Manifeste Mutantiste 1.1 – Work in progress percutant

14 Jan 12 Manifeste Mutantiste 1.1 – Work in progress percutant

Ce nouveau livre des Éditions Caméras animales s’ouvre sur un ensemble de théorisations, d’où son titre de Manifeste : le lecteur découvre une suite de courts textes alliant préceptes et analyses sociologiques souvent nées d’une immersion dans ce que notre monde a de plus dommageable pour l’humain. Haschich, LSD, héroïne ont marqué leurs temps, les drogues légales actuelles sont bien plus puissantes expliquent les auteurs : sériés télé, jeux en ligne ou forums spécialisés sont ainsi vécus comme des addictions surpuissantes (car formatées pour créer l’addiction) et cet enchaînement volontaire doit générer des vertus créatrices.

Expérimenter ses pulsions, prolonger les modifications psychiques permet alors un catalogue science-fictionnesque (à l’heure où la S.F. a cessé d’être de la fiction) de machines à mutations mises en place ou à venir (et beaucoup, beaucoup de liens vers des choses à voir sur le net puisque les mutantistes ont essaimé au travers de blogs avant qu’une partie de leur travail et trouvailles ne soit condensé dans ce livre si dense). Ce catalogue est la mise en pratique des idées les plus iconoclastes du collectif grâce au procédé de la « lectriture » : je te lis, je triture ta pensée et te renvoie ce que j’ai écrit… Le lecteur pioche au gré de ses propres obsessions ce qui va le fasciner.
Proches parfois d’un OuLiPo par ordinateur ou télévision (la zappologie, jeu de création télévisuelle), les auteurs offrent un imaginaire chaotique et évocateur pour ce livre préhensile par ses multiples aspects : poétique, politique, sociologique, philosophique.
Le travail se diffuse sur la peinture (qui se fait aimantée, sonique, vibrée), la vidéo, la mise en place de sites. Les sculptures de textes s’apparentent au broyage de voitures dans les casses. Enfin, l’ouvrage se termine avec une série d’objets textuels (dont l’univers Réplicants, proche d’un Blade Runner samplé sous Nine Inch Nails, un monde transposé sur scène par Mathias Richard) combinant plusieurs des approches définies auparavant. De ces pages, on retiendra la bouffonnerie formidable d’Antoine Boute avec son « overwriting », sorte de roman en condensé, bourré de péripéties extravagantes, mais portant en lui une réflexion sur la littérature. Les liens sont nombreux avec Raison basse, le recueil précédent des Éditions (qui présentait les oeuvres d’un grand nombre de poètes contemporains) au point qu’on se dit qu’on tient là un « vortexte », un livre aspirant ses influences et les agglomérant anarchiquement pour créer autre chose, se dépassant constamment. Une aventure tout autant qu’une réflexion et la conviction d’assister à bien autre chose qu’un effet de mode.

MATHIAS RICHARD & CO.
$Manifeste mutantiste 1.1$
(Caméras animales)

 

http://mutantisme.blogspot.com/

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