MGT [Mark G. Thwaite] – Interview (Pt. 1)

29 Nov 16 MGT [Mark G. Thwaite] – Interview (Pt. 1)

Les compétences guitaristiques de Mark Gemini Thwaite lui ont attiré les faveurs de nombre de personnes illustres au sein du rock business, dont certaines fort bien connues des lecteurs d’Obsküre. Quelques exemples de noms figurant au CV de Mark : Tricky, Peter Murphy (Bauhaus), Al Jourgensen, Spear Of Destiny, Theatre Of Hate. Certains considèrent en particulier Thwaite comme l’un des sauveurs de The Mission, puisque Mark a soutenu la production sous ce nom du leader Wayne Hussey, et ce durant de longues années après la dissolution du line-up de la première époque.
En 2016, l’heure est venue pour Thwaite de s’exposer davantage. Il veut faire reconnaître un savoir-faire propre et prend en charge sa destinée à travers la sortie d’un premier album solo,
Volumes, ensemble de compositions originales et très directes, signées de sa main et sur lesquelles intervient une ribambelle d’invités, essentiellement au chant. Des gens dont les noms, là aussi, parleront à nombre d’entre vous. Voici les ingrédients du cocktail : Julianne Regan et Andy Cousin (All About Eve), Wayne Hussey bien sûr (The Mission), Ricky Warwick (Black Star Riders / Thin Lizzy), Raymond Watts (Pig / KMFDM), Saffron (Republica), Ashton Nyte (The Awakening), Carlo Van Putten (Dead Guitars), Jorgen Munkeby (Shining NOR), Ville Valo (HIM), ou encore le leader de Sex Gang Children, Andi Sex Gang. Bon voyage à tous.

Obsküre : Mark, tu n’existais jusqu’ici comme musicien qu’à l’intérieur d’entités collectives, sans jamais t’afficher frontalement – or, le nouvel album solo est assumé en tant que MGT. Tu te caches donc bien moins, même si tu recours aux initiales pour ton nom d’artiste… S’est-il produit dans ta vie récente des événements qui expliquent ce changement dans l’idée de t’exposer ? Est-ce une conséquence de l’expérience créative par partage de fichiers à travers les épisodes du supergroupe indus Primitive Race et de ta collaboration avec Al Jourgensen, ou s’agit-il encore d’autre chose ? Tu n’as pas « découvert » le partage de fichiers en 2009, j’imagine… pas toi ?
Mark Gemini Thwaite :
Le travail avec Al Jourgensen en 2009 et la collaboration récente avec plusieurs chanteurs sur Primitive Race en 2013 et 2014 – a très certainement joué dans ma décision de publier un album solo. Je me suis toujours considéré, quelque part, comme le Jimmy Page ou le Johnny Marr du groupe, le compositeur / guitariste mais pas le chanteur. J’ai donc accumulé dans le temps nombre de démos et de morceaux sans pistes de voix, attendant que divers vocalistes sollicités s’en saisissent. Certains allaient répondre, d’autres non.
Après ces collaborations récentes – en particulier l’album de Primitive Race pour lequel j’ai composé une partie de la musique mais aussi mixé la moitié de l’album dans mon home studio – j’ai réalisé que je pouvais demander à mes amis de chanter sur mes propres enregistrements et que je pourrais mixer l’ensemble chez moi. Mon intention originelle était de publier l’ensemble en ligne, car j’avais sorti l’album de Bluemax (NDLR : projet impliquant entre autres Rik Carter [ex-Mission] et Andy Cousin [All About Eve]), enregistré en 1997, sur mon propre label via iTunes l’année dernière. Ville Valo, que j’avais approché pour lui demander de chanter sur la reprise d’Abba à l’été dernier, a non seulement suggéré qu’il m’aiderait à trouver un label pour que je puisse également publier l’album sur format CD, mais m’a également encouragé à recourir à une puissance économique extérieure pour financer la réalisation d’un support vidéo. Pour lui, l’utilisation des initiales MGT rendrait plus facile l’appropriation de mon nom pour les DJs allemands européens et plus généralement européens. Les fans me parlaient de « MGT » depuis de nombreuses années, et j’avais utilisé l’acronyme sur mes travaux de remixes ces dernières années.

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Le principe sur Volumes : un chanteur par chanson ou presque, si l’on fait abstraction du fait que Miles Hunt, de The Wonder Stuff, apparaît trois fois sur la totalité de l’album. La majorité d’entre eux ont-ils réalisé des choses via le web avec toi, ou certains ont-ils pu venir physiquement dans ton home-studio ?
Dans tous les cas sauf pour « Drive and Forget » avec Ricky Warwick, toutes les chansons ont été écrites par moi-même en amont. Certaines démos avaient même été couchées de nombreuses années auparavant. Ce n’est qu’ensuite qu’elles ont été présentées à chaque vocaliste via Internet ou par e-mail … J’ai aussi écrit et enregistré la musique de « Drive and Forget » avant de l’envoyer à Ricky pour qu’il la prenne en considération. Étant le seul chanteur impliqué dans l’aventure à vivre à Los Angeles, il a aussi été le seul à venir enregistrer ses voix dans mon studio.
Parmi les autres démos que j’avais accumulées pendant des années, certaines remontaient à plus de dix ans. Dans le cas de « Black Heart » par exemple, la musique a été écrite puis enregistrée sous forme de démo en 2003. Elle avait été présentée à Raymond Watts, en vue de figurer sur le nouvel album de Pig en 2013. Raymond avait d’abord enregistré des voix pour ces démos, mais a fini par ne pas utiliser les démos pour « Snake in the Grass » et « Dark Storm » L’année dernière, je lui ai expliqué que souhaitais retrouver les droits sur cette musique originale, que j’avais écrite à 100%, et que j’envisageais de la présenter à d’autres chanteurs pour réaliser mon prochain album solo. Raymond a été cool par rapport à tout ça et je lui ai expliqué que s’il changeait d’avis sur les versions couchées pour Pig, il pourrait les sortir. Au moment où nous nous nous disions tout ça, Raymond ne semblait pas avoir l’intention de sortir ces versions donc je ne m’en suis pas plus soucié que cela. Je suppose que j’ai eu tort car elles sont maintenant incluses sur le nouveau Pig ! Elles sont mes compositions à 100%, donc je suppose qu’elles restent mes bébés…

Mark Thwaite [photo : Ville Juurikkala]

Mark Thwaite [photo : Ville Juurikkala]

Restons sur cet axe, ce choix que tu as fait de faire intervenir un chanteur spécifique sur chaque chanson, ou pas loin, sur Volumes. Si un jour tu dois développer cette collection live, comment t’y prendras-tu ?
Je ne me suis jamais vraiment inquiété de ce problème, ni n’ai envisagé de présenter ces chansons dans un cadre live. Avec tous ces chanteurs vivant aux extrémités les plus reculées du monde – Wayne Hussey au Brésil, Miles Hunt, Andi Sex Gang et Julianne Regan au Royaume-Uni, Ashton Nyte à Saint-Louis, Carlo Van Putten aux Pays-Bas, Ville Valo à Helsinki etc., je n’ai jamais imaginé qu’il se dessinerait un scénario où tout le monde viendrait et participerait à un show live. J’ai appréhendé Volumes comme une collaboration studio, purement et simplement. Il y a eu plusieurs discussions sur la façon dont nous pourrions réaliser l’album en conditions live, peut-être avec un ou deux des chanteurs prenant en charge l’interprétation de l’ensemble des morceaux, mais je ne suis pas certain de la façon dont la fanbase réagirait à cela.

Dernière question sur le choix des voix impliquées. Comment as-tu procédé ? As-tu composé certaines chansons, en leur temps, dans le but de les offrir à des voix que tu désirais pour elles, comme une espèce d’« environnement tribute », ou la réflexion sur les voix ne s’est-elle produite qu’a posteriori de l’écriture musicale ?
J’avais écrit toute la musique dans son intégralité et l’ai enregistrée avant que n’importe lequel des chanteurs ait été approché. Un grand nombre des enregistrements date de plusieurs années, même si j’ai enregistré mon interprétation de « Knowing me knowing you » l’été dernier, et composé et écrit la musique pour « Drive and forget » et « Another Day back », ainsi que « The Reaping » et « Jesamine » l’année dernière. La plus ancienne des démos était la musique pour « Black Heart » ou « Star Struck Eyes » avec Julianne Regan. Toutes deux remontent à au moins dix ans. J’ai réenregistré la musique de « Seconds » – la reprise de Human League avec Saffron de Republica en décembre dernier – mais nous avions à l’origine réenregistré une version en 2001. Cette session avait été abandonnée à l’époque, je ne suis plus sûr de savoir pourquoi… et je n’ai pas pu remettre la main sur les bandes master de ces séances… alors j’ai fini par réenregistrer cette musique, à la demande de Saffron.

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Si tu devais qualifier la nature du processus de travail global pour ce premier album solo, que dirais-tu ?
Le processus dans l’ensemble s’est déroulé facilement, en partie parce que j’avais assuré la majeure partie de la composition et l’enregistrement des morceaux. La pose des parties batterie et basse ainsi que des guitares et claviers s’est faite au cours des dernières années. Tout ce qu’il me restait à faire était de mixer les pistes une fois obtenues et intégrées à l’ensemble les sources vocales. Ça a été très agréable, d’autant plus que c’était mon propre projet et mon album. J’ai pu y prendre l’entièreté des décisions concernant les pistes que j’utiliserais, les guitares utilisées et les mixes… Par le passé, j’avais juste été le guitariste sur des albums que j’avais enregistrés au service d’autres, sans en être un protagoniste principal. Il a également été très agréable de mixer tout l’album… enfin, pratiquement tout ! Car pour la reprise d’Abba avec Ville, nous avons opté pour les compétences du merveilleux Tim Palmer (NDLR : collaborateur régulier de The Mission, en charge du mix de leur dernier album studio Another Fall from Grace).

(A suivre)

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