Lydia Flem – La Reine Alice

27 Jan 11 Lydia Flem – La Reine Alice

En complément à l’article et la chronique livre de «La Reine Alice », l’écrivain Lydia Flem a répondu à quelques questions entre Noël et le jour de l’an. Les flocons ont ajouté un aspect fantomatique idéal à cette conversation… Et Lydia donne rendez-vous aux lecteurs d’Obskure Mag (et aux autres) à Caen !

Obskure Mag : Si les philosophes aiment à discerner la chimère de la réalité (page 52), qu’en est-il d’Alice dans ce roman ? J’ai l’impression qu’elle tire un certain plaisir à s’égarer.

Lydia Flem : Alice craint d’abord de s’égarer, puis prend conscience que l’égarement est la seule voie possible, la seule clef, et en route, elle y trouve des joies inattendues : celles de la fiction, de l’humour, des histoires, des images, de l’amitié et de la musique.

Et vous-même, lors de la composition de ce livre en courts chapitres, fortement structurés, avez-vous pris plaisir aux digressions malgré le cadre ? C’est un livre qui peut être feuilleté…

Les digressions, comme les détours dans la vie, sont toujours féconds. La ligne droite est rarement riche d’imprévisibles et de forces nouvelles. Vivre, c’est aller au-devant de ce qui peut surgir sans qu’on s’y attende, savoir cueillir l’occasion, saisir l’instant quand il se présente. Ecrire aussi. J’ai adoré me laisser surprendre par ce qui venait sous la Plume d’Alice, l’accompagner dans ses zigzags, ses pas de côté, cette danse fragile de l’existence toujours entre équilibre et déséquilibre.

« Le manque de concentration empêchait les lectures prolongées, mais il ne lui était pas interdit de feuilleter un ouvrage, par le milieu ou par la fin, sans plan ni méthode (…) » page 174 : est-ce un projet d’écriture ? On retrouve le propre de la littérature de voyage…

L’écrivain maîtrise une part de son écriture, mais toujours quelque chose lui échappe, et c’est bien ainsi. Le lecteur invente le livre en le lisant à sa manière, le livre appartient aussi à ses lecteurs.

Alice explique à Grincheux qu’il n’appartient pas à la littérature, qu’il n’est pas même un personnage secondaire (page 273) : que manque-t-il à ce voisin pour entrer dans ce monde ?

Le Grincheux agace Alice, il est jaloux, irascible, inadéquat, indélicat, égoïste et ne la reconnaît pas comme écrivain (il ne peut y en avoir deux au même étage) et méprise Lewis Carroll. Alice se venge en ne le reconnaissant pas comme un personnage de la littérature, mais c’est un paradoxe, puisqu’à présent, le Grincheux appartient à La Reine Alice et est bien devenu un personnage littéraire, quoi qu’elle en dise !

Joindre les photos parues sur votre blog était une évidence : avez-vous opéré un choix ou sont-elles toutes là ?

Vingt-trois images du blog d’Alice prises avec son Attrape-Lumière sont présentes dans le livre, mais il y en existe beaucoup d’autres encore.

Je vous joins ici une invitation à l’IMEC à l’Abbaye de Caen où fin janvier je lirai intégralement le livre et ferai une exposition qui comprendra la moitié des images du livre et douze autoportraits en photobooth. Vous y êtes cordialement invité comme vos lecteurs.

Merci à vous, Lydia !

Be Sociable, Share!