Leonardo Padura – Hérétiques

06 Déc 14 Leonardo Padura – Hérétiques

Fresque sociale.

Cet auteur cubain – auquel la revue La Femelle du Requin avait consacré un gros dossier en 2012 – explose toute chronologie et multiplie les sujets dans cette nouvelle enquête de l’ex-flic Mario Conde.

Un client riche le fait enquêter sur la réapparition d’un tableau de Rembrandt, volé plusieurs dizaines d’années plut tôt. Autour de cette toile, on a d’abord l’affaire du paquebot S.S. Saint-Louis que les autorités cubaines avaient repoussé en 1939, condamnant à mort les neuf-cent juifs qui avaient cru fuir à son bord la terreur nazie. Le tableau devait servir de monnaie d’échange pour une famille de passagers.

Nous sommes ensuite conviés à faire un tour dans l’Amsterdam du XVIIème siècle, à l’époque où une partie des Juifs espèrent la venue d’un Messie et que d’autres se crispent sur une orthodoxie mortifère. A l’écart, un jeune Juif se lance dans l’aventure de la représentation des corps. Pogroms en Europe centrale, excommunications, naissance de l’amour, lâchetés et pulsions de vie qui ressemblent à des pulsions de mort : on plonge avec délice dans la perfection de cette retranscription d’une époque, extrêmement documentée.

Et puis, Padura revient au Cuba d’aujourd’hui, Mario Conde tentant de boucler son enquête. Il croise alors les nouvelles tribus urbaines de l’île, dont ces emos, aux looks si extravagants sous ce soleil de plomb, en rage contre la société adulte et ses mensonges. Les réactions de Mario face au groupe rebelle d’adolescents, fortunés mais mal dans leur peau, sont hilarantes, avant que cette troisième histoire dans l’histoire ne devienne grinçante. Le film Blade Runner imprègne plusieurs réflexions du livre, qui interroge avec modestie et sérieux l’acte de création, l’isolement, la foi et le nécessaire besoin de liberté, quoi qu’il puisse en coûter.

L’hérésie est au cœur de ce roman, lui donnant son titre polysémique. C’est dans tous les cas une sorte d’éloignement volontaire, proche de ceux que vit Mario en quittant la police ou en étant incapable de se marier avec sa rassurante Tamara. C’est poignant, passionnant, intellectuel et philosophico-politique, quelque part entre un Umberto Eco drôle et un Murakami ancré dans le réel. Et, en plus, grâce à Padura, vous saurez comment redresser un coq amolli avec de la vaseline au piment…

http://editions-metailie.com/livre/heretiques/

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