Linda Perhacs – Interview bonus Obsküre Magazine #20

06 Mai 14 Linda Perhacs – Interview bonus Obsküre Magazine #20

The Soul of all natural Things est le deuxième album de celle qui, sur le tard, est devenue égérie psyché-folk. Alors que ce n’est que depuis quelques années que le monde redécouvre son premier album, le marquant Parallelograms (1970, relativement mal travaillé commercialement à l’époque de sa sortie mais réédité deux fois depuis 2005), l’Américaine Linda Perhacs avait mis la musique en réserve durant plusieurs dizaines d’années (hormis de rares collaborations)… pour, au final, remettre le couvert cette année.
Le plat qu’elle a servi début mars 2014, enregistré courant 2013, fascine tout autant que le premier
opus de 1970. Instaurant une bienfaitrice césure dans le quotidien, cet instant de pause s’oppose per se à la frénésie et au stress que génère un mode sociétal anxiogène, où tout s’interconnecte et s’interpénètre en permanence, où chacun est censé se rendre disponible en permanence, où s’appartenir confine au moment de privilège. Dès lors, la musique éclairée, étudiée et puissamment spirituelle de The Soul of all natural Things s’avère des plus salvatrice. www.obskuremag.net publie aujourd’hui les extraits restés inédits de notre entretien avec Linda, où la dame revient sur un processus et, cette fois enfin, se promet un futur en musique.

Obsküre Magazine : Quelques extraits ont atterri sur le web des shows live assurés en 2013, notamment la prestation émotionnelle donnée à L’Ancienne Belgique (N.D.L.R. : intitulées AB Sessions sur la plateforme YouTube, cf. infra). De nouveaux musiciens s’impliquent à vos côtés, et on peut dire que sur le plan humain, en tout cas plus que dans l’orientation musicale, Parallelograms est « derrière ». Comment avez-vous rencontré Fernando Perdomo et Chris Price et sont-ils les principaux artisans collaborateurs du nouvel album ?
Linda Perhacs :
Je suis très heureuse que tu aies pu voir ces extraits « vivants ». Cette tournée a été l’un des points culminants de ma vie ! J’ai rencontré Fernando, crois-le ou pas, de par un e-mail qu’il m’a envoyé. Son message était court et direct, mais il mentionnait qu’il avait déménagé vers la Californie depuis la Floride et que son studio se trouvait désormais à Reseda… ce qui, pour moi, est à environ dix minutes seulement si je prends la voiture. Nous avons pris contact et convenu de nous rencontrer quelques jours plus tard. Puis nous nous sommes rendus au New LA Folkfest qui, cette année, était près de Pasadena.
Nous avons attaqué très rapidement, sur le fond. Je lui ai expliqué les thèmes qui nourrissaient ma nouvelle musique et il a fait venir l’un de ses bons amis, Chris Price, maître en matière de claviers et de mixage. En plus de Fernando et Chris, j’ai amené avec moi deux grands amis et merveilleux musiciens, Julia Holter et Ramona Gonzalez, de Nite Jewel. De là, le travail a grandi jusqu’à impliquer bon nombre d’autres artistes et musiciens. Cette musique a nécessité bien des mains et voix différentes pour aboutir !

Image de prévisualisation YouTube

Comment compareriez-vous les toutes dernières expériences studio à celles de la fin des années soixante, dans leur dimension humaine et la collaboration en général… mais aussi en termes de technologie, compte tenu du fait qu’il existe un écart important entre les équipements de studio actuels et ce que vous avez connu en 1969-1970 ? Vous êtes-vous sentie immédiatement à l’aise dans ce nouvel environnement studio ?
Toute expérience de studio, à tout moment dans l’histoire de la musique, est une histoire de collaboration et à travers laquelle il s’agit de trouver les bonnes personnes. 1969-1970 n’était pas différent, à ce sujet, de ce que j’ai connu en 2013. Évidemment, le plus grand écart réside dans l’aspect matériel, l’équipement de studio. C’est le « tout numérique » maintenant, alors que l’ancien équipement analogique n’a tout simplement pas la « portée » ni n’offre les facilités de l’équipement en vogue aujourd’hui. Désormais, n’importe qui avec un peu d’espace au sol, quelques connaissances en informatique et un bon programme peut enregistrer de la musique, la modifier , la réenregistrer si nécessaire, partager des fichiers via Internet… Un batteur peut vivre à Boston, tu peux lui envoyer un fichier son, il peut y ajouter la percussion et la renvoyer, le tout via l’Internet.
Assez étrangement, alors même nous enregistrions Parallelograms en 1970, mon producteur, Leonard Cohenn, et moi-même avons été amenés à flirter avec les limites de l’équipement disponible à l’époque. J’ai donc trouvé non seulement fascinantes, mais aussi merveilleusement confortables les conditions techniques de l’enregistrement en numérique l’année dernière. Enfin, il existait du matériel apte à me permettre de faire ce que je voulais faire !

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Dans la vie professionnelle, vous êtes dentiste et la musique existe donc pour vous en dehors de cette occupation journalière et officielle. Quelle est votre relation personnelle au travail et au temps ? Avez-vous trouvé un équilibre face à l’oppression du temps, ce phénomène que nous pouvons par exemple ressentir à travers la connexion permanente au monde via le web, etc. ?
Il est très nécessaire pour nous de faire en sorte de nous éloigner, de temps en temps, du béton et de l’acier ainsi que du mode de vie effréné que nous créons pour nous-mêmes. Sans cet espace, nous perdons notre équilibre et oublions ce qui fait de nous tous des êtres humains. Cela devient de plus en plus difficile pour moi de prendre ce temps-là. Le don de ma musique et l’application pratique de l’hygiène dentaire, telle que je m’en suis donné la vocation, sont de véritables bénédictions pour moi. Je ne pourrais pas faire l’un sans que le facteur primordial de l’autre soit effectif dans le réel.

Avez-vous maintenu, dans le temps, un lien personnel avec les musiciens ayant réalisé Parallelograms avec vous ?
À l’exception de Stephen Cohen, mon guitariste, tout le monde s’est dispersé après l’enregistrement de 1970. J’ai perdu la trace de ces gens. Stephen et moi ne communiquons en outre qu’à de rares occasions. C’étaient tous des gens merveilleux et, peut-être, les meilleurs musiciens de l’époque.

Dans ses mains, le fameux premier album culte de 1970.

Dans ses mains, le fameux premier album culte de 1970.

C’est votre deuxième album en quarante-quatre ans. Pour vous, est-ce à nouveau un essai pensé de façon « one-shot » ou envisagez-vous de développer davantage de choses avec les musiciens qui sont aujourd’hui à vos côtés ?
Je peux dire que les choses ne s’arrêteront pas là. Je crois que nous ne nous limiterons pas à créer de la nouvelle musique pour moi, mais que nous allons aussi collaborer avec d’autres pour, disons, des formats spéciaux en vinyle, du genre sept pouces, etc. Je serais ravie d’avoir encore à mes côtés toutes les personnes qui m’ont aidé pour mon premier album, mais la plupart d’entre eux ne sont plus alentour. J’ai une équipe qui rivalise de force avec ces gens eux-mêmes formidables : mes producteurs, Fernando Perdomo et Chris Price, deux des meilleurs chanteurs et musiciens dans le monde, Julia Holter et Ramona Gonzales, qui complètent merveilleusement la musique que je fais aujourd’hui ! Plus notre roadie Michelle Vidal et, quand on peut l’avoir à nos côtés, Durga McBroom Hudson. Sans eux, nous n’aurions pas pu faire la tournée européenne.

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> SORTIE : LINDA PERHACS
The Soul of all natural Things (Asthmatic Kitty / Differ-Ant) (2014)
> WEB OFFICIEL
www.lindaperhacs.com

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