Mecapop / Label – Interview Bonus ObsküreMag # 27

15 Fév 16 Mecapop / Label – Interview Bonus ObsküreMag # 27

Supplément de notre entretien avec Jef Benech’, fondateur du label Mecapop, avec lequel il vient de lancer la série Creatio ex Materia sur laquelle on trouve notamment les disques anniversaires en hommage à l’album Asylum des Legendary Pink Dots et à l’émission de radio La Nuit des Sauriens.

ObsküreMag : Tout d’abord, peux-tu revenir sur l’histoire du label, sa ligne éditoriale, son nom et ses sorties?
Jef Benech’ : On peut dire que le parcours de Mecapop a été particulièrement chaotique fait d’alternance entre euphories et déceptions…
Il y a eu une première tentative de création de label en 1995 : Les Éditions Pachydermiques mais le projet a assez vite avorté suite à un chapelet d’évènements difficiles et une vie passablement compliquée dans le fait notamment que je n’ai pas eu de logement pendant une période assez longue.
En 1999, fraichement installé en Picardie, l’idée récurrente de créer mon propre label a vite refait surface (et cette fois pour de bon !). Toutefois, à l’aube de la révolution technologique d’internet et du mp3, je pense que le label a été lancé au pire moment car les années qui suivirent ont indéniablement changé notre façon de consommer et d’écouter la musique.
Tout d’abord précisons que Mecapop est la contraction de Mécanique Populaire. Dans son élan initial, Mécanique Populaire se voulait beaucoup moins sophistiqué qu’il ne l’est. J’entends par là que les disques devaient être fabriqués de façon très artisanale (sérigraphie, tampographie, polycopié, photocopies, etc…) à l’image de ses merveilleux labels qui m’ont toujours inspiré comme PTÔSE PRODUCTION PRESENTE, ILLUSION PRODUCTION, TAGO MAGO ou encore DING DONG en Hollande (pour ne citer qu’eux). Mais aussi dans l’idée d’un bricolage assumé porté par mon voeu de  »vulgariser’’ l’Art afin de l’ancrer davantage dans notre quotidienneté, en opposition à l’Art institutionnel, l’Art de l’entre soi élitiste, cérébral et stérile.
C’est dans ce fameux magazine américain POPULAR MECHANICS et son édition française que j’en ai formalisé l’idée. Il donna non seulement le nom au label mais en inspira son premier slogan : ‘’L’Art du bricolage, et le bricolage de l’Art’’ que j’ai gardé au final peu de temps et ce pour deux raisons : Je ne suis, à la base, pas très à l’aise avec le mot ‘’Art’’ car je lui trouve un je ne sais quoi de ‘’pompeux » et de ‘’sérieux » et ensuite parce que ce slogan n’était pas en adéquation avec le résultat graphique assez sophistiqué des trois premières sorties du Label (la réédition des deux premiers albums de TRESPASSERS W sur mon sous-label ‘’A Meca-reissue’’ et LA SEMENCE PASTORALE, mon projet avec mon compère guitariste Pascal Trémolo).

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Suite à une opportunité familiale, pensant naïvement que je serais choyé, j’ai finalement opté pour l’imprimerie et une édition assez conséquente de 600 exemplaires pour ces 3 CDs sous la forme de coffrets assez luxueux. Mais ce choix s’est révélé être une épreuve particulièrement éprouvante car j’ai mis un an et demi à récupérer les pochettes et livrets.  »L’imprimeur’’ avait (entre autre) tout simplement oublié d’imprimer l’encre noire sur les documents. Difficile à imaginer n’est-ce pas ? J’ai dû terminer le travail chez un autre imprimeur… Cela m’a mis totalement sur la paille financièrement et surtout j’étais complètement abattu et désenchanté au point de ne même pas être capable d’assurer la promotion des disques…
Pour confirmer que la conjoncture n’était vraiment pas encourageante, la Poste changea peu de temps après sa grille tarifaire de façon conséquente et les coffrets étaient subitement devenus très chers à envoyer, finissant de saper l’élan des acheteurs les plus audacieux !
Par la suite, Il y a bien eu quelques sursauts comme le réédition de TERMINAL KALEIDOSCOPE (superbe document live des LEGENDARY PINK DOTS & ATTRITION) + les rééditions du deuxième et troisième album de TRESPASSERS W, (DUMMY et AIMEZ-VOUS POTEMKIN ? ce dernier étant co-produit avec TW Records). Mais le mp3 a continué à s’imposer dans nos foyers de façon implacable et les ventes n’ont cessé de chuter de façon impressionnante minant, de fait, la dynamique du Label.
Je regrette d’autant plus de ne pas être resté sur mon choix initial de produire des petits tirages artisanaux beaucoup plus en adéquation au final avec notre époque !

Je crois que tes premiers travaux et dessins connus étaient pour le premier album de Rise & Fall of a Decade ?
Tout à fait ! C’est en 1989, suite à des aquarelles d’études et des croquis de nus que j’avais réalisés, le regretté Pierre-François Maurin-Malet, par le biais de Sandy Casado (qui était une amie) m’a sollicité pour réaliser les illustrations de la pochette et du livret de leur premier album. Un très bel album d’ailleurs. On peut dire que c’est ma première trace professionnelle et discographique.

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Tes techniques et ton approche ont-elles beaucoup changé depuis ou restent-elles assez similaires?
Avec l’avènement de l’ordinateur personnel associé à des logiciels de plus en plus performants et accessibles, mon approche et ma façon de travailler l’image a été largement bouleversée. Je pense que ça été le cas pour de nombreux artistes. Il faut vivre avec son temps aussi imparfait soit-il. De toutes les façons, c’était inévitable tant l’ordinateur permettait un gain de temps considérable et surtout une totale maitrise et une autonomie dans la chaine de fabrication de son disque, de l’acte artistique primaire à l’imprimeur et l’usine. Musicalement, avec le home studio se démocratisant, je pense que cela a été la deuxième grande révolution pré-internet.

Peux-tu revenir sur ta propre pratique du graphisme et des collages?
D’une certaine façon, je travaille à l’ancienne avec des outils d’aujourd’hui à moins que ce soit l’inverse travailler de façon moderne avec des matériaux anciens. La ‘’matière » des l’images à la part belle et je fuis les  »effets photoshop’’. Depuis toujours, je suis passionné par la bichromie et la trichromie dont les magazines populaires jusqu’aux années 40 ont été les artisans les plus créatifs. C’est fascinant de voir ce que les graphistes de l’époque étaient capables de concevoir avec de telles contraintes techniques. Tout cela en travaillant à l’aveugle sur des bancs de montage ne voyant le résultat final qu’une fois imprimé. Quelle prouesse n’est-ce pas ? En particulier lorsque l’on compare avec le confort de travail de mise en page qu’apporte aujourd’hui l’ordinateur.

A-t-elle toujours été dictée par la musique?
Il n’y a pas de règle dans ma méthode de travail. Une musique peut stimuler une illustration mais le contraire est tout aussi vrai. Un texte, une idée, un concept, une collaboration….

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Le travail proposé par Mecapop est très singulier. A-t-il néanmoins été porté et influencé par des démarches antérieures?
Graphiquement tout comme les thématiques, ma démarche est empreinte de surréalisme, de dadaïsme, mais flirte également avec l’Art brut (pour ces attraits spontanés). Je me sens également très inspirés par les illustrations généreuses et le travail typographique des publicités d’antan, les affiches sublimes des avant-gardes russes (comme Gorgii & Vladimir Stenberg ou Yakov Ruklevsky) et les collages comme ceux de John Heartfield par exemple. Même si j’ai abandonné la peinture au profit des collages numériques, je pense être resté dans la continuité de mes premières images. D’une certaine façon, ma propre musique au travers de mes différents projets comme le Non Finito Orchestra, le Baron Fend l’air, La Semence Pastorale (pour ne citer qu’eux) suit cette même logique >>>> Entre une certaine forme d’académisme qui ne se prend pas au sérieux et un côté bricolé et expérimental assumé et assez ludique. Ces dernières années, j’ai également abordé la musique de film avec une approche plus classicisante et mélancolique.

Jusqu’à présent les sorties étaient assez sporadiques mais aujourd’hui Mecapop se remet activement à la production musicale, avec deux projets :
– Tout d’abord ESCAPE, pour fêter les 30 ans de l’album ASYLUM des Legendary Pink Dots
– Puis un autre disque anniversaire, celui pour les 30 ans de l’émission LA NUIT DES SAURIENS.
Pour fêter le 30ème anniversaire de La nuit des Sauriens, Philippe Perreaudin de PALO ALTO m’avait proposé de monter ensemble un set live unique où l’on aurait repris des titres du groupe PTÔSE (l’idée d’un faux PTÔSE était très tentante) avec l’idée d’écrire de faux inédits dans une tendre escroquerie totalement potache (avec l’aval des vrais PTÔSE bien entendu). Mais un tel projet réclamait beaucoup de préparation sans compter que la scène est une réelle épreuve pour moi de par mon côté particulièrement émotif. Nous nous sommes dirigés vers ce projet d’un double vinyl 7’’ et un concert solo d’EDWARD KA-SPEL auquel s’est joint l’ami KLIMPEREI. Le tout co-produit avec Patrick Pincot. Cet hommage à l’émission de radio cadrait parfaitement avec Creatio Ex Materia, une nouvelle série que je suis en train de lancer sur MECAPOP dont La nuit des Sauriens est le volume 2 (ESCAPE étant le volume 1) Sortie prévue courant Janvier.

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Est-ce que ces sorties marquent une renaissance pour le label rebaptisé Mecapop après avoir été longtemps Mécanique Populaire ?
Oui très clairement mais pas vraiment de façon réfléchie.
Afin de moins me disperser, je devrais à l’avenir recentrer Mecapop sur mon propre travail artistique tout en restant très ouvert sur le travail des autres en multipliant les collaborations musicales et même graphiques.
Mecapop devrait ouvrir une section littéraire essentiellement axée sur le bizarre et dont le très talentueux écrivain Léo Dhayer sera le chef de projet.
Ces fascicules seront bien entendu accompagnés de créations musicales un peu à l’image de Aux limites du son (que tu connais bien cher Max).
Il serait également question d’orienter la production vers le vinyle 7’’ qui est devenu la dimension pour toutes les productions Mecapop mais il devient de plus en plus compliqué de produire du vinyle car les usines sont saturées par les demandes rallongeant de façon substantielle les délais de fabrication ainsi que la facture.
À moins que des industriels conçoivent de nouvelles presses à vinyles pour désengorger le marché, il est fort probable que l’on connaisse un regain d’intérêt pour les CDs dans les années à venir.
L’accent étant mis sur le packaging, cela ne devrait de toute façon pas impacter les sorties MECAPOP qui resteront de toute façon relativement modestes dans le nombre même si beaucoup d’idées et de projets trépignent et s’accumulent dans mon esprit.
J’espère que 2016 verra la sortie de trois projets qui me tiennent à coeur.
– le volume 3 de CREATIO EX MATERIA qui est une collaboration personnelle avec KLIMPEREI autour du livre LES ALFREDS de Christophe Petchanatz (CD + vinyl 7’’ bonus)
– le volume 4 qui sera la bande son que j’ai écrite pour une performance de danse contemporaine (vinyle 7 »)
– le lancement de ma série Live-O-matic sur Mecapop qui présente des documents live rares ou particulièrement intéressants en édition limitée. Il est prévu la sortie de plusieurs live des LEGENDARY PINK DOTS / KA-SPEL, de MINIMAL COMPACT et aussi l’intégralité de la soirée live anniversaire à Sens de  »La Nuit des Sauriens’’ (avec Edward et Klimperei) et peut-être un projet ambitieux sur le thème du jeu des 7 familles réunissant Collagistes, musiciens et écrivains (probablement le volume 5 de CREATIO EX MATERIA) ainsi que la création d’un magazine qui me trotte dans la tête depuis un bon bout de temps.

Image de prévisualisation YouTube

À noter qu’une refonte totale du site mecapop.org est en préparation et devrait aboutir au printemps 2016. En attendant, le Bandcamp du label peut assurer la distribution des disques du label.
http://mecapop.bandcamp.com/

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