Les Fragments de la Nuit

03 Fév 11 Les Fragments de la Nuit

ObsküreMag : Dans Demain c’était hier, Les formats plus longs évoquent des sonorités proches des courants rock progressif et zeuhl, ce qui m’avait totalement échappé sur le premier album. Je crois d’ailleurs que Magma est un groupe que vous adorez. Qu’est-ce que vous appréciez en particulier dans ces sonorités ?

Ombeline et Michel : Nous apprécions beaucoup Magma, c’est certain. C’est cette idée de liberté dans la musique qui nous a toujours conquis, le rejet du format et le fait de diffuser une musique moins conventionnelle, plus personnelle en soi. La musique de Magma s’inspire beaucoup des compositeurs fin XIXe / début XXe (Stravinsky et Debussy notamment) car c’est une époque charnière pour la musique. D’ailleurs tous les éléments modernes sont déjà présents : structures libres, dissonances, mélange des timbres, utilisation de la voix comme un instrument et non plus comme soliste. Nous ne sommes pas un groupe zeuhl mais nous partageons leur philosophie, la musique est un cri et il doit se perpétuer « à vie, à mort et après… »

Y avait-il un désir de laisser de côté l’influence des minimalistes comme Glass, Reich ou Mertens au profit d’un désir plus maximaliste?

Ombeline : Ne croyez pas qu’un quintette à cordes avec piano, quatre cors, trois voix et des percussions soit maximaliste pour nous. Nos ambitions vont vers l’orchestre symphonique avec chœurs, là on pourra parler d’élargissement de l’effectif !

Les titres des morceaux renvoient aussi à un vocabulaire proche de la science-fiction et votre musique se prête à des univers fantastiques. Quels rapports entretenez-vous avec ces genres esthétiques?

Michel : Personnellement, j’ai toujours attaché beaucoup d’importance au fantastique et à la fiction en littérature. La musique, elle, a le pouvoir de stimuler spontanément l’auditeur, elle est donc capable de nous transporter dans d’autres univers immédiatement. Pour les Fragments de la Nuit, nous avons toujours eu à cœur de provoquer de nouvelles perceptions grâce au mélange de pulsations rock et d’harmonies classiques. Ce qui nous rapproche d’une sorte de fantastique musical.

Ombeline : De mon côté, j’aime beaucoup la science-fiction aussi bien littéraire que cinématographique. Pour ce qui est du fantastique je suis moins amatrice. N’oublions pas que la science-fiction d’hier est la science de demain ; encore un rapport au temps.

Vous avez fait le choix d’intégrer des percussions, du cor, qui ajoutent une dimension épique. Aviez-vous un désir de vous diriger vers une musique plus grandiloquente, baroque, moins intimiste ?

Ombeline : La musique baroque est une musique plus intimiste et non grandiloquente, contrairement à la musique romantique par exemple. Nous aimons le format quintette à cordes avec piano parce qu’il se suffit souvent à lui-même. Mais parfois la musique demande plus, comme sur « Allegra Aeternae » où il y a quatre cors, trois voix et des percussions à la fin, ou moins comme sur « Soupir » qui est un duo Violon-Piano.

Michel : Nous étions surtout très excités à l’idée de pouvoir rajouter de nouveaux instruments et si nous avions pu nous en aurions rajouté plein d’autres ! Nous avons tout de même gardé notre côté intimiste avec des morceaux comme « Soupir » ou « Demain c’était hier ». Je pense que ce qui donne cet effet épique tient surtout de la durée des morceaux et des possibilités de développement qu’elle apporte.

Un texte est reproduit à l’intérieur du disque et la sortie de cet album coïncide avec la sortie d’un recueil de poèmes de Michel, La Femme-ciseaux et autres nouvelles, aux éditions Pied de biche. Même si la musique des Fragments n’utilise pas de mots à proprement parler, est-ce que les mots peuvent se révéler comme source d’inspiration, ou du moins nourrir les compositions des FDLN? Est-ce que Les FDLN est un groupe qui parle beaucoup?

Michel : Je trouvais essentiel de faire cohabiter musique et littérature car ce sont mes deux passions. Le poème à l’intérieur du disque sera en quelque sorte, un jour, notre épitaphe. Pour l’instant c’est le lien commun entre Demain c’était hier et La Femme-ciseaux et autres nouvelles . Les nouvelles de La Femme-ciseaux comportent des titres que nous avions attribués précédemment à des titres des FDLN. Tout s’emboîte, on parle souvent de musicalité dans le texte et de lecture de la musique, ce sont donc des univers proches.

www.lesfragmentsdelanuit.com

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