Mital-U – Label dark wave/post-punk suisse – Rencontre

28 Nov 13 Mital-U – Label dark wave/post-punk suisse – Rencontre

Au vu du travail formidable fourni par le label Mital-U sur la scène dark wave et post-punk des années quatre-vingt en Suisse, nous avons souhaité questionner Bruno Waser quant à cette scène qui lui est cher et les superbes rééditions qu’il a publiées, toutes sur format double CD, de groupes aussi mythiques que Grauzone, Mittageisen ou The Vyllies.

Obsküre Magazine : Qu’est-ce qui t’a donnée l’envie de créer un label entièrement dédié à la scène post-punk et dark wave de Suisse ?
Bruno W : La musique a toujours occupé une part importante de ma vie. Depuis les années 1970, j’ai ainsi été actif sous différentes formes dans le domaine musical ; j’ai eu le privilège de vivre une période marquée par une créativité remarquable. De par ma situation géographique et mes préférences musicales, j’ai placé l’accent de ce label sur le post-punk (new wave, darkwave, gothic) ainsi que des groupes, notamment suisses, avec lesquels j’ai réussi à créer des contacts personnels.

Je crois que tu as une histoire personnelle avec ce mouvement, peux-tu revenir sur ce passé et ton implication dans cette scène?
Dans le courant de l’année 1977 divers (courts) articles parus dans la presse et plus particulièrement des reportages radiophoniques ont éveillé ma curiosité pour le nouveau mouvement punk. Mon intérêt tant politique que musical m’a incité à prendre l’avion pour Londres dans le but d’y découvrir de mes propres yeux et oreilles la nouvelle scène culturelle. Lors de mon séjour j’ai visité la Kings Road avec le Worlds End (N.D.L.R. : boutique de  Malcolm McLaren et Vivienne Westwood) et divers magasins de disques tels que Rough Trade, et j’ai surtout assisté à plusieurs concerts de groupes tels que Suicide, Adverts, Clash, Siouxsie & the Banshees. Ces quelques semaines ont suffi pour m’inciter à devenir moi-même actif dans ce domaine. J’ai commencé à écrire pour des fanzines et j’ai produit en 1980 le premier 33 tours punk de Suisse (CRAZY). Dans ce contexte j’ai réalisé que la musique de Joy Division, Wire, Cabaret Voltaire me convenaient mieux que la musique punk de groupes tels que les Sex Pistols. Avec des personnes partageant les mêmes goûts, j’ai commencé à composer ma propre musique, expérience qui a entraîné en 1981 la création de « Mittageisen », un des premiers groupes darkwave du monde germanophone. À cette époque, certes, ce terme n’existait pas encore, aussi la musique de « Mittageisen » a-t-elle pu être qualifiée de « punk déprime » par un fanzine peu inspiré. À cette époque, les disques étaient réalisés en autoproduction, phénomène qui m’a incité à créer le prédécesseur de mital-U, label indépendant fondé dans les années 1990. Ces projets s’inspirent de l’idée d’« indépendance » préconisée par le mouvement punk, laquelle trouvera une réalisation conséquente grâce à l’avènement d’Internet.

cover_Mittageisen

Dirais-tu qu’il y avait un son suisse?
Pas vraiment. Il est évident que chaque personne est marquée par un contexte et un environnement personnel. Je pense toutefois que les intérêts et la créativité personnelle jouent un rôle plus important. Dans l’idéal des personnes créatives développent leurs propres idées et permettent ainsi la production de quelque chose de nouveau, par exemple sous forme sonore. Les créations musicales des groupes sont le résultat d’un tel processus. Si la musique locale joue un rôle important dans la vie d’une personne, cette influence se fera sentir d’une manière ou d’une autre.  À cet égard, l’exemple de Grauzone, Mittageisen ou des Vyllies est éloquent : ces groupes n’ont pas connu de gloire au niveau local, et ils ont été reconnus à l’international avant d’être perçus comme des groupes suisses.

Tu as aussi souhaité, à travers ton site web et la réédition des oeuvres complètes de groupes comme Grauzone, Mittageisen ou The Vyllies, fournir un véritable travail historique, en archivant tout ce que tu pouvais trouver. Il y a aussi une perspective historique sur ton site, qui remonte jusqu’au dadaïsme. Est-ce que tu considères faire un travail d’historien?
Les activités du label peuvent être considérées comme un travail d’historien dont la motivation s’explique par les aspects évoqués dans ma première réponse (voir plus haut) ainsi que par le désir de montrer les liens intrinsèques entre le dadaïsme et le punk/wave par le biais du situationnisme. Je considère le punk et surtout le post-punk comme un prolongement de ces mouvements politico-artistiques ; rappelons que de nombreux groupes furent créés par des amateurs d’art non musiciens. Dada est né au Cabaret Voltaire à Zurich, avant de s’étendre à Paris pour y évoluer vers le surréalisme et le situationnisme. À Londres, Malcolm Mc Laren et Vivienne Westwood se sont quant à eux inspirés du situationnisme.

Image de prévisualisation YouTube

Tu a aussi créé ta propre chaîne de télé sur laquelle on trouve des vidéos en très bonne qualité de certains des groupes dont on parle. Est-ce que cela a représenté aussi beaucoup de recherche?
Le canal vidéo est conçu comme un complément des doubles CD qui sont eux-mêmes accompagnés de livrets riches en images et en informations. Je possédais moi-même quelques vidéos musicales et j’en ai reçu d’autres des membres de certains groupes. Il ne me restait qu’à les digitaliser, remasteriser et publier…

Travailles-tu toujours en connexion très étroite avec les groupes? Notre philosophie est de ne sortir que des CD autorisés (comme produit final) par les groupes eux-mêmes. Cela n’est possible que par un contact personnel avec les différents artistes. Le défi réside dans la recherche des personnes et l’établissement d’une collaboration basée sur la confiance. Cet aspect est souvent compliqué par des expériences plutôt négatives que certains musiciens ont faites avec le « business de la musique ». Dans ce contexte, ma propre expérience de musicien est certainement une aide efficace.

Image de prévisualisation YouTube

Quelles sont pour toi les chansons et les groupes incontournables de la scène post-punk-wave suisse? 
En principe les morceaux des trois groupes présentés sur le site de mital-U (Grauzone, Mittageisen, The Vyllies) ainsi que Kleenex, Yello et les Young Gods. S’il n’est pas dans mon intention de réduire les groupes à certains de leurs titres, permettez-moi tout de même de citer les morceaux qui de mon point de vue subjectif ont suscité l’intérêt international pour ces groupes. Concrètement il s’agit de « Nice » (Kleenex), de « Eisbär » (Grauzone), de « Automaten » (Mittageisen), de « Bostich » ( Yello), de « Whispers in the Shadow » (The Vyllies) et de « Envoyé »  (Young Gods).

Image de prévisualisation YouTube

Diriger un label indépendant aujourd’hui, qu’est-ce que cela signifie pour toi?
Travailler avec des personnes intéressantes et faire connaître leur musique originale à un plus large public, ceci sur une base équitable et professionnelle. Parallèlement nous visons à couvrir les coûts externes par la vente des CD, dans le but de financer de nouvelles productions.

http://www.mital-u.ch/indie-label

http://www.youtube.com/indiemusicatmitalu

http://vimeo.com/mitalu

Image de prévisualisation YouTube
Be Sociable, Share!