Misanthrope – Interview bonus Obsküre Magazine #13

12 Fév 13 Misanthrope – Interview bonus Obsküre Magazine #13

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #13 (janvier / février 2012), www.obskuremag.net publie les extraits restés inédits de notre entretien avec S.A.S. De L’Argilière. Franc comme l’or, passionné et touchant, il évoque avec nous la genèse du dernier et neuvième  album de Misanthrope, Ænigma Mystica. Plus que jamais, Misanthrope immortel !

Obsküre Magazine : À mon sens, les mots sont une des deux polarités de Misanthrope… une empreinte identitaire si forte que l’on ne peut imaginer une seule seconde Misanthrope exister sans ce particularisme. Selon vous, un auditeur peut-il apprécier Misanthrope pour la seule raison que vous êtes de bons compositeurs de musique extrême ?

S.A.S. de l’Argilière : En effet, nos mots sont très importants et ils sont l’essence de notre marque de fabrique. Mais Misanthrope a fait d’excellents scores dans les pays de l’Est, en Amérique du Sud, en Russie ainsi qu’au Japon sur quatre de nos albums où ni le français ni l’anglais ne sont véritablement assimilés. Donc, oui, Misanthrope sans la compréhension de sa thématique est apprécié, et c’est même cela qui fait l’universalité de notre musique. C’est difficilement acceptable comme explication car le français est ta langue maternelle, mais c’est la vérité. Trop de groupes de Metal extrême oublient leurs racines et leur culture. Nous savons d’où nous venons, qui nous sommes et quel sera notre destin.

Vous ne pouvez être dissociés de cette passion immodérée pour l’Histoire de France, les grandes figures et l’esthétique de l’ère monarchique, l’exubérance des mœurs de cette période. Si vous deviez situer Ænigma Mystica sur une frise chronologique, où serait-il positionné ?

Ænigma Mystica est le chaînon manquant entre 1666 Théâtre Bizarre et 2666 Futile Future. Il débute juste après le morceau de « La Dernière Pierre » de 1666 …Theatre Bizarre. Alceste est désespéré après sa rupture avec l’infidèle Célimène. Ænigma Mystica conte les dérives d’Alceste dans les méandres de mon imagination arborescente, jusqu’aux rives de cette île Mystérieuse au large de la Guyane. Bien sûr, tout cela est bercé par les valeurs de La France éternelle …cette grandeur déchue et bafouée qui continue à enflammer nos cœurs.

Musicalement, Ænigma Mystica est comme à votre habitude une révérence à ces sous-genres qui ont constitué l’histoire du metal (death, thrash, black, metal symphonique, etc.). N’avez-vous jamais pensé, à travers un album conceptuel, à orienter la musique de Misanthrope vers une seule et unique direction, à épouser une seule forme de metal ?

Nous voulions faire un album composé essentiellement de riffs de Gojira rejoués à l’envers mais nous avons vite abandonné l’idée (rires). Plus sérieusement, nous sommes véritablement passionnés par les sous-genres du metal, du black au heavy en passant par le goth et le doom. Nous avons décidé de choisir l’ouverture absolue et de vous offrir toujours des albums extrêmement variés. Cette effervescence de variations dans notre metal extrême est un atout que nous cultivons. Mais qui sait, un jour nous enregistrerons peut-être un split CD de pur grind avec Gronibard (rires).

La production de l’album est particulièrement réussie, clinquante, le rendu est lumineux, « versaillais » j’oserais dire. Là aussi, quels étaient les objectifs à atteindre pour le ciselage sonore d’Ænigma Mystica ?

Merci beaucoup, je pense sincèrement que nous avons réussi le mixage idéal entre de très grosses guitares, une batterie qui blast et une basse monstrueuse. Tout cela avec des arrangements orchestraux et de nombreuses couches vocales. Fernando Pereira Lopes (N.D.L.R. : le producteur de l’album) s’est investi comme jamais pour la réalisation de l’album, il a grandi avec le groupe et connaît nos attentes. Nous profitons de tes pages pour le remercier car sa production va faire des jaloux. Le coté « Versailles » est dû au fait que nous sommes un des très rares groupes à mixer en externe dans les studios Davout sur leur console SSL XL 9080 K. Cette cabine mythique de 400 m2 n’a pas d’équivalent.

Pourquoi avoir choisi le grec ancien pour le titre de l’album ? Quant au visuel, il tranche par ses couleurs à ce dont vous nous avez habitués jusqu’à présent. Quelle est votre interprétation de ce visuel ?

La signification d’Ænigma Mystica, ne peut être dévoilée. Cela fait partie de l’énigme qui accompagne la révélation de ses secrets. À vous de suivre notre musique avec le livret du Digipak. L’artwork a été réalisé par Séverine Foujanet, notre artiste attitrée depuis le premier album ; il n’y a pas de bel artwork de Misanthrope sans son art. Nous avons poussé notre engagement avec cet album jusqu’à l’authenticité des photos. Jean-Jacques Moréac est parti deux fois sur les pas d’Alceste photographier cette fameuse Ile Mystérieuse au large de la Guyane. Deux voyages à l’autre bout du monde pour un cliché ; c’est magnifique de dévotion et d’abnégation. Pour les couleurs, comme Ænigma Mystica est notre album lumière, l’album de « l’étincelle du contact divin », tout est dans un ton suprême entre noir et blanc bleuté. Il y a aussi d’autres symboliques à explorer : l’électrocardiogramme ainsi que le reflet de cette forêt d’arbres morts…suspense.

Il y a ces deux titres qui ont retenu mon attention : « Suis-je Misandre ? » et « Charmantes Castratrices ». Devons-nous les interpréter comme des déclarations d’amour ou des cris de haine envers les représentantes de la gente féminine ?

Merci de manifester de l’intérêt pour ces deux textes très personnels. Ils sont très différents et n’abordent pas le même sujet. Pour les femmes, nous leur vouons une adoration absolue et éternelle, elles sont nos muses, notre inspiration première… elles sont les mères nourricières de nos pensées.

Oublions quelques minutes ce regard porté sur le passé, tournons-nous vers le futur : à quoi ressemblera selon vous la société et ses hommes… dans une centaine d’années ?

Mon Dieu, c’est une très bonne question. J’ai beaucoup de mal à me projeter si loin. La vie a tellement changé avec la démocratisation du Web à haut débit, c’est vraiment hallucinant pour un homme comme moi qui a vécu une enfance sans télévision à la maison. La communication entre les hommes s’est aussi totalement métamorphosée avec les réseaux sociaux. Nous sommes amis avec tout le monde mais avons-nous de véritables amis ? C’est parfaitement misanthropique, j’adore ! Et maintenant, il n’y a plus de rareté car « Big Brother Google » est là pour nous inonder d’offres gratuites… plus d’envie de découvrir, d’approfondir l’information absorbée par un les hommes éponges que nous devenons. Tout ça est bouleversant, je suis née en 1970 et ma jeunesse fut plus proche de celle de mon grand père au début du siècle que de celle de ma filleule de six ans.

Quel bilan faites-vous aujourd’hui de l’aventure du label Holy Records… lorsque Misanthrope, Sup, Legenda, Nightfall, Yearning, Godsend et Septic Flesh rayonnaient de toute leur lumière sur le metal européen ?

Je suis heureux de mon parcours professionnel, mes parents aussi, moi l’adolescent troublant et insaisissable du milieu des années 80, possédé par le Metal Extreme et né à St Denis dans le 9.3. Avec Séverine Foujanet, nous avons vraiment réussi à monter un très beau projet d’entreprise entièrement dédié à notre amour du Metal underground et « non commercial ». Je ne regrette vraiment rien, je suis parfois même nostalgique de cette époque bénie où les artistes souterrains, grâce à de petites structures indépendantes comme la nôtre, vendaient facilement en quelques mois entre cinq-mille et trente-cinq-mille albums par référence. Holy Records a  toujours été à nos yeux un tremplin pour les groupes talentueux, une rampe de lancement pour les artistes sélectionnés par le « Holy Couple ». Nous sommes très heureux du développement de groupes comme Septicflesh, Orphaned Land, S.U.P, Elend, Trepalium après leur passage chez Holy Records.

Mais au fait, le projet Argile est complètement enterré ?

Oui bien sûr, le studio est bouclé mais pas avant 2020, pour célébrer mes 50 ans (rires). J’adore Argile, les deux albums sont très aboutis et tellement intimes. De plus mes frères de Misanthrope, les talentueux Gaël Féret et Jean-Jacques Moréac, sont de la partie, ce qui nous unit encore plus. Merci pour tes questions au style classieux. Sombres révérences aux lecteurs d’Obsküre.

Æternitas, S.A.S de l’Argilière, le 6 décembre 2012

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