Masquer – Interview (bonus Obsküre Magazine #9)

19 Mai 12 Masquer – Interview (bonus Obsküre Magazine #9)

Nous avons adoré ce premier album du duo suédois Masquer, Cover my Face as the Animals cry. Parce qu’il ne fait pas que recréer, avec un respect religieux, l’album des Cure tant vénéré, Pornography. Il présente aussi une pop froide et addictive, souvent déchirante, aussi bien élégante que délabrée sous ses parures synthétiques et ses guitares chétives et chagrines. Quelque chose de personnel, à côté de quoi on n’a pas voulu passer. D’où cette opiniâtreté, de la part d’Obsküre, à en rajouter, et à imposer ces petits bonus d’entretien. Quand on aime, on ne compte pas.

Comment procédez-vous pour composer ? L’écriture vient-elle « directement du cœur », ou est-elle pensée de manière plus minutieuse ?
Ça part toujours « directement du cœur », comme tu dis ; parfois on improvise librement en studio de répétition, et quand on crée quelque chose qui nous plaît, on en fait un petit enregistrement, pour exemple, immédiatement, pour pouvoir s’en resservir plus tard. Parfois, j’arrive avec un riff de guitare autour duquel on commence à improviser, ou alors Kicki apporte une mélodie ou un concept qu’elle veut essayer d’exploiter. A ce moment-là de la composition, tout est question de feeling ; tout ce que nous faisons doit nous parler, parler à nos sentiments, et dans le cas contraire, on laisse tomber ou on continue de travailler jusqu’à avoir ce feeling. Au bout d’un moment, quand on a plus qu’un simple extrait, on fait un véritable enregistrement en studio de répétition. Kicki les emporte alors ces enregistrements chez elle, travaille sur les arrangements pour obtenir une première ébauche, et commence à ajouter les beats. C’est à ce moment-là que le travail réel commence. Là, on est déjà davantage dans le travail de détail, et on se pose vraiment la question : « quelle chanson on veut, quand ça sera terminé ? » Ça peut prendre beaucoup plus de temps et se révéler difficile. C’est plus facile d’arriver avec une super mélodie ou une super harmonie, dès le début, mais quand il s’agit de transformer ça en véritable chanson sans perdre la magie ressentie au moment de la trouvaille, c’est difficile. C’est un long processus répétitif au cours duquel nous créons plusieurs versions d’un titre et peaufinons chaque détail. On a souvent besoin de revenir en arrière et d’enregistrer de nouveaux éléments, au fur et à mesure que la chanson évolue. Notre technique de composition est majoritairement conduite par l’ordinateur, ce qui nous permet d’enregistrer, changer, enregistrer changer, revenir en arrière, réarranger. C’est génial que tout le monde puisse s’offrir ces équipements pour enregistrer des démos de bonne facture, juste avec un ordi et une carte son, et des micros corrects. Pour notre part, cela dit, quand nous avons terminé l’album, nous en avons réenregistré une grande partie dans un vrai studio, avec du meilleur matériel.

À votre avis, pourquoi les musiques post-punk et new wave des années quatre-vingt ont-elles une telle influence aujourd’hui ?
On ne sait pas trop. Peut-être que c’est juste parce que c’est vraiment de la bonne musique, tout simplement ? J’ai toujours pensé que c’était trop dur de répondre à ce genre de questions ! C’est pareil quand les gens nous demandent pourquoi on aime la « musique sombre et dépressive ». Le fait que nous ne pensons pas que c’est dépressif juste parce que c’est sombre. Nous trouvons que c’est de la bonne musique, et la bonne musique nous rend heureux. J’apprécie aussi bien les musiques pop plus lumineuses, mais il se trouve que les chansons plus sombres et mélancoliques, je trouve, nous poursuivent davantage, même lorsqu’on ne les écoute pas. C’est comme si l’humeur de la chanson s’enfonçait en nous… Les chansons pop joyeuses n’ont pas cet effet.

La sortie imminente de l’album vous angoisse-t-elle ?
Pas vraiment. En réalité, on peut plutôt dire que ça nous excite. Ça va être marrant de voir ce que les Français pensent de notre musique. On n’a aucune idée de ce qui se fait en France, donc quoi qu’il arrive, ce sera une surprise. Bien sûr on espère que tout le monde va aimer. Ça a vraiment été agréable de jouer live ici, c’est un sentiment formidable de se tenir face à une foule qui n’a jamais entendu notre musique, plus encore quand le retour est aussi positif, comme ça a été le cas en France. C’est super, aussi, de sortir l’album ici, parce qu’on aime tous les deux beaucoup le pays et sa culture. Être en tournée en France est plus comme des vacances, d’une certaine manière. On adore ça !

Que peut-on attendre de Masquer dans les prochaines années ? Un nouvel album ? Une autre tournée ?
Un second album, vraiment. On travaille déjà sur de nouveaux titres et nous sommes très excités à l’idée de retourner chez nous pour écrire encore plus. Composer des chansons est vraiment quelque chose qu’on adore. On travaille aussi sur un EP à sortir cet automne, un maxi de reprises qu’on a souvent jouées en live. Avec un peu de chance on fera davantage de concerts aussi, on espère qu’on fera plus de dates en France mais on a aussi des plans pour l’Allemagne cet automne. On prépare aussi, mais c’est un secret, des collaborations avec d’autres artistes. On verra ce que ça donne quand ça sera fini.

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