Les dix ans d’Enfant Terrible – Interview bonus Obsküre Magazine #20

10 Mai 14 Les dix ans d’Enfant Terrible – Interview bonus Obsküre Magazine #20

Complément de notre entretien avec Martijn Van Gessel pour Obsküre Magazine # 20 à l’occasion des dix ans du label néerlandais Enfant Terrible.

Obsküre Mag : Quel a été ton background avant la création d’Enfant Terrible?

Martijn Van Gessel : Déjà très jeune, j’écoutais énormément de musique mais dans les années qui ont précédé la création du label, j’étais impliqué dans l’écriture sur la musique pour différents magazines papier ou sur le net. En parallèle, j’étais DJ et j’organisais des soirées et des concerts. Ces activités m’ont fait réaliser qu’il y avait beaucoup de musiques excellentes que j’appréciais mais qui n’étaient pas publiées. C’est ainsi que j’ai décidé de créer une plateforme pour sortir la musique que j’aimais et qui méritait d’être appréciée par d’autres personnes. Au final, cela reste un moyen de faire paraître la musique que j’ai envie d’écouter, et je suis heureux que d’autres personnes l’apprécie aussi.

Pourquoi le choix de cette expression française comme nom?

C’est bien entendu une expression française mais on l’utilisait aussi en Hollande… même si c’est passé de mode aujourd’hui. Cela fait référence à Cocteau mais aussi à moi même… Je sais que je peux être quelqu’un de difficile… Mais j’ai toujours mes raisons… J’aime faire les choses à ma façon pour ce qui est de mon label et ces dix dernières années, cela a pu créer un certain nombre de discussions animées avec un certain nombre de gens… Mais j’ai des idées strictes sur la manière dont les choses devraient être faites et étant donné que j’investis mon temps et mon argent personnel (j’ai un autre travail, plus normal, à côté), je peux définir les règles et faire que les choses se passent comme je le veux… donc pour certaines personnes je suis un Enfant Terrible…

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Quelles étaient tes intentions au départ?

Je suis un passionné de musique et un collectionneur. Je crée les disques que j’ai envie de posséder et d’écouter chez moi. Je le fais avec des musiciens que j’apprécie et c’est aussi simple que ça. En termes de production, de promotion et de distribution, ma ligne de conduite est strictement indépendante, car je crois en ces petites choses marginales… et ce ne sont que les bonnes personnes que je cherche à atteindre… des gens avec les mêmes amours et les mêmes passions… Cela ne m’intéresse pas de toucher beaucoup de gens juste pour toucher beaucoup de gens. Mais si certains artistes doivent suivre cette voie là, je les encourage aussi et je ne vais pas faire obstacle.

Quel est ton point de vue sur ces rééditions de nombreux groupes des années 80 et sur les nombreux labels qui se sont spécialisés à ne faire que ça, car d’une certaine manière tu as participé à cette résurgence des sons électroniques analogiques des années 80?

Oui, je pense aussi y avoir contribué. Il y avait des labels avant moi qui publiaient de la proto-elektro des années 80, de l’electro-pop d’avant-garde, etc… comme Kernkrach, Was Soll Das Schallplatten et Genetic par exemple. Il y a quelques années j’ai écrit un article sur la culture du recyclage où je disais que nous étions arrivés à un point où la qualité ne semble plus être importante. Absolument tout ce qui s’est fait dans les années 80 est réédité aujourd’hui, même des choses qui pour de bonnes raisons n’avaient pas été publiées auparavant, car énormément d’artistes et de musiques n’avaient pas de pertinence artistique et culturelle à l’époque, et n’en ont toujours pas. Mais beaucoup de gens semblent aimer ces disques vu qu’ils se vendent très bien. Mais j’ai décidé de ne plus jouer à cela et de me focaliser sur de la musique contemporaine, et notamment des Pays Bas, car je pense que la musique d’aujourd’hui a besoin d’être soutenue et mérite plus de soutien qu’une cassette oubliée parue il y a trente ans avec une musique que j’ai entendue des tas de fois auparavant et faite bien mieux. Cela ne veut pas dire que je pense qu’il faille ignorer ces rééditions. De temps en temps, de vraies perles ressortent et retrouvent une vie sur format vinyle. Dans ces cas-là, je les achète et je les soutiens en les vendant sur mon magasin en ligne.

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Un des moments les plus forts de l’histoire du label?

C’est peut-être la bande originale en double vinyle d’Exploitation, le film d’Edwin Brienen. Cela a représenté tant de travail et de temps, et je trouve que ces 90 minutes flottent et sont une vraie réussite. Je suis très fier de la façon dont j’ai créé cette narration sur vinyle.

Tes albums préférés de tous les temps?

Désolé, je serais incapable de répondre car j’aime trop de choses et je les écoute toutes. Cela va de la folk des années 60 à la musique psychédélique, la techno, la noise, la musique classique moderne, etc. Pour ce qui est de la musique pop, j’ai quand même deux disques de chevet qui sont les premiers albums du Velvet Underground et de Jesus and Mary Chain.

Tu as aussi découvert des groupes qui sont devenus assez célèbres aujourd’hui comme Agent Side Grinder ou plus récemment Distel, et qui continuent à générer beaucoup d’enthousiasme. Comment les as-tu découverts?

Je passe mon temps à écouter de la musique, lire sur la musique, faire des recherches autour de ça, mais dans ces cas particuliers, j’avais booké Saralunden à une soirée Hex et le gérant du label m’a dit qu’il avait commencé un nouveau groupe, Agent Side Grinder. Il m’a envoyé une démo sur format CD-R, des prises qui pouvaient durer dans les neuf minutes. Suite à cela, j’ai invité le groupe pour une nuit Hex, et après le concert je leur ai proposé que l’on sorte un 45 tours ensemble. C’est ainsi que nous avons commencé à travailler ensemble… Distel était un musicien live pour un autre groupe que je connaissais de la scène néerlandaise. Je ne me souviens pas si c’est lui qui m’a écrit ou le contraire. Mais avant que nous entrions en contact, j’avais entendu deux morceaux de ce qu’il faisait sur Internet et j’avais déjà perçu son talent. Il m’a ensuite envoyé un CD avec deux chansons finalisées et des pré-versions d’autres titres et nous avons commencé à partir de là, en commençant par un 45 tours qui s’est vendu très lentement pour être honnête.

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Pourquoi le choix de te focaliser sur la musique de danse pour Gooiland Elektro?

Enfant Terrible avait évolué de plus en plus vers des projets expérimentaux avec La Mort De L’Hippocampe, Europ Europ et Distel par exemple et l’énergie des musiques pour danser me manquait, des choses comme la dark elektro de Kommando 6 et Invasion Planete, cela ajouté à mon amour pour l’EBM, la new beat et la techno du début. Ce fut le point de départ pour quelque chose de nouveau et qui était en même temps un nouveau chapitre logique pour Enfant Terrible. Cela me procure beaucoup de joie et je suis heureux que la réception soit si bonne.

Quelles sont les difficultés principales pour un label indépendant aujourd’hui?

Je n’en suis pas sûr. Cela dépend de ta stratégie et de ce que tu considères par “indépendent”. Ma notion d’un tel terme est plus stricte je suppose que celle d’autres personnes ou labels. Mais faire des disques de bonne qualité coûte cher, en particulier des petits tirages. Puis vendre une musique qui n’est pas à la mode peut être très difficile. Je pense que je ne fais pas des disques faciles. J’aime surprendre les gens et offrir de nouveaux sons à ceux qui suivent mon label et proposer aussi quelque chose de différent des autres labels, ne pas me cantonner à la minimal synth ou l’electro convenue. En plus, j’apprécie de travailler avec des artistes nouveaux et inconnus, c’est toujours plus difficile que des musiciens déjà établis.

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Tu as fait très peu de CDs, préférant les vinyles ou les cassettes. C’était en raison d’un attachement personnel pour ces formats?

Oui, c’est certain. Je collectionne les disques mais très peu de CDs, et tu n’en verras pas dans ma maison. Ils sont cachés, mais tu verras les vinyles. J’aime le rituel d’écouter un disque, le sentiment d’un produit réel qui reste avec toi et, en tant que label, tu peux faire de plus belles choses qu’avec un CD. Les cassettes c’est différent. Je les adore car elles sont petites et on peut délirer sur le packaging, comme y ajouter des choses ou l’envelopper, etc. À la base, je publie des vinyles. J’ai fait un CD une fois que j’aurais dû sûrement sortir en vinyle, et j’ai sorti un CD-R comme cadeau pour les gens se rendant à une de mes fêtes. Les cassettes sont liées à des projets artistiques spéciaux ou quand le type de musique sied mieux à ce format, ce qui relève d’une vision personnelle bien sûr… Cela dit, il va y avoir du changement. Je vais ressortir l’album de Distel en CD car je pense que plus de gens devraient écouter ce fascinant album, mais ce sera en coproduction avec un autre label, et ce sera un produit en soi, différent du vinyle.

Peux-tu m’en dire plus sur les événements que tu organises en parallèle au label (expositions, concerts…)?

J’en organisais régulièrement dans le passé avec les soirées Hex. Mais j’en ai eu assez. Cela commençait à se ressembler de soir en soir, et je cherchais plus de liberté. J’ai donc expérimenté des types de soirées différentes dans divers lieux. Cela allait des performances live à des vernissages d’expositions jusqu’à une nuit dans un théâtre ou un concert dans la cuisine d’un magasin de fringues avant-garde à Berlin… depuis 2008, je n’organise que deux soirées par an, souvent l’une d’entre elles en collaboration avec une autre organisation, parfois en Hollande, parfois ailleurs. Pour 2014, il y a une soirée Enfant Terrible / Gooiland Elektro en Hollande en avril puis une nuit de performance au XXX de Berlin en juin, et sûrement plus tard un événement Vrystaete pour fêter le nouveau sous-label… Mais les idées doivent d’abord prendre forme.

Comment ressens-tu ce dixième anniversaire?

J’en suis très fier. Dix années de pure indépendence, dix années d’activisme culturel… J’ai sorti la compilation I am Enfant Terrible pour cette occasion. Mais les choses doivent avancer et c’est l’avenir qui m’intéresse, avec de nouveaux événements, un nouveau label (Vrystaete) et toujours de nouvelles idées que je vais essayer de concrétiser. 

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