Melt into the Road », « Wild Race »…

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Le terme « run » revient beaucoup dans tes titres depuis 2014… As-tu l’impression d’être lancé dans une course ces temps-ci ? Et si oui, une course contre quoi, ou qui ?
En fait « Night Run » a été composé avec en tête le film The Warriors (1979). C’était un peu un clin d’œil à l’esprit de ce film : cette poursuite d’un gang toute une nuit à travers New York, et toute l’imagerie de la fin des années soixante-dix, la musique qui va avec… Dans Outrun, je vais encore plus loin et je consacre tout l’album à la notion de la vitesse.

Outrun a-t-il impliqué une synergie renouvelée avec ton partenaire musical Jimmy Beaufils, ou as-tu piloté la confection studio en solitaire ?
Pour ce nouvel album, et en raison du temps que j’ai passé dessus quasiment tous les jours, cela m’a obligé de travailler tout seul cet album en studio. Je voulais mettre rapidement de façon concrète mes idées et pour cela, je me suis enfermé tous les soirs pour composer et avec cette idée, ce thème qui a germé suite à la création des premiers morceaux : no limits, no rules : live only for speed !

As-tu utilisé le même matériel pour Polygon que pour Outrun, ou restes-tu en recherche constante d’outils, utilitaires, logiciels nouveaux ?
J’ai utilisé quasiment le même matériel, mon nouveau setup au studio est parfaitement adapté aux compositions sur lesquelles je travaille aujourd’hui. Je suis néanmoins et toujours à la recherche de nouveaux outils ou synthés, c’est l’avantage de l’informatique : il y a chaque année quelques petits softs qui me surprennent bien et complètent bien mon approche du son. En hardware j’aime beaucoup Elektron et son Analog Four et en softs, Arturia a été beaucoup sollicité pour Outrun. Pour ne citer qu’eux (sourire).

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Tu reviens aujourd’hui sur M-Tronic après la sortie de l’anthologie Every Thing sur Artoffact. Quel bilan tires-tu du partenariat avec eux sur ce « coffret de l’intégrale » ?
Avec Artoffact Records, tout s’est très bien passé, que ce soit pour Polygon ou le coffret Every Thing. Jacek (N.D.L.R. : responsable principal du label) est très professionnel, il connaît son métier, c’est indéniable et dispose d’un très bon réseau de distribution et de promotion. Le label m’a suivi sur tous les aspects de la production du CD et du vinyle, mes idées ont été totalement respectées au final, ce qui est bien cool pour un artiste. Et puis cette idée de coffret 10 CD vient de Jacek et je ne peux que lui être reconnaissant de m’avoir soutenu jusqu’au bout de ce projet, qui m’a quand même pris un an. Ce qui est regrettable c’est la partie « booking » pour les live qui n’a pas été concrète… Le label Artoffact Records est efficace pour la commercialisation d’un album mais pour ce qui est de l’activité concerts, le label n’a pas le personnel ni les outils. J’aurais aimé défendre davantage Polygon sur scène, d’autant que les ventes étaient positives. Nous avions bossé avec Jimmy Beaufils sur le nouveau set et n’avons pu finalement faire que trois concerts à sa sortie, ce qui est un peu frustrant (sourire). Le live reste à mes yeux la condition indispensable pour faire exister le projet, le défendre et apporter une autre dimension aux compositions. Ma conception reste toujours la même : un artiste qui ne fait pas de live n’est pas un artiste accompli. Le public est là pour donner un sens à tout ça, c’est à ce moment que ta musique a l’impact quelle doit avoir, elle prend alors toute sa dimension. Lorsque M-Tronic Records s’est rapproché de moi, nous avions le même discours, que ce soit au sujet des supports CD ou vinyle d’$Outrun$ que de la promotion des futurs live. Et puis Laurent Le Fers est un ami de longue date et avait été manager de Mlada Fronta pendant plusieurs années, cela ne s’oublie pas (sourire)… sans parler du double album Fe2O3 sorti sur leur label en 2001, tout devenait presque naturel et logique de retravailler de nouveau avec Laurent… Chez M-Tronic Records, ce sont des passionnés et cela m’a conforté dans mon choix de leur confier mon nouvel opus (sourire).

Comment as-tu personnellement vécu les évènements du 13 novembre parisien ?
Jamais facile de parler d’un tel évènement. Pour moi comme pour des millions de Français et d’européens, ça été un véritable choc. Je crois que les mots ne suffisent pas. Un tel drame m’a bouleversé… C’est un acte lâche et barbare sur des innocents qui ne peut connaître aucune justification à mes yeux. Ce genre d’évènement est d’autant plus grave qu’il fait suite au massacre de Charlie Hebdo et du casher. Le pays doit rester fort et solidaire face à de tels actes et disposer de tous les moyens nécessaires pour lutter contre le terrorisme, c’est primordial. Et puis c’est assez surprenant cette facilité avec laquelle les responsables de ces actes ont pu circuler avec des armes de guerre et des explosifs… ça, c’est plutôt inquiétant et j’espère que les services secrets français seront à la hauteur pour démanteler rapidement de tels réseaux.

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> SORTIES : MLADA FRONTA
Outrun + Outrunner (EP) (M-Tronic) (2016)
> WEB OFFICIEL
www.mlada-fronta.com

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