Live Report – Festival TINALS 5e édition

17 Juin 17 Live Report – Festival TINALS 5e édition

Fidèles depuis les débuts, nous voilà repartis pour une cinquième édition du festival This is not a Lovesong qui s’est déroulée du 9 au 11 juin 2017 à Paloma, la scène des musiques actuelles de Nîmes. Bière, chaleur, moustiques, animations kitsch, on est à présent habitués, bien qu’il semble cette année que tout cela se soit multiplié (sauf les flamands roses)… 38 degrés à l’ombre, c’est pas sympa, c’est clair, et les moustiques et taons n’auront eu besoin que de quelques heures pour me transformer en passoire et voir mon front gonfler à cause de mes allergies aux piqûres. Faire passer le festival de la fin mai à presque la mi juin n’était pas une très bonne idée tant le climat nîmois est invivable. Mais bon, tant qu’à jouer au vieux corbeau râleur, autant le dire, cette année la programmation s’est révélée moins excitante pour les amateurs de musiques dark, noise, expé, shoegaze ou post-punk, et du coup beaucoup d’habitués ne se sont pas pointés. C’est bien dommage, mais les retrouvailles avec les quelques amis présents étaient quand même de beaux moments de partage dans cet espace presque hors du temps.

© Philippe Cruveilher

Dès l’arrivée le vendredi, on jette un œil aux changements, notamment un de conséquence : l’ajout d’une nouvelle scène Bamboo, à proximité de la Mosquito créée l’année dernière (celle que les moustiques préfèrent). Le site du festival s’agrandit donc encore, pourtant les stands de nourriture n’ont pas augmenté et les queues pour manger ou pour aller chercher un Pass Cashless sont déjà très longues. Autre nouveauté, la scène Club a été transformée en Love Room, un espace au calme pour boire un verre et écouter des DJ sets. C’est plutôt une bonne chose en termes de flux. Plus de bouchons dans le couloir, et c’est déjà beaucoup. En revanche, les animations un peu lourdingues, du style karaoké, font plus penser à des boîtes de bord de plage qu’à un festival sur les musiques indépendantes. Pour remplacer les ambiances intimes qu’on avait connues au Club, le Patio a intégré une petite scène, et c’est là aussi fort agréable, car l’ombre y est plus présente que dans les grands espaces extérieurs écrasés par le soleil brûlant et néfaste.

© Philippe Cruveilher

Une évidence est que le festival souhaite élargir son public. Une très bonne initiative est celle d’ouvrir les concerts aux jeunes enfants avec des représentations l’après-midi dans le Patio où les petits peuvent s’amuser à regarder l’instrumentarium varié de Shugo Tokumaru ou les belles compositions bluesy de l’homme-orchestre Bror Gunnar Jansson. La programmation, elle, sera dans l’ensemble bien moins radicale et parfois très plan-plan, avec des artistes à l’univers estival, doux et ramollo, parfois tellement easy qu’on frise les festivités pour troisième âge (Alex Cameron, Chris Cohen, Andy Shauf, The Growlers…), sans compter les groupes de jeunes qui, malgré leur agitation, sonnent incroyablement datés (Yamassa, Le Superhomard…). Heureusement, l’énergie d’autres (Slaves, Thee Oh Sees, Hmltd…) rattrapera le coup et nous fera quand même réaliser qu’il s’agit toujours de TINALS et pas d’un simple rendez-vous d’été pour cinquantenaires en vacances. Ouf…

Bror Gunnar Jansson © Philippe Cruveilher

Si le reste des animations est identique aux années précédentes (Photomaton, coiffeur rockab’, couronnes de fleurs, mariages en mode Las Vegas célébré par un clone d’Elvis, stands de disquaires…), on notera la présence de la plupart des livres musicaux publiés par Le Mot et le Reste, ainsi qu’un sound system extérieur assez délirant où certains sont partis en mode rave party sur « Pump Up The Jam » de Technotronic. Nous n’avons pas pu tout voir, notamment ce qui se passait l’après-midi, mais il y avait également des conférences, ateliers de danse ou d’écriture.

À présent parlons plutôt de la programmation, car même si nous sommes un peu venus à reculons cette année, nous avons eu de bonnes surprises. Au bout du compte, un des seuls groupes à vraiment me motiver était Echo & the Bunnymen. Pas que je sois fan du tout, mais j’ai une relation particulière à leur musique qui a accompagné des épisodes forts de mon existence. Découverts par le biais d’une cassette rapportée d’Australie par mon cousin de Melbourne alors que j’étais encore enfant, j’ai longtemps cru qu’ils étaient originaires de l’outback, avec leurs sonorités si folkloriques. Puis, quand je me suis retrouvé au fin fond des bayous de Floride, le seul disque que j’avais dans la voiture était leur Crocodiles. Donc après les kangourous, je les ai plutôt associés aux alligators, avant de découvrir bien tardivement qu’ils étaient de Liverpool ! Du coup, je connais plutôt très bien tous leurs premiers albums et cela m’intéressait de savoir si Ian McCulloch pouvait toujours monter aussi haut dans les aigus, souvent un brin faux et écorchés, avec ce qu’il faut de reverb (ah « A Promise », « All my Colours » !…). Je ne serai pas déçu à ce niveau-là mais faisons d’abord un bilan sur l’impression générale quant aux artistes présentés sur scène.

Echo & the Bunnymen © Philippe Cruveilher

Ce qui ressort d’emblée, c’est que le festival a trouvé un bon équilibre entre groupes à guitares et formations plus électroniques. Et même si mes goûts sont à l’antithèse de ce genre, je dois bien avouer que les formations plus typées culture hip-hop/rap étaient parmi les meilleures de la sélection. Flying Lotus a, par exemple, créé une superbe ambiance visuelle et sonore avec projections, jeux de lumières, pulsations dubstep, travail rigoureux de sampling et hommages cinématographiques (dont une reprise du thème toujours aussi émouvant de Twin Peaks). Danny Brown ou Death Grips produisent, quant à eux, un mélange d’électro abrasive et d’infrabasses proches de la scène noise/indus alors que le chant reste très classique et répond aux clichés du rap (avec en prime des pauses grotesques de bandage de muscles pour le chanteur de Death Grips et un micro tenu au niveau de l’entrejambe, rappelant les pires heures du hardcore américain, un peu comme pour le concert de Slaves, mais le chanteur, avec humour, n’arrêtera pas de monter et descendre sa braguette pour souligner l’aspect excessif de ces performances). Si le concert de Death Grips fut assez rébarbatif sur la durée, celui de Danny Brown était bien plus convaincant. Show Me the Body ont aussi offert un live très divertissant en mêlant ce chant hip-hop à une énergie punk et décomplexée, avec un bon gros son de basse et un banjo saturé. Beaucoup plus zen et grand public, la musique de Moderat apportera une autre coloration électronique au festival, avec là aussi un très bon son. Dommage que les structures des compositions soient si prévisibles !

Moderat © Philippe Cruveilher

Niveau guitares, comme chaque année des formations cultes de la scène rock indé ont été rassemblées – bien que certaines étaient signées sur des majors, ce qui a provoqué des débats chez les puristes. Parmi celles-ci, on peut noter la reformation de The Make Up avec un show très drôle, le chanteur ressemblant à un clone de Mick Jagger avec une perruque, plus intéressé par les hurlements et singeries que par le fait de sonner juste. Primal Scream étaient aussi de la partie avec un show qui ne nous a pas rajeuni, et toujours de très bonnes lignes de basse. Echo & the Bunnymen ont, donc, offert une sorte de best of, avec des titres aussi cultes que « Villiers Terrace », « Do It Clean », « The Killing Moon », « The Cutter » ou encore « Rescue ». C’était cela dit étrange de voir McCulloch avec son long manteau en plein jour et sous la canicule. Un horaire plus tardif aurait été plus approprié. La performance était en elle même très statique mais les versions appliquées. Des reprises malheureuses de Bowie ou Lou Reed nous feront regretter qu’ils n’aient pas consacré leur peu de temps sur scène à leur propre (et très riche) répertoire. Dans les vieilleries de la scène indie, Teenage Fan Club ont rejoué aussi pas mal de leurs classiques. Des bonnes compos gentillettes, mais sur scène il ne se passe rien. Les fans de Turbonegro étaient aussi venus en masse et, malgré le look très gay du groupe, quelque part entre Querelle de Fassbinder et Rummelsnuff, et la mise en scène travaillée, la musique était une atrocité hard rock à rapprocher d’AC/DC.

The Make Up © Philippe Cruveilher

Turbonegro © Philippe Cruveilher

Car oui, il y a eu aussi quelques groupes What the Fuck? cette année. On ne comprend toujours pas ce qu’on a vu, même si on a bien rigolé sur le moment. C’est le cas par exemple de Baroness avec leur hard rock/heavy metal 70’s avec des solos ringards très comiques, ou encore de Rocky, projet assez variété qui a clôturé la soirée du samedi.

À l’inverse, il y a eu les bonnes surprises, et les groupes que l’on a regretté de rater. Les bêtes de scène indéniables de cette édition furent Hmltd, dans un style néo-romantique fantasque bien imprégné de batcave (des guitares à la Virgin Prunes, un chant entre Sex Gang Children et Cinema Strange) mais rien de rétro, les jeunes londoniens ayant bien intégré les sonorités actuelles. L’autre révélation fut Bror Gunnar Jansson, un Suédois qui a totalement compris l’esprit du vieux blues américain, en y ajoutant un sens de l’atmosphère très personnel. Les échos étaient également très bons quant aux concerts de Baptizein & Secret Yolk, Spring King ou de Kokoko ! mais ne n’avons pu y assister. Et Thee Oh Sees avec leurs deux batteurs métronomes, ça fait toujours son effet.

Hmltd © Philippe Cruveilher

Primal Scream © Philippe Cruveilher

Le festival a également souhaité soutenir la scène locale. C’est comme cela que l’on a pu découvrir Clan Edison, les Noir Désir locaux. Et, comme chaque année, le rock garage et le psyché dominaient la programmation, avec une mention spéciale pour The Black Angels et leur son immersif, lourd et envoûtant, qui a su s’éloigner des clichés dans lesquels les autres s’engouffrent.

Au final, ce fut une édition intéressante, avec toujours des moments magiques, et un esprit défricheur pas perdu, mais trop de musiques mainstream et passe-partout à notre goût. Cela dit, cette volonté d’appâter un public plus large a fonctionné, vu qu’il y avait plus de 16 000 spectateurs cette année. Dans les points positifs, on a beaucoup apprécié la rencontre avec Ian Svenonius de The Make Up autour du livre Stratégies occultes pour monter un groupe de rock publié par Au Diable Vauvert. Le plaisir des rencontres de l’espace Presse. Dans les points plus négatifs, il faut quand même préciser que le système cashless permet à certains bénévoles de petites escroqueries, du style refaire payer sans arrêt la consigne en reprenant le verre et en donnant un neuf à la place, ou en gonflant tout simplement le prix des pintes, vu que de toutes façons nous ne pouvons pas récupérer notre argent car ils se sont déjà servis sur la carte. Un système à totalement revoir donc, car certains festivaliers vont finir par s’énerver de ces petites arnaques.

Malgré ces quelques réserves, This is not a Lovesong reste une festival unique et assez incroyable, donc forcément nous reviendrons l’année prochaine, muni de notre filet de protection anti moustiques et d’un bon anti transpirant.

Site de Philippe Cruveilher : https://www.cruveilher-philippe-photographie.com/

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