Metal Cultures IV (festival – Guéret, 23) – Interview bonus Obsküre #21

16 Mai 14 Metal Cultures IV (festival – Guéret, 23) – Interview bonus Obsküre #21

Les gens de YEAprod sont les activistes qui se cachent derrière Metal Cultures, festival dont la quatrième édition a lieu du 29 au 31 mai prochains, en centre-France. La ville de Guéret, capitale de la Creuse (23), accueillera pendant trois jours pleins des festivaliers mus par l’envie de découvrir le son metal dans sa dimension extrême (la programmation inclut Seth, Erlen Meyer, Walking Dead Orchestra, Syrinx ou Svart Crown, entre autres), mais le mot « cultures » donnant son nom au festival n’est point galvaudé : projection, conférences, exposition, ce festival s’appréhende dans l’esprit des organisateurs comme un « micro-évènement », entend le rester mais plutôt que de ne proposer que de la musique, veut faire découvrir le genre sous un angle enrichi et démultiplié. Entretien avec l’un des activistes de YEAprod, Christophe Bréchart, en complément de l’article paru dans Obsküre Magazine #21 (mai / juin 2014).

Obsküre Magazine : Qu’est-ce qui, originellement, a motivé la création de YEAprod ? Quelle philosophie la structure défend-elle ?
Christope Bréchart :
Yeaprod est une très jeune association née en août 2012 d’un groupe d’animateurs radio des émissions dites metal de RPG 96.5FM. Cette association a cependant une « pré-histoire » car les principaux membres sont issus du Collectif GANG qui œuvre dans les musiques actuelles à Guéret depuis longtemps. Deux événements ont motivé la création de l’association. D’abord, la programmation de Punish yourself, Burning Heads et Seven Weeks dans le cadre du festival des Nuits d’été en 2011. Une programmation « radicale » pour un festival familial, populaire et gratuit, mais qui a reçu un accueil plus que chaleureux avec un très gros retour public D’où un début de réflexion sur l’exposition de ce type de musique en Creuse. Puis la création du St Fiel Fest en 2011, venant d’une volonté du GANG d’élargir son champ de programmation. Le GANG ne pouvant reconduire cet événement en 2012, YEAProd s’est créé pour reprendre le flambeau.
L’état d’esprit de l’association peut se résumer en trois points : éclectisme, pluridisciplinarité et esthétique soignée.

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Metal Cultures impose avec sa quatrième édition une affiche fort conséquente en termes de musiques extrêmes ou disons, radicales dans le champ qui nous concerne. Dans quel état d’esprit s’est confectionnée cette affiche et quelle est la relation de YEAprod aux facettes plus classiques / moins extrêmes, du rock et du metal ?
Nous faisons en effet des choix de programmation radicaux, même si éclectiques dans le genre. Passer de Seth à All For Nothing, c’est un peu faire le grand écart. Cela vient à nouveau de cette pré-histoire de l’association avec le GANG, qui est très généraliste. Souvent, nous nous demandions : « vous croyez qu’on peut programmer ce groupe ? N’est-ce pas trop extrême ? ». Là, la question ne se pose pas. Nous n’avons pas de complexe à aller dans les extrêmes musicaux, ou à nous brider pour ménager un public local. Le GANG se charge en quelque sorte d’une programmation plus « light » sur la ville. Toujours est-il que la volonté étant de démocratiser ce style, le festival propose des choses beaucoup plus accessibles. Je pense au concert gratuit d’ouverture de Gut-Scrappers au Guet-Apens, au ciné concert Throw Up ou bien même à l’apéro concert de Vlad avec le Centre Dramatique du Vladkistan au BDP un matin de marché, où Vlad reprendra des classiques hard ou heavy. De plus, les groupes de la veille seront là pour reprendre leur type en mode unplugged. Nous voilà donc dans un registre familial visant à populariser le metal au sens large. Les sensibilités des membres de l’association vont du punk au black metal, cependant certains pans sont omis comme le heavy, le glam, le goth, etc. N’oublions pas qu’on a pu voir des groupes comme 7 Weeks, Radium Valley ou Signal² déjà sur les affiches, dans un registre plus élargi.

Seth (live @ Alsfeld) par Nathalie Ersatz

Seth (live @ Alsfeld) par Nathalie Ersatz

Le territoire sur lequel s’implante Metal Cultures, demeure un lieu de patrimoine culturel et naturel plus que digne d’intérêt et fait partie de cette France « de la ruralité » qu’on dit et qu’on voit en souffrance, à divers titres. Un territoire qui s’est fragilisé à divers titres ces dernières années : le maintien des services publics, dont la question du rail, la démographie et le redéploiement économique et urbain de la Creuse restent d’angoissantes questions pour ces territoires. Y a-t-il dans la création du festival, à votre niveau s’entend, un acte « militant » avec derrière, l’idée de réveiller un territoire, de le faire renaître en quelque sorte, de le rendre plus attrayant et donc attirant ? Quelle relation entretient YEAprod avec son territoire ?
On ne peut composer sans avoir conscience de la configuration de notre territoire. On aime à rappeler que nous avons sept habitants au kilomètres carré et cent vingt mille habitants sur le département. Pour nous c’est autant une richesse qu’un handicap. Une richesse, car un patrimoine naturel et une hygiène de vie de haut vol. Nous sommes majoritairement des trentenaires dans l’association et avons fait le choix de vivre ici. Nous ne subissons pas notre territoire mais le vivons allègrement. C’est un des aspects hors normes de ce festival, d’ailleurs, que d’exister au milieu des prés, en quelque sorte. Nous assumons l’image plouc (sourire) que les détracteurs, plein de préjugés, se plaisent à nous coller. Technikart, par exemple. Mais il faut savoir que le comportement « parisianiste » le plus virulent vient de notre propre région. J’ai le souvenir d’un post sur un réseau social, d’un groupe limougeaud par exemple, qui en commentaire d’une photo d’un distributeur de rue de boissons à Guéret commentait : « Nous avons enfin trouvé le centre commercial de Guéret ». Au début ça heurte mais au final, on en rit ! D’un handicap, nous avons fait une marque de fabrique. Créer un festival ici est un challenge qu’on défend avec nos tripes pour en faire un événement qui nous ressemble, avec une haute exigence esthétique et artistique ! Donc oui, c’est un acte Politique avec un grand P, ou militant : défendre notre territoire, avec notre sensibilité. Le metal touche encore un public de niche, qui plus est en Creuse, nous allons donc le chercher ailleurs également. C’est une manière de faire découvrir notre département à un public qui ne serait peut-être pas venu autrement.
De plus il y a une logique do it yourself derrière tout ça. Nous bougeons beaucoup pour aller voir des concerts, si nous souhaitons en voir chez nous, on n’a pas le choix : il faut qu’on s’y colle. Et nous y prenons même du plaisir ! Nous pouvons au moins être fiers d’être le seul festival dans ce genre dans la région et même le grand sud… eh oui, en Creuse ! On n’a pas les axes routiers, les services et que sais-je encore, d’autres départements ; mais on a la matière grise… ou verte, plutôt.

Erlen Meyer

Erlen Meyer

Certains shows se déroulent dans des lieux sacrés. Ce trait de l’organisation (les concerts en chapelle) ne dévoile-t-il pas la chute de certains a priori sur la supposée dangerosité de la scène ? L’éventuel retrait / recul de son aura négative est-il une (vraie / fausse) bonne nouvelle pour cette musique, si du moins vous en venez à cette conclusion ?
Comme je te le disais, la volonté du festival est de populariser la scène qu’on défend, sans la corrompre, la faire découvrir, la rendre accessible à tous. Donc si cette supposée dangerosité tombe nous ne pouvons que nous enthousiasmer. En Allemagne, cette scène se porte extrêmement bien car les a priori n’existent plus depuis belle lurette. Alors en effet, certains souhaitent garder cette scène underground par snobisme. Ce n’est pas notre volonté, bien au contraire.

Y’a-t-il pour vous une religiosité dans le metal ? Le ressentez-vous ?
Oui, je le pense, d’où la conférence de Corentin Charbonnier : « La Religion metal » pour pousser la question plus loin. Il y a une forme d’église à laquelle on adhère, en étant plus ou moins pratiquant, avec ses rites, ses codes et même ses mites. Ça me rappelle la deuxième édition du festival, où l’on pouvait retrouver une série de grands cadres dans la salle avec entre autres St Schuldinner, St Dio, St Peter Steele. Plus sérieusement, on peut dire qu’il existe une vraie « communauté », même si ce terme me fait mal à entendre. Je ne crois pas qu’il y ait de dogme par contre, ce qui en fait un véritable espace de liberté et d’adhésion à un état d’esprit.

Svart Crown

Svart Crown

Des idées en tête, déjà, pour 2015 ?
Oui nous avons déjà quelques idées pour l’année prochaine. Pas encore de têtes d’affiches à l’esprit mais des orientations artistiques nouvelles. Nous aimerions intégrer la danse au festival comme forme d’expression supplémentaire. Peut-être pas une battle de KDS (quoique), mais travailler en lien avec des écoles de danse et les faire intervenir sur un groupe live. Une résidence création de ciné-concert est déjà prévue avec Erlen Meyer, qui travailleront sur La Belle et la Bête, de Cocteau. Enfin nous avons déjà le graphiste « invité » pour l’année prochaine. Lui-même a pris contact avec nous, adhérant à l’état d’esprit du festival. Mais il est encore trop tôt pour parler de tout ça.

Que peut-on vous souhaiter ?
Peut-être que nos vaches arrivent un jour à faire le signe de la bête avec leurs sabots !

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> WEB OFFICIEL
www.metalcultures.com

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