Mimetic – Interview bonus Obsküre Magazine #15

21 Mai 13 Mimetic – Interview bonus Obsküre Magazine #15

www.obskuremag.net publie les passages de notre entretien avec Jérôme Soudan, alias Mimetic, autour de son nouvel album, Where we will never go. Ces contenus complètent la substance publiée dans Obsküre Magazine #15 (mai / juin 2013, en kiosques le 9 mai) et font le point sur l’activité du projet electro de l’ex-Von Magnet/Tétines Noires et collaborateur d’Art Zoyd, plus passionnant que jamais.

Obsküre Magazine : Cela faisait quelques temps que nous n’avions pas eu de nouvelles. Cet album a-t-il pris du temps à être réalisé ou as-tu travaillé sur plusieurs autres projets qui t’ont laissé moins de temps pour ta création personnelle?
Jérôme Soudan : Les projets se sont diversifiés ces dernières années. Après la sortie de mon livre en 2008 j’ai pris la direction artistique du festival Electron à Genève. Programmer 100 artistes par an minimum te prend pas mal de temps… Ensuite notre équipe organise aussi le Présences Electroniques Genève, festival qui existe depuis bientôt dix ans à Paris et que nous avons décliné dans deux salles Genevoises. J’ai arrêté de travailler avec Von Magnet, même si on s’entend encore très bien et que j’ai dernièrement fait un remix pour eux. J’ai composé pour Art Zoyd (double CD Eye Catcher sorti en 2010) avec qui j’ai joué aussi avec Prodigy et le groupe Europe en Roumanie, ha ha ha… Composé aussi pour le Groupe F (groupe de pyrotechnie) pour des feux d’artistes synchrones avec musique dans des stades…. Composé pour une pièce de théâtre du psychiatre metteur en scène Patrick Heller en 2010, pour un film de l’écrivain et artiste Marie L (http://www.sophiemariel.fr/), également pour le site interactif « camera war » du réalisateur Lech Kowalski (qui a travaillé avec les Sex Pistols, les Ramones, Johnny Thunders, etc… http://www.camerawar.tv/, http://www.lechkowalski.com/fr), j’ai aussi fait un projet de duo avec un bidouilleur Ukrainien, Younnat, avec qui j’ai tourné en Suisse et en Russie (http://www.younnat.com/)…
Ce qui peut surprendre c’est que jusqu’en 2007-2008, je sortais régulièrement des CD ou des vinyles, mais en 2008 à la sortie du livre des dix ans du projet je suis passé à un autre cap, j’ai alors sorti tous les albums d’inédits et de raretés qui sont d’ailleurs offerts sur mon shop online et j’ai décidé de me concentrer sur une période plus longue pour la création de Where we will never go, en essayant d’assimiler tout ce que j’ai appris avec mon festival tout en continuant à faire des remixes pour des occasions diverses (Norma Loy, Abs6, Microben Krieg…). La situation des disques aujourd’hui étant mouvante, beaucoup d’artistes ne sortent plus d’albums dans le milieu electro, mais plutôt des EP ou des remixes à droite à gauche, il me paraissait important de sortir un nouvel album dans ce contexte, même si je suis conscient que la plupart des gens qui vont l’acheter online ne choisiront que les titres qui les intéressent sans prêter attention à l’histoire et l’enchainement des morceaux… Bon j’ai quand même sorti un vinyle orange trois titres en 2011 Grow up & wait.
En ce qui concerne les lives, j’ai aussi fait plus de choix, car vu mon emploi du temps à Genève j’ai privilégié des festivals espacés comme Reworks en Grèce, Insomnia en Norvège, Kinetik au Canada, et j’ai aussi tourné deux fois en Inde…

On connaît ton passé dans la scène expérimentale et postindustrielle, ta participation à des projets comme Art Zoyd, Column One ou Von Magnet. Gardes-tu une approche expérimentale du son? Travailler sur un album est-ce que cela se rapproche d’un atelier de recherche ? Le titre lui même Where we will never go semble mettre l’accent sur l’idée d’exploration?
Oui, le compositeur est un chercheur, cela peut paraître prétentieux mais je le pense. C’est pour ça que je programme aussi de la danse contemporaine, des installations, des workshops, du cinéma et des conférences dans mes événements, car les compositeurs qui ont utilisés ces médias se sont transcendés pour explorer les limites de leurs sons. Quand Cristian Vogel, encore aujourd’hui DJ résident au club Tresor à Berlin, compose pour la compagnie Gilles Jobin il expérimente, cherche, bidouille, et pourtant c’est le même qui vous fait danser à 6h du matin au Berghain. Je considère qu’utiliser uniquement des sons d’usines ou des programmes tout prêts ne transforme pas l’utilisateur en compositeur. C’est l’éternel opposition entre consommateur et créateur. On consomme de la machine, comme de l’alcool ou de la dope, ça n’apporte rien aux autres, juste à soi-même, c’est sûrement cathartique pour certains, mais en ce qui me concerne je ne vois pas l’intérêt d’éditer mon taux d’alcoolémie au yeux du monde, ce que je veux mettre en avant c’est quand j’explore, quand je me mets en danger. alors que je mette trente danseurs avec Murcof et un chorégraphe au milieu d’une salle de concert rock en scrutant ce que cela donne ou que je sorte un album en 2013 pour moi cela part du même geste, j’explore, je cherche les sensations, les doutes, les sentiments. Je suis tout à fait conscient de la prétention de ces propos, mais quelque part maintenant je peux me permettre de le dire, Where we will never go peut aller dans plusieurs directions en suivant cette explication. c’est là ou je n’irais jamais car je ne peux pas y aller, ou encore je ne veux pas y aller, c’est autant négatif que positif… L’homme va vers sa perte comme vers son avènement dans un apprentissage permanent, c’est le principe « Cagien » du tout dans le tout.

Tu as aussi souvent apprécié les collaborations, cette fois-ci on retrouve des invités fort singuliers, dont Vorph, le chanteur du groupe black metal suisse Samael, ou la chanteuse et joueuse de scie musicale Agnès Martin-Sollien. Peux-tu nous en dire plus sur les personnes avec qui tu as travaillées sur ce disque et comment tu les as rencontrées et eu envie de les inviter à participer?

Oui, cela part du même double principe d’exploration et d’influence du quotidien. J’ai rencontré Scalper quand il travaillait avec 2nd Gen, je ne le connaissais pas encore quand il participait à Fun Da Mental ; et quand j’ai composé « One of us » je me suis dit que c’était pour lui, alors que jusqu’à maintenant je ne voulais pas partir dans ces directions hip-hop. La version live est complètement différente, sans guitares, et le remis de Niveau Zero est particulièrement réussi je trouve, Fred est vraiment un super artiste. Il y a quelques années j’ai joué dans un festival à Vilnius avec Tiamat, et le chanteur m’a fait une mise à niveau générale du metal sur la planète. Je ne connaissais pas tout les albums de Samael avant de rencontrer Vorph, moi j’avais joué dans les même festivals que Ministry ou Treponem Pal quand je jouais dans les Tétines Noires mais le vrai métal je dois avouer que je ne suis pas un grand spécialiste, par contre il y a des morceaux clés qui sont franchement grandioses dans le métal… Bref quand j’ai rencontré Vorph j’ai été impressionné par le timbre chaud de sa voix, juste quand il parlait, c’est là que je me suis dit que ce serait cool d’essayer un titre avec lui, c’est pas du « name dropping » car vu les facilités avec lesquelles je pouvais le rencontrer j’aurais pu le faire avant si j’avais voulu faire un coup, c’est juste sa voix qui m’a parlé, ça m’a rappelé la première fois où j’ai parlé avec Phil Von, une sorte de chaleur physique avec des vibrations profondes… Alors j’ai demandé à Vorph d’écrire un texte et quand j’ai composé le morceau il m’a paru évident qu’il fallait que j’essaie celui-ci avec lui, car ce titre est à l’opposé du métal, très électronique avec des sons de clic & cut, une sorte de métronome instable en cinq temps… En ce qui concerne Agnès, c’est une chanteuse lyrique qui a la particularité de jouer de la scie musicale. J’avais travaillé avec elle sur la pièce de théâtre que j’ai cité plus haut. Pour finir je suis particulièrement content d’avoir pu collaborer avec Mira Calix qui a complètement remanié le titre « Sparkling Love » et le fait que notre vieil ami Mika aie finalement fait un remix m’a comblé. En juin sortira sur mon label Les Arts Minis, un EP 4 titres (vinyle) comprenant aussi un remix de Kangding Ray (Raster Noton) et un de Paul Kendall (producteur de Depeche Mode, NIN, etc.)…

Au départ, Mimetic était souvent suivi d’un autre terme, comme s’il s’agissait de plein de projets différents. Cet album est sous le nom simple de Mimetic, cela veut-il dire qu’on y retrouve l’essence même de ton univers, peut-être dans ce qu’il a de plus pur?
Ce que je peux dire, c’est que cet album me correspond bien. On le voit déjà à travers le design et les photos de la pochette, c’est très simple, ça va à l’essentiel. C’est un album de Mimetic tout court. Plus besoin d’attributs supplémentaires…

Cela fait maintenant de nombreuses années que tu es impliqué dans la scène électronique. J’aurais voulu avoir ton point de vue sur la scène électronique actuelle? Quelles sont les choses qui t’ont le plus interpellé dernièrement? Quelle évolution peut-on envisager pour le genre?
Ce qui a changé c’est le business. Avec la chute des ventes de disques, c’est bateau de dire que les labels ont souffert, et les majors ont été dépassées… Mais on parle moins du fait que du coup le business s’est complètement transformé et que le pouvoir a changé de main… Il y a maintenant des multinationales qui gèrent des méga festivals ou des méga agences d’artistes, phénomène qui n’existait pas il y a quinze ans. C’est pour ça que le moindre petit nouveau style qui nait dans une banlieue difficile de Bamako ou de Cape Town, même si c’est vite récupéré par le mainstream, cela restera toujours intéressant. Avec du recul, un exemple parlant pourrait être le dubstep, si on étudie un peu tout ça et qu’on a un minimum de mémoire on peut se souvenir que des gars comme Scorn, lui même batteur de métal pour Napalm Death faisait du dubstep il y a plus de dix ans déjà, ça explique beaucoup les liens d’aujourd’hui avec des artistes comme Skrillex, récupéré par les producteurs d’events dans des stades tout en produisant Korn… Bon, cela dit ce que je constate aujourd’hui c’est que en réalité les styles se mélangent de plus en plus et, maintenant que la plupart des pays ont accepté la musique électronique comme un mouvement à part entière on en retrouve partout, dans le rock, la pop etc… Quand tu programmes dans un festival des artistes noirs d’Afrique du sud qui font du moombahton ou des Argentins qui font de la cumbia digitale tu comprends qu’il y a un souffle.

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