Marc Collin (Nouvelle Vague)

10 Mar 12 Marc Collin (Nouvelle Vague)

Marc Collin a été l’une des forces motrices (avec Olivier Libaux) du projet Nouvelle Vague, une entité qui s’était donnée pour vocation de travestir les standards de la new wave, du post-punk ou du gothique en une charmeuse bossa-nova, entrée dans le mainstream dès son premier album. Les puristes ont forcément détesté. Le grand public a fait l’accueil inverse en découvrant (enfin) Lords Of The New Church, Bauhaus, The Sisters Of Mercy, Killing Joke, Modern English, The Wake, New Order, XTC ou encore Tuxedomoon, entre autres nombreuses références.
En 2012, après plusieurs albums au compteur chargés des voix de personnalités fort populaires (Camille, Vanessa Paradis, Mélanie Pain, Helena Noguerra, Mareva Galanter pour les exemples les plus parlants) il ne semble plus y avoir d’avenir pour Nouvelle Vague. Pour autant, Collin reste des plus actif. Producteur en parallèle de ses activités de musicien (Olga Kouklaki est une de ses fidèles), notre homme prépare aujourd’hui, entre autres,
The cold Wave Station : un disque très froid et empreint des atmosphères synthétiques des plus vieux Cure (période Faith notamment).
Dans notre rubrique « Les musiques sombres de… », Marc égrène l’histoire d’une passion personnelle pour toutes ces musiques froides et romantiques nées à partir de la fin des années soixante-dix. Joy Division, The Cure, Siouxsie, tout y passe au fil de quatre pages. Découvrez ci-dessous quelques précieux reliquats non parus dans le numéro d’
Obsküre Magazine de ce bimestre (#8, mars / avril 2012).
(Photo : Yves Bottalico)

Obsküre Magazine : Comme pour beaucoup de monde dans les années quatre-vingt, le support vinyle a été le vecteur d’une imagerie… Tu as aussi été concerné, non ?
Marc Collin :
Je suis un enfant du vinyle, j’en ai acheté des tonnes et de manière générale l’objet me fascinait. J’avais d’ailleurs développé un affreux business de cassettes pirates live, que je nourrissais de mes propres bootlegs, ceux que je réalisais lors des concerts avec mon walkman. J’enregistrais les shows, je les vendais ou les échangeais avec des gens du Japon par exemple, on avait fait ça pour Simple Minds je me rappelle… J’arrivais à reconstituer des tournées entières, de cette manière. On se rendait compte ainsi que les groupes faisaient tout le temps le même set, et puis soudain des surprises arrivaient à travers un morceau pas joué auparavant sur la tournée… c’était chouette de constituer cette mémoire. Pour le reste, j’achetais beaucoup de vinyles, je prenais tout au magasin New Rose ou dans des grandes enseignes. Le CD n’est arrivé chez moi qu’en 1986, un des premiers était d’ailleurs Spleen & Ideal de Dead Can Dance.

Dans notre entretien dans Obsküre Magazine #8, tu expliques avoir gagné cette culture new wave en lisant de la presse anglaise, comme le NME, auquel tu t’étais abonné et que tu recevais chez toi. La presse rock française de l’époque, Rock’n’Folk ou Best, restait réticente à aborder ces mouvances-là, le post-punk, la new wave, le gothique… Même si ton vecteur était anglais, il restait assez négatif : cette presse étrangère parlait régulièrement des groupes, mais pour en dire du mal…
Le NME, c’est vrai qu’il y avait ce côté réfractaire chez eux… Mais ils parlaient de tous ces groupes anglais, c’était très différent du silence entretenu par notre presse nationale sur ces mouvances. J’ai écouté The Sisters Of Mercy après le collège, dans ma période lycée, un peu plus tard, en 1985-1986… Finalement les premiers Cure, Seventeen Seconds, Faith, Pornography, et puis Ocean Rain d’Echo And The Bunnymen, tout cela a formé un bain progressif. Il y avait bien des émissions qui faisaient le relais, comme celles de Bernard Lenoir, avec Feedback. En fait et pour y revenir, c’est pour ça que j’étais abonné au NME : parce que même s’ils disaient du mal, ils parlaient de l’actualité de Depeche Mode et des autres… On était complètement décalé par rapport à ça en France, et puis là, surprise : je me suis rendu à un concert de U2 en 1983, à Ballard, et c’était plein à craquer. On était nombreux à se croire underground, finalement (rire). Mais ça créait un esprit de famille. Dès que quelqu’un portait un imper noir, il y avait une reconnaissance.

Les copains avec lesquels tu as monté tes anciens groupes, versaient-ils autant que toi dans ces scènes-là ? (N.D.L.R. : Spleen Idéal avec Nicolas Godin, qui formera par la suite le célèbre projet Air, et Xavier Jamaux. Spleen Idéal muta ensuite vers le cold-pop Persona. Jamaux et Collin se retrouveront dans Indurain, qui évoluera enfin vers Ollano.)
Nicolas Godin était moins à fond que moi. Il était fan de Taxi Girl, en tout cas, mais il ne donnait pas vraiment dans la new wave. Xavier Jamaud par contre, oui, il a été grand fan de cette musique avec Japan, David Sylvian, Bauhaus, Joy Division. Dans les premiers groupes que j’ai montés, Spleen Idéal en particulier, on reprenait « A Forest », Taxi Girl, tout ça c’était notre truc… Taxi Girl, c’était le seul groupe français un peu populaire qu’on arrivait à écouter.

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