Marc-Louis Questin – La Citadelle des Vierges Noires

05 Fév 13 Marc-Louis Questin – La Citadelle des Vierges Noires

La Citadelle des Vierges Noires est le livre le plus déstabilisant que l’on puisse imaginer… sauf si l’on connaît déjà l’œuvre de Marc-Louis Questin, fondateur de la revue littéraire La Salamandre. L’homme-labyrinthe étudie l’ésotérisme depuis longtemps, et c’est d’ailleurs dans ce domaine qu’il s’est fait remarquer : il a publié, notamment aux fameuses éditions Trajectoire, plusieurs dizaines d’ouvrages consacrés à divers courants magiques – Wicca, Chamanisme, Druidisme… –, sans compter ses contributions au monde de la fiction – essais sur Tolkien, anthologies sur les créatures fantastiques, etc.

Alors, si l’on connaît un peu les (multiples) univers de prédilection de Marc-Louis Questin, son goût pour l’extravagance et le jaillissement, pour la littérature décadente et les rituels magiques, on peut tenter de pénétrer cette Citadelle dangereusement hermétique. Ne nous laissons pas piéger : cela ressemble en tout point à un recueil de nouvelles, mais la quatrième de couverture ne ment pas : « Voyages sensuels et oniriques, pèlerinage aux sources des mythes, la réalité que nous croyons si bien connaître se métamorphose subtilement sous nos yeux », lit-on, avant de réinterpréter le sens du mot « nouvelle » qui, faute de mieux, catégorise le livre : « Rites initiatiques et croyances dans les forces de l’esprit ont toujours forgé les civilisations. Marc-Louis Questin n’en est que le rapporteur visionnaire qui a su pour nous lecteurs pénétrer ces mondes obscurs et nous offrir ses intuitions où l’érotisme rejoint le sacré, où Dieu et Lucifer ont comme signé un pacte d’alliance pour atteindre l’absolu de cette beauté inaltérable que chevauchent à jamais nos rêves les plus précieux. » C’est bien d’intuitions  qu’il s’agit. Consciemment ou pas, Questin abandonne la littérature et… s’abandonne, la plupart du temps, à un processus d’écriture pulsionnel, presque exclusivement dirigé par l’évocation visuelle.

Et on s’y perd. La Citadelle n’est pas un livre dont on peut penser quoi que ce soit. C’est un dédale d’images superposées, accumulées, qui nous égarent et nous récupèrent, tour à tour. Jamais au même moment. À croire que Questin, qui se laisse passionnément aller à ce qu’il adore chez les surréalistes, prend un malin plaisir à laisser le lecteur sur le carreau. De paradoxe en paradoxe, le texte semble s’abîmer dans un verbiage où personne n’est invité à pénétrer, quand, quelques phrases plus loin, des images limpides laissent une sensation de partage, d’ouverture, d’altruisme. En fin de compte, La Citadelle des Vierges Noires est comme un laboratoire brut : il s’y passe des milliers de choses, mais rien n’a été décidé ; tout se mélange. Les images excessives, satisfaites d’elles-mêmes, sont restées là, par centaines de poignées. Les dialogues ectoplasmiques n’ont pas été retouchés, et souvent, quand un semblant de trame fictionnelle apparaît, il est aussitôt abandonné – sauf quelques exceptions. Marc-Louis Questin joue. Il s’amuse comme un fou et parle de ce qu’il aime.

Entre hermétisme complet et générosité extraordinaire – corroborée par les magnifiques illustrations de Tiffanie Uldry –, cette collection laisse une pure sensation de perplexité. Ça tourbillonne, dans tous les sens, ça énerve, puis ça ravit un instant, et on n’est plus certain de rien. Comme si on avait entre les mains un million de pistes d’explorations, mais qu’elles se concentraient toutes en un énorme nœud impossible à défaire. Quand Questin révèle, au détour de « La Rédemption de Théophile », une capacité certaine à tisser des intrigues plus claires et accessibles, et qui pourraient construire un roman de fantasy baroque et savoureuse, ou quand il se souvient qu’il aime Burroughs, les comics (« Les Cerfs-Volants du Montfleury) et les rêves d’enfance, il se laisse atteindre. Quand il laisse sa conscience prendre part à cet amas de fantasmes, et qu’ainsi il montre qu’il n’a pas honte d’écrire de véritables fictions aux couleurs Rollin ou Argento (« Dans la Crypte des Goules »), il nous laisse entrevoir plus précisément à quel point il saurait ravir les amateurs de fantastique macabre.

Mais La Citadelle des Vierges Noires, c’est un autre projet. Une chose brute et frénétique. Une sorte de poésie en prose qui semble parfois se moquer d’elle-même, et parfois pas du tout. Une constellation de codes occultes, qui sait peut-être que personne ne pourra jamais vraiment la comprendre – d’ailleurs, jusqu’où cherche-t-elle à se comprendre elle-même ? Quelque chose d’éprouvant – et de bien des façons – pour le lecteur qui, néanmoins, sera ravi que Questin partage avec lui la perfection et l’étendue de ses goûts artistiques : des épigraphes tirées d’œuvres sublimes mais oubliées (Renée Vivien, d’Annunzio, Ghelderode, Bloy, Swinburne, pour ne citer qu’eux) aux évocations de peintres qui jalonnent le texte comme des ornementations sensées (Motherwell, Moreau, Bram Van Velde, etc.).

Une curiosité.

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