Les Nuits Secrètes (live report)

29 Août 14 Les Nuits Secrètes (live report)

Les Nuits Secrètes, Aulnoye-Aymeries (59), août 2014

Philippe Cruveilher, proche de la rédaction d’Obsküre Magazine, se rendait il y a peu pour un photo report aux Nuits Secrètes, festival s’étant déroulé à Aulnoye-Aymeries dans la première quinzaine de ce mois d’août 2014. Sur sa proposition et avec grande joie, nous partageons son regard sur un festival dont la programmation sort des canons défendus usuellement par obskuremag.net, mais met à l’honneur certains artistes ayant pu toucher au sein de la rédaction, parmi lesquels Agnès Obel ou Chinese Man. Philippe nous fait part ci-dessous de ses impressions, illustrées par une sélection de photographies que ce fou d’images a lui-même prises sur place (lien Flick intégral au bas de l’article).
Restons curieux !

JOUR 1 : VENDREDI 1er AOÛT

19h50 : Mélanie Di Biaso rentre sur scène. Je ne la connais pas, n’ai rien entendu d’elle. Quarante-cinq minutes de pure bonheur, moi qui suis amateur de jazz. Une voix douce et sensible, le public est à l’écoute, comme moi. Pas trop de monde encore, j’ai la place pour déambuler dans la foule éparse. Je fais quelques photos, mais surtout j’essaye de rentrer dans cette musique que je ne connais pas. Rien de particulièrement original, mais ça joue bien, la section rythmique fais le taf, et c’est la chanteuse qui attire mon œil et mes oreilles. Voilà un festival qui commence bien.

Melanie Di Biaso

Melanie Di Biaso

21h10 : Je suis resté au Jardin, la petite scène (payante) ou je passerai le plus de temps, lors de ce festival. Christine & The Queens arrive avec ses danseurs. J’avais écouté quelques morceaux, et je suis un peu surpris par le début du concert. J’avais dans la tête quelque chose de plus intime, et là d’entrée c’est très visuel, il y a du mouvement, c’est physique : les danseurs se joignent à elle pour un début de show qui enflamme de suite le public. C’est carré, très pro, et efficace, elle se donne et communique avec les fans venus nombreux.

Christine & The Queens

Christine & The Queens

22h30 : Arno et ses acolytes entrent en scène sous une pluie d’applaudissement. J’ai pas une mauvaise place pour shooter, le public est chaud, nombreux, je sais que ça va être difficile de bouger. J’aime bien Arno, surtout son album Live in Brussels. On est pas loin de la Belgique, il est presque chez lui ici. Il enchaîne les titres, ses classiques les plus pêchus avec une certaine distance, comment dire, il est là et ailleurs à la fois, dans sa musique, dans ses textes, dans son monde. C’est clair qu’il est habité et ça fait plaisir à voir. Il a en permanence les yeux fermés. Je me dis que ça va être très dur pour moi de prendre une photo ou on les vois. J’y arriverai en fin de concert, difficilement, quand après avoir tout donné, enfin il ouvre les yeux pour voir son public qui est venu nombreux, tous en effervescence.
Ensuite, Gush fait pale figure. Il est temps de rentrer.

Arno

Arno

JOUR 2 : SAMEDI 2 AOÛT

18h30 : J’arrive un peu plus tôt pour voir Nash toujours au Jardin, et que j’avais déjà croisé la veille en marge du festival (un petit off) dans un bus anglais réaménagé en mini salle de concert. Ils ne sont que trois sur scène, et elle est un peu grande encore pour eux. C’est de la bonne chanson française, clairement du talent, comme le reste de la famille (C’est la sœur de Mathieu Chédid, alias M, qu’il n’est plus vraiment nécessaire de présenter).
Je supporte pendant trop longtemps le groupe suivant, Les Innocents, qui auraient étés bien intentionnés de ne pas revenir quinze ans après.

21h15 : Enfin celle pour qui je me suis déplacé arrive. Précédée par Mika Posen, joueuse d’alto et de violon, et Anne Müller la violoncelliste, Agnès Obel s’installe à son piano. La belle Danoise qui en deux albums a su conquérir mon cœur va pendant une heure me faire vibrer au rythme des cordes, dans son style épuré, mélancolique. Tout n’est pas grâce et sérénité, dans ce trio magique, il s’y joue des mots profonds, des douleurs, des fragilités. Pourtant il se dégage beaucoup de sérénité et de joie au final en écoutant ces morceaux de vie. Certains pourront dire que sa voix n’est pas d’une puissance exceptionnelle, ce n’est pas son instrument favori. Mais elle arrive toujours a exprimer ses sentiments.
Lorsqu’elle démarre « Close Watch » (de John Cale), je monte au paradis. Le temps passe (trop) vite, les morceaux se suivent et je suis surpris par l’intensité de la prestation, la puissance du son et des mélodies…J’en oublie parfois d’appuyer sur le déclencheur. Je ne suis pas le seul à être hypnotisé. Quand je me retourne quelques instants pour voir les visages qui m’entourent, j’y trouve des regards médusés. Charme et conquête.
Je me dirige ensuite doucement vers la Grande Scène, encore sous le choc d’avoir assisté à un si grand concert.

agnes obel

Agnes Obel

Agnes Obel

J’arrive vers 23h00 pour la fin de Moriarty, je suis un peu loin. Il y a beaucoup de monde. Cette scène est gratuite, et Fauve doit jouer ensuite.
Sans être adepte de ce style de musique, je me dois de reconnaître que le groupe est bon sur scène. Les textes sont de qualité (un flow coulé et audible), de l’énergie et une très bonne communion avec le public. Jeune surtout, mais pas uniquement. On comprend facilement le succès de ce collectif parisien, malgré une musique assez linéaire, répétitive (surtout celles qui viennent de Vieux frères).

fauve

JOUR 3 : DIMANCHE 3 AOÛT

J’arrive un peu tard au festival ayant passé la journée à Bruxelles en touriste (à 1h30 d’Aulnoye) mais je ne crois pas avoir raté grand chose.
The Growlers, en début de soirée, me déçoit un peu avec leur style hipster pseudo-décontracté. Un peu chiant, en réalité.

21h45 : Je suis encore bien placé, au premier rang un peu à gauche pour assister à la suite : Frànçois & The Atlas Mountain. Ce groupe fait partie de mes coups de cœur de ces derniers mois avec leur superbe album Piano Ombre, et j’attendais leur prestation scénique avec impatience. Pas déçu par ces mélodies pop, aux arrangements riches qui prennent d’autant plus de saveur avec ce son un peu plus rêche en concert. Tantôt en français, tantôt en anglais le chant de François Marry est clair et agréable, les textes poétiques, me faisant souvent penser à Dominique A (il y a pire comme influence, référence !). Ma seule déception : ne pas avoir entendu « La Fille aux Cheveux de Soie ». Compréhensible en même temps étant donné l’orientation rock et fougueuse de l’ensemble.

François & The Atlas Mountain

François & The Atlas Mountain

22h30 : Chinese Man. Dix ans, déjà, que le collectif écume les scènes et festival. Leur trip-hop fonctionne à merveille, les projections sont superbes. Que dire de plus ? S’ils passent près de chez vous, allez-y.

Au final reste une bonne image de ces trois jours de festival : beaucoup d’artistes français, parmi les meilleurs dans leur genre. Ma sensibilité versant davantage dans la musique anglo-saxonne, pareille expérience me réconcilie un peu avec le son d’Hexagone. Un festival éclectique, bien organisé, à taille humaine.

CREDITS :
PHOTOS & REPORT : Philippe Cruveilher
Sources photos : Flickr Ph. Cruveilher

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