Miserylab – Interview bonus Obsküre Magazine #12

27 Déc 12 Miserylab – Interview bonus Obsküre Magazine #12

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #12 (novembre / décembre 2012), www.obskuremag.net publie les extraits restés inédits de notre entretien avec l’affable et bavard Porl King, franc leader des gothiques ancestraux Rosetta Stone et désormais seul à bord du projet new wave Miserylab (entre autres). Une compilation rétrospective au format luxueux étant parue chez D-Monic, nous n’aurions su passer l’évènement sous silence. Porl revient alors pour nous sur Documentary 2008-2012 et parle de dynamique de travail, de relation avec les labels, de son abstention live, de société et de politique.

Obsküre Magazine : Ta capacité à sortir de la musique aussi régulièrement depuis le milieu des années deux mille impressionne. La création sonore occupe-t-elle une place constante dans ta vie ?
Porl King :
La musique est en effet un travail quotidien. Certaines journées, je peux me retrouver dans le studio dès 7h30 du matin et je travaille très dur jusqu’à ce que ma partenaire Kathryn rentre du travail. Je peux passer littéralement toute ma journée à écrire si je suis seul. Le temps passe si vite.

Fais-tu partie de ces musiciens qui ne savent pas vraiment s’arrêter, qui pourraient passer des siècles sur un titre ?
J’avais auparavant une sérieuse tendance à me tourmenter dans les phases d’écriture, pensant toujours qu’il y avait quelque chose de mieux à aboutir, un son que je pourrais améliorer, etc. Mais ces derniers temps, je suis simplement l’idée première dictée par l’instinct et je la poursuis jusqu’à ce qu’arrive une conclusion. La plupart des chansons de Miserylab commencent avec une ligne de basse. Je passe rarement plus de vingt minutes à créer cette base, c’est la partie la plus amusante. La phase plus artistique vient ensuite, lorsque je crée les éléments qui viennent se greffer à la base. Miserylab est récemment devenu quelque chose s’apparentant davantage à une lutte, c’est vrai depuis que j’ai composé « Children of the Poor » et « People ». Mon esprit les a en quelque sorte imprimés en titres de référence, quelque chose à partir de quoi je construis et que je dois améliorer… Et c’est assez destructeur artistiquement, en fait. Ces titres, à mon esprit, sont mes tout meilleurs. C’est très dur pour moi de dépasser cela.

Miserylab est le creuset de ta propre réflexion sur le monde. Quel portrait tires-tu des sociétés occidentales dans lesquelles nous vivons et que penses-tu du moment que nous vivons en tant qu’Européens ?
Je ne pense pas vraiment en termes de « frontières », mais plutôt en termes de « eux et nous ». J’entends par le « nous » les « gens ordinaires », indépendamment de la nationalité, et je vois en « eux » les opérateurs bancaires internationaux, la corporation des élites et le gouvernement… Chacune de nos nations a connu les circonstances économiques desquelles ont résulté l’adoption de mesures d’austérité. Chaque gouvernement crée la justification de ses choix : le nôtre, par exemple, blâme notre dépendance au bien-être et porte accusation envers un téméraire gouvernement précédent. Mais encore une fois, tout simplement, le capitalisme mondial est à blâmer. Sinon, comment expliquer que tant de nations indépendantes souffrent simultanément des mêmes problèmes ?

Sur un plan politique, qu’est-ce qui t’a amené vers la gauche ? Est-ce un choix qui traduit une orientation « de famille » ?
Non. Ma famille est très conservatrice et reste très influencée par certains médias. Ma mère adorait Margaret Thatcher. Tout cela est assez déprimant… Je pense pour ma part que pencher vers la gauche est la façon la plus logique de se positionner et d’être, indépendamment de l’économie. Le simple fait que la politique de gauche intègre la tolérance, le non sectarisme, le refus du racisme et de l’homophobie, par opposition à une politique de droite… Quel genre de personne choisit donc la droite, franchement ?

Tu as fait le choix de sortir sur le label français D-Monic la compilation CD + EP vinyle Documentary 2008-2012. Aurais-tu changé ton fusil d’épaule, après moult sorties sur ta propre structure, Carbon Neutral ? Qu’en est-il de l’avenir proche ?
Je n’ai pas l’attitude purement négative vis-à-vis des labels que les gens semblent me prêter. Je suis simplement prudent quant à ceux avec lesquels je choisis de travailler. – il n’existe simplement aucune possibilité de voir mes albums réédités sur d’autres structures à l’heure actuelle, ce serait injuste vis-à-vis de ceux qui ont acheté les versions originales en édition limitée. Je pense à ce propos que la musique a perdu de sa valeur en entrant dans l’ère numérique – et je cherche toujours des façons de conférer aux sorties physiques une forme de reconnaissance et de précieux… Par exemple, j’ai une bonne relation avec le label berlinois Aufnahme Und Wiedergabe. Ils sont en charge des sorties de mon autre projet, In Death It Ends, et j’éprouve le même respect pour nombre d’autres petites structures, qui gardent un intérêt authentique pour les artistes dont ils choisissent de publier les travaux. Je pense que les micro-labels sont peut-être plus importants que la radio, les magazines ou les DJ’s, au sens où ils sont le laboratoire de la mise au point et de la recherche de nouvelles musiques. Je veux dire que si un petit label est prêt à financer une sortie pour un artiste peu connu, alors la démarche implique une grande confiance en eux-mêmes et en ce qu’ils font. Et ça justifie aussi le fait pour moi de vouloir découvrir ces artistes.

Documentary 2008-2012 est non seulement un bon moyen de découvrir la globalité de ton travail, mais aussi de le redécouvrir, pour ceux qui connaissaient déjà ta création sous le nom Miserylab. Comment as-tu conçu cette compilation avec D-Monic ?
J’avais envisagé la possibilité d’une autre compilation similaire mais il se trouve que Laurent de D-Monic m’a contacté pour un projet de sortie à la même époque. J’ai d’abord pensé qu’il voudrait sortir le prochain album de Miserylab. Alors quand j’ai suggéré l’idée d’une compilation rétrospective, j’ai été surpris de l’entendre répondre avec autant de positivité et d’enthousiasme. C’était essentiellement ce qu’il voulait faire et nous aspirions tous les deux à ce que ça prenne la forme d’une édition très spéciale. Alors, nous avons discuté formats et finalement, j’ai adoré la suggestion de l’emballage vinyle.

Compte tenu de la quantité de travail accomplie et publiée en solo total depuis 2007, restes-tu allergique à l’éventualité d’une performance live pour Miserylab ? N’aurons-nous jamais la chance de voir un jour se produire dans le réel un groupe portant ce nom ?
Je pense que ce n’est pas un hasard si la quantité de matière que j’ai écrite est le fruit du fait que je ne joue pas en live. C’est ainsi que je garde le rythme de publication : sans passer par ce stade. Je reste néanmoins conscient de la chance que j’ai de n’avoir jamais bataillé, en tout cas jusqu’ici, pour maintenir ce niveau d’écriture. La simple raison pour laquelle je ne joue pas en direct tient à l’anxiété sociale que j’éprouve sur le plan personnel. C’est frustrant, mais même lorsque je connais un moment de confiance, je sais qu’au final je laisse toujours tomber les gens. Et j’annule les shows à la dernière minute. Aussi, et par souci d’équité, je viens d’accepter le fait qu’il vaut mieux que je n’aie même pas à considérer l’option… Je n’ai jamais vraiment apprécié le contexte du spectacle, de toute façon – il me semble contre-nature. Je me considère plus comme un écrivain, un créateur et artiste de studio. C’est drôle de voir qu’à partir d’une activité de musicien les gens considèrent automatiquement qu’on peut s’insérer dans la catégorie des interprètes. Eh bien je ne pense pas en être.

> SORTIE : MISERYLAB – Documentary 2008-2012 (D-Monic) (2012)
> WEB OFFICIEL
www.miserylab.com

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