L’Homme Sauvage – 29 et 30/09 – Aspet (31)

03 Sep 17 L’Homme Sauvage – 29 et 30/09 – Aspet (31)

Le Festival L’Homme Sauvage se tiendra à Aspet les 29 et 30 septembre prochains. Quinze groupes des scènes ambient, rituelles, folk ou metal se produiront à la lisière des bois, célébrant à la fois la montagne et le retour à un homme primitif. Un homme aux sens ouverts sur ce qui l’entoure, apte à percevoir une dimension mystique, une respiration dans une vie moderne trop souvent superficielle et rapide. Deux jours, le temps d’échanger, d’être surpris, de se ressourcer et de découvrir des notes, des instruments singuliers, des créations ludiques et profondes. Les instigateurs sont Yan Arexis et Patrick Lafforgue (le groupe Stille Volk est partie prenante du dispositif, ainsi que La Breiche) et une large équipe de bénévoles. Le Bois Perché pour cette première édition se retrouvera au centre des bonnes énergies. On fait le point avec Yan.

Sylvain Nicolino pour ObsküR[e] : De quand date l’idée de monter ce festival ?

Yan Arexis : Il y a cinq ans nous souhaitions fêter les vingt ans de Stille Volk de façon insolite, c’est le point de départ. Il y a un an, Patrick et moi on a imaginé l’Homme Sauvage.

Pourquoi un festival sur deux jours plutôt qu’une soirée avec une groupe de première partie ?

Deux jours, c’est un minimum pour une première édition, si tout se passe bien on ira plus loin et de façon jamais vue… Je préfère le format long comme dans les événements de musique classique… On n’a surtout pas envie de suivre un quelconque modèle, ce sont les idées en lien avec ce que l’on souhaite véhiculer qui commanderont.

Pourquoi avoir choisi ce lieu du Bois perché à Aspet ? Est-ce que la présence régulière des cerfs (pleine période du brame) a joué dans ce choix ?

Je ne savais pas pour les cerfs. Par contre on a observé des fouines… Non, c’est la montagne qui importe dans le choix du lieu. La montagne, avec la scénographie et la musique, c’est le troisième personnage de ce rendez-vous. Le bois perché n’est pas à mon sens le lieu final, mais c’est un bon début. Le village d’Aspet est au cœur des Pyrénées, c’était un critère important.

La montagne, comment la définis-tu ? En quoi la chaîne des Pyrénées est-elle plus intéressante aujourd’hui que le massif des Alpes ?

C’est la montagne culturelle qui m’intéresse. Si j’avais été un Alpin je m’y serais intéressé de la même façon. J’aime l’archaïsme des Pyrénées, elle reste une montagne mystérieuse, encore. Il y a trente ans j’ai découvert les Pyrénées autrement grâce à un livre de Bernard Duhourcau qui s’intitule Les Pyrénées Mystérieuses. Ce livre a tout lancé (mon intérêt pour la montagne culturelle, Stille Volk : la genèse de L’Homme Sauvage).

De plus en plus de festivals prennent en compte l’environnement, as-tu réfléchi à l’empreinte écologique de cette manifestation ?

Si je suis personnellement concerné et même investi (je suis adhérent Nature et Progrès), je n’ai pas pour autant envie de mettre ça en avant car ça coule de source. J’ai envie qu’on se focalise sur autre chose, sur la vision poétique et profonde que l’on a de la nature justement ! Dans le sens même d’écologie profonde telle que la définit Arne Naess [NDLR : philosophe norvégien, mort en 2009, militant à Greenpeace et inventeur du concept de l’écosophie ou de la deep ecology : l’écologie doit s’attaquer en profondeur aux mauvais rapports entre l’homme et le milieu naturel et il défend l’idée du nature non fonctionnelle, moins anthropisée en un sens]. Plus simplement, toutes nos installations (scène, restauration..) sont en bois de récup’. On a utilisé beaucoup d’objets de récupération. Pour des raisons économiques, esthétiques et parce qu’il nous importait de le faire de nos propres mains ! Après, oui, vaisselle recyclable, etc, etc.

Les groupes sont très variés (voir la liste complète avec vidéos sur le site du festival), qu’est-ce qui les unit dans cette thématique de l’homme sauvage ?

Ce sont des groupes qui ont un lien à la nature, souvent une dimension tellurique, un sens mystique. Mais pas seulement, on partage une vue commune sur la musique aussi, sans chichi… Et puis quelques-uns vont pouvoir déployer une dimension spectaculaire, visuelle qui colle avec nos scénographies.

Ce « sans chichi », que mets-tu derrière cette expression ? C’est une musique plus immédiate, où le jeu scénique apporte ses perturbations ? Une musique vécue et non pas reproduite à l’identique soir après soir ?

Exactement ! Ce sont des musiques d’instinct qui ont une forte dimension spirituelle !! Ce sont aussi des gens qui sont ancrés dans l’underground. À première vue ils sont variés mais pour nous ils sont cohérents. On n’est pas attachés à un style : les genres ça pue…

Quel public attends-tu ? On pense bien sûr à la scène pagan, sans savoir à quel point celle-ci est présente en France ; pour ma part je pense que l’affiche peut attirer un public international ; j’espère aussi que le public local saura se montrer curieux puisque les préoccupations et les réflexions spirituelles et animistes ont laissé trace dans notre région.

À mon sens la scène pagan n’est pas la plus représentative. Pour autant, ils seront sensibles à l’atmosphère. Je crois (et je vois déjà via les contacts, les préventes, les retours divers) que l’on a un public avisé, assez ouvert qui a bien compris que l’on cherche à créer quelque chose de profond, sans artifices, vrai ! un truc qui dépasse le simple fait d’aligner quinze groupes sur une affiche ou un truc qui cherche à positionner un concept sur l’échiquier des festivals européens. Il y aura des métalleux, autant que des gens attirés par l’Ambient/Dark Ambient, ou que des locaux qui ne retrouvent pas ce genre de programmation et feront le déplacement « parce qu’il se passe quelque chose ». La fréquentation est dès aujourd’hui internationale (à notre échelle) : de nombreux Espagnols ont déjà réservé leur billets et nous savons de façon informelle que quelques représentants de labels seront à priori présents (UK et Canada, Allemagne). Pour le public français, nous avons constaté que pas mal de gens viennent de la région de Montpellier, Lyon et de la région toulousaine.

Tu vis ici, que ressens-tu au sujet du public local ou, plus généralement, du public lorsqu’on s’éloigne des grandes zones urbaines ? Est-il plus facile à informer, plus enclin à sortir, plus apte à s’investir dans un concert ?

J’attends que L’Homme Sauvage soit passé pour voir comment des gens que je connais (personnellement ou de vue) réagissent et ça m’en dira plus. Mais je pense le public local est apte à entendre pas mal de choses différentes, qu’il en a envie mais qu’on ne lui en donne pas vraiment l’occasion non plus. J’ai été surpris par beaucoup de gens ici, qui ont très bien compris où on veut en venir, un peu comme si on transposait au réel quelque chose qu’ils attendaient, notamment par rapport au climat de cet événement et par ses références esthétiques. 

Le shamanisme préhistorique est désormais une théorie reconnue (voir les travaux de Jean Clottes), sens-tu sur ces terres pyrénéennes quelque chose de l’ordre du sacré ?

En soi la nature est sacrée. Je ne vois pas comment nous pourrions vivre sans. Nous mêmes, humains, sommes la nature. Les Pyrénées m’ont toujours inspiré, pour tout. Il y a un magnétisme, une fascination qui nous a amenés à porter un regard autre, profond. La naissance de l’homme sauvage naît de cette sensation, de cette envie d’exprimer une perception profonde, animiste, des Pyrénées. C’est un regard poétique. Mais, en France cela a toujours été difficile de défendre cette vision (contrairement aux Scandinaves). Curieusement, la création d’un événement semble plus facile à faire percevoir cette ambiance, cette vision sublimée.

Quels sont à ton sens les blocages qui existent en France au sujet de cette vision poétique, animiste de la Nature ?

C’est un peu comme la place de la musique en France. La France nous a bassinés depuis des décennies avec la monopolistique Chanson Française, dans les médias, dans les lois culturelles, etc. etc., et aujourd’hui, cette vision faussée des goûts culturels qu’auraient les Français paye la facture : les deux plus grands festivals français sont des festivals de rock et de Métal. Autrement dit, il y a des gens pour apprécier cela, bien plus que l’on ne pense. Il y a des gens pour s’intéresser de façon saine à des thèmes intéressants, (comme une vision plus poétique de la nature) ce qui peut-être contribue à leur bien-être et à leur ouverture.

Sur l’affiche et dans les photos de presse, ce ne sont ni les musiciens, ni les instruments qui sont mis en avant. C’est un choix singulier pour un festival de musiques.

Oui ! D’ailleurs on n’a jamais parlé de festival. Mais de « cérémonies ». Tu as vu juste : L’Homme Sauvage ce n’est pas un plateau qui porte une programmation. C’est un tout. La scénographie, la montagne ont autant d’importance que la musique, il faut que l’atmosphère soit totale. On fait les choix musicaux en fonction du climat qu’ils vont donner pour avoir une osmose. Ce n’est pas parce qu’un groupe est plus « capé », connu, qu’il jouera en dernier. Si sa musique n’est transcendée que de nuit, il jouera de nuit ! C’est cela que l’on veut porter ! Personnellement ça ne nous intéresse pas autrement, je trouve ça lassant et risqué.

La musique et sa transe ouvre à tous les possibles : que souhaites-tu changer dans la perception des visiteurs du festival dans les jours qui suivront ?

Je crois qu’on a juste envie de faire les choses autrement. Il y a mille façon d’organiser un festival. On a plein d’idées incroyables pour l’avenir. J’espère que les gens le sentiront.

L’adjectif « sauvage » est riche de sens ; lesquels te semblent évidents pour la couleur de ce festival ?

L’idée sous-jacente de tout cela est que l’archaïsme est source de modernité. Les choses simples apparaissent souvent comme un bol d’air. Lorsqu’on arrive au sommet d’une montagne après une longue marche, on a le sentiment d’être libre. Un peu d’eau, du fromage et du pain et c’est le bonheur ! Pourtant qu’a t-on fait ? Rien, marcher. Alors de retour au boulot, le lundi, on repense à cet homme libre et sauvage que l’on a été au sommet de cette montagne. Ça, ça a du sens.

Quels sont pour toi les trois groupes les plus étonnants que tu as programmés ?

Difficile de répondre, car le fait même d’organiser ça est déjà étonnant pour moi. Parmi les trucs que je n’ai jamais vus (la plupart je les connais personnellement), il y a des trucs que j’ai envie de voir (mais je n’aurai pas le temps..) : Neonymus, Camecrude [NDLR : nouveau projet de Valentin Laborde], Herscher, Carne, Treha Sektori… DJ Datura.

Peux-tu nous rappeler ce que représente la symbolique du solstice ? Le festival ne se déroule pas pendant cette date, mais son atmosphère s’en imprègne…

C’est un phénomène cosmique, ça tout le monde le sait. C’est aussi un marqueur temporel pour les peuples qui ne connaissaient pas le temps réglé comme nous. Bref… Plus intéressant : dans les Pyrénées c’était un temps d’extraversion des sociétés paysannes qui menaient des vies très réglées par le travail, cadrées par des règles religieuses. Le moment du Solstice d’été (devenu la Saint-Jean) occupait une fonction exutoire mais aussi un temps de sociabilité (y compris de quête amoureuse). Le feu (appelé brandon dans les Pyrénées) y occupe une place symbolique. Ce rite du feu avec un bois que l’on coupe d’une certaine façon, que l’on brûle aussi d’une certaine façon symbolisait ce temps dans la société paysanne et montagnarde. Une tradition est restée, aujourd’hui classée au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO.

Le feu est communication avec le monde des esprits, à l’instar des origines de la fête d’Hallowe’en, c’est bien ça ?

C’est magique surtout. On n’en finit jamais de regarder un feu de bois. Je préfère même ça l’hiver. Ça rapproche, on s’oublie. Et puis plus on va et plus le feu ne sera possible qu’en certains endroits comme les nôtres. C’est tellement surréaliste.

Comment es-tu entré dans cet univers associant paganisme, runes, nature et mysticisme musical ?

Yan : J’ai fait des études d’histoire, j’écoutais du métal (j’en écoute toujours, beaucoup), j’étais passionné par la montagne, la nature au sens large. Ma rencontre avec le black-métal en 1991 a été un activateur. 

Ce courant peut en effrayer certains et, musicalement, l’affiche du festival n’est pas pleinement rattaché à ce style musical (même si son spectre est large), que retiens-tu de son idéologie originelle ?

L’Homme Sauvage n’est pas un événement métal, effectivement il faut le répéter, le redire car on n’en a rien à foutre des genres depuis trente ans !!!! Quant au métal, s’il effraie, ce n’est qu’en France… pays conservateur (en matière de culture) qui s’en défend. En Scandinavie, le métal est partout : Entombed fait l’équivalent des Victoires de la musique, en Norvège Enslaved est commissionné par le Ministère de la Culture, j’en passe et des meilleures et j’ai envie de rire. Maintenant, pour le côté « effrayant », j’aimerais bien qu’on compare les publics… celui des bords de stades et celui des bords de salles de concerts. Il faut être réaliste : la culture underground est une sur-culture, une culture d’avenir, d’éveil qui ouvre à tout, à la philosophie, à la littérature, à l’art… C’est en ce sens qu’elle effraye, contrairement à la culture de masse, vulgaire, facile, fermée qui n’a qu’un seul but : ouvrir la base des prospects qui récupèreront de nouveaux clients acheteurs !!!

Restauration, camping, merchandising et stands : à quoi peut-on s’attendre ?

On ne mangera pas n’importe quoi, on pourra dormir dans un camping créé pour l’événement afin de ne pas prendre de risque inutile sur la route… [NDLR : le forum du site est actif pour qui souhaite s’organiser au mieux]. Pour les stands, Necrocosm [NDLR : célèbre distributeur du sud-ouest spécialisé dans le metal] sera là, mais on aura aussi les Espagnols d’Occvlta (qui font un incroyable travail autour de l’herboristerie), il y aura des bouquins. Mais plus que tout, une atmosphère, un décorum… on a fabriqué pleins de trucs !

Quelle équipe gère la mise en place ?

C’est une équipe de vingt-quatre personnes. Patrick Lafforgue et moi-même sommes à l’origine de l’événement et on travaille avec deux autres personnes, Boris Dubois et Duke, en amont sur le concept, l’organisation, etc.

Quel retour as-tu eu de la municipalité d’Aspet ou plus largement des structures locales ?

Tout d’abord, je dois dire que le Relais du Bois perché et son directeur Clément ont été extraordinaires, ils nous ont fait confiance tout de suite. C’est grâce à eux que nous pouvons démarrer cet événement. La mairie d’Aspet est formidable, très efficace, très ouverte, ils nous ont considérablement aidés pour préparer et anticiper le stationnements, les campings, le volet administratif. 

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