Le Post-Punk canadien au TINALS : Viet Cong et Ought – Interviews

10 Juin 15 Le Post-Punk canadien au TINALS : Viet Cong et Ought – Interviews

En trois éditions, le festival This is not a Lovesong est devenu le Primavera français, avec une différence majeure, c’est que le rendez-vous nîmois est à un prix bien plus attractif ! Durant tout un week-end, Paloma déploie ses quatre scènes (deux à l’extérieur et deux à l’intérieur), ainsi que tout un tas d’animations estivales. Si le nom fait référence à une fameuse chanson des pionniers post-punk PIL, il faut bien dire que ce genre musical a été pas mal mis à l’honneur cette année, pour notre plus grand bonheur. En plus de vétérans américains du début des années 1980 comme Thurston Moore ou Swans, qui ont chacun suivi des trajectoires très singulières, on pouvait aussi retrouver cette année tout un tas d’héritiers de cette époque fructueuse : The Soft Moon, dignes descendants de Chrome dont chaque morceau a le don de nous ramener à la grande époque où nous nous trémoussions sur les dance-floors goth, Interpol ou la réécriture papier glacé des hymnes de Psychedelic Furs mais aussi deux jeunes formations canadiennes que nous avons pu rencontrer et avec lesquelles nous avons discuté.

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Interpol (crédit : Phil Cruveilher)

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The Soft Moon (crédit : Phil Cruveilher)

Bien sûr, le festival est bien plus varié que cela, brassant tous les genres, de l’electro au hip-hop en passant par la folk, le metal, le garage et j’en passe. c’est là que se font les meilleures découvertes. Si nous avons été juste hypnotisés et fascinés par le rituel sonique proposé par Swans, ce n’est au bout du compte pas une grande surprise. Nous suivons le groupe depuis des décennies et les avons toujours admirés. En revanche, là où le festival vise juste, c’est quand il nous fait découvrir de véritables bêtes de scène comme Sleaford Mods, Weedeater ou Thee Oh Sees, ou plus encore quand il se permet des moments d’accalmie et de délicatesse avec The Divine Comedy ou Sun Kil Moon. C’est de ces contrastes que le festival de la salle Paloma tire sa richesse, et de sa dimension humaine aussi.
Alors comme tout humain, hé bien tout n’est pas parfait. Les groupes ont été changé de scènes au dernier moment pour des questions d’affluence. Comment les mille et quelques personnes venues pour les Swans auraient-elles pu rentrer dans la petite salle? Mais ces changements d’horaires ont aussi créé des purs moments de tragédie pour les personnes arrivées trop tard ou perdues dans la queue. Même chose pour la restauration le premier soir où il fallait compter une bonne heure d’attente avant de pouvoir manger quelque chose. Du coup, certains sont arrivés avec leurs sandwiches les jours suivants et l’affluence était moindre aux stands de nourriture, ce qui permettait de rater moins de concerts.
En parallèle, le festival étant devenu un lieu de rendez-vous pour tous les amateurs de musique du grand Sud, c’est aussi et surtout l’occasion de voir des amis et des connaissances venus de partout : Marseille, Toulouse, Montpellier, Sète, Limoges, Clermont-Ferrand, et même Paris. Pour une fois que c’est la capitale qui descend dans le Sud et pas le contraire, c’est plutôt exceptionnel. Cette ambiance chaleureuse est aussi apportée par les groupes que l’on croise sans problèmes en se baladant et avec lesquels on peut même discuter. On n’aura d’ailleurs jamais vu Michael Gira aussi souriant, acceptant même les selfies avec les fans. Faut dire que Thurston Moore (accompagné de Debbie Googe de My Bloody Valentine et Steve Shelley de Sonic Youth) et Thee Oh Sees lui ont rendu hommage pendant leurs concerts, une reconnaissance qui ne rend pas insensible…

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Michael Gira de Swans (crédit : Phil Cruveilher)

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Thurston Moore (crédit : Phil Cruveilher)

Mais revenons-en à ce son post-punk canadien avec tout d’abord Viet Cong de Calgary, Alberta. Le premier album sorti en janvier dernier laissait entrevoir un univers sombre et tourmenté, mais néanmoins mélodieux (voir la chronique parue dans notre dernier numéro). Très technique, la musique peut évoquer par moments This Heat en plus pop ou encore une version krautrock de Bauhaus, avec des structures de morceaux tortueuses et changeantes qui sur scène mènent à un final apocalyptique d’une grande intensité. Discussion avec Matt Flegel, chanteur et bassiste.

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Matt Flegel : J’ai toujours été un passionné de musique. J’ai fait des tournées avec plusieurs groupes dans le monde entier. J’ai notamment joué dans Women. On avait tourné un peu en France. On a fait deux disques avec ce projet. Ensuite j’ai joué avec Chad Van Gaalen, en compagnie de Monty, qui joue aussi dans Viet Cong. Il vient du même endroit que nous, Calgary au Canada. Nous l’accompagnions et jouions ses chansons. Suite à cette tournée avec lui, nous nous sommes dit qu’en rentrant, nous allions commencer notre propre projet et c’est là que Viet Cong a commencé.

Y a -t-il eu des groupes qui t’ont donné justement l’envie de faire de la musique?
Il y en a tant. Nous sommes des dingues de musique. Quand tu as 14 ans au Canada soit tu te diriges vers le monde artistique soit vers le hockey sur glace. Donc j’ai choisi la musique sinon j’aurais été un terrible joueur de hockey. Pour ce projet, après avoir fait du jazz ou avoir été dans des projets plus portés sur le songwriting, nous voulions faire quelque chose de plus orienté vers le groupe de rock, avec une grosse section rythmique et quelque chose de plus agressif – pas agressif comme du métal – mais avec beaucoup d’énergie.

Il y a aussi une vraie complexité dans les sons, les couches sonores et la production de l’album. Cela fait aussi partie du processus. Partir peut-être de chansons puis les amener vers autre chose, expérimenter?
C’est plutôt le contraire. Nous expérimentons et une chanson en émerge. C’est très rare que j’arrive avec une chanson totalement écrite. C’est plus une mélodie, une ligne de basse ou un rythme et nous partons de là.

Je sais que tu aimes Bauhaus vue vous avez fait une reprise de « Dark Entries » et ils avaient cette technique du cadavre exquis. Chaque musicien travaillait de son côté, et ensuite ils collaient les différents morceaux.
C’est amusant, nous avons eu un jour de repos à Orléans. Nous en avons profité pour louer un studio de répétition et nous avons réappris cette reprise car nous avions tous oublié comment la jouer. Donc peut-être nous la referons ce soir?

Votre version est très énervée.
Il y a tant de paroles pour moi à retenir. Il y a un millier de mots dans une seule chanson.

Il y a aussi une forme de méchanceté je trouve dans votre musique et même dans le nom du groupe. D’ailleurs, quand vous jouez aux USA, c’est peut-être un peu provocant.
Oui, plutôt, mais ce n’était pas intentionnel. Nous ne sommes pas des personnes méchantes, nous sommes plutôt amicaux et entre les morceaux, nous ne sommes pas très sérieux même si la musique est très sérieuse. C’est juste un contraste entre ces différentes émotions.

Vous avez le temps de travailler sur de nouveaux morceaux et penser à l’avenir du groupe, même si vous tournez pour une bonne partie de cette année ?
Un tout petit peu. Au début du mois de juillet, nous allons avoir quelques jours pour travailler et enregistrer le prochain disque. Nous avons presque la moitié qui est écrite, et à ce moment là nous aurons une douzaine de jours en studio pour relier ces morceaux et peut-être sortir avec quelque chose qui ressemble à un disque.

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Viet Cong (crédit : Phil Cruveilher)

J’aime beaucoup vos vidéos. Elles sont assez flippantes avec des références au cinéma d’horreur ou à la science-fiction. Est-ce vraiment l’esthétique que vous cherchez pour ce groupe?
Je crois que la musique s’adapte bien aux imageries les plus sombres. Nous n’avons rien eu à voir avec les vidéos. Nous avons juste loué les services de metteurs en scène qui nous ont donné certains points de référence et nous avons donné notre accord. En tant que représentation visuelle de la musique, je trouve que ces deux réalisateurs ont fait un très bon travail.

L’album s’écoute comme un trip. Est-ce que vous l’avez construit comme un tout et est-ce qu’il y a des albums que tu aimes justement pour l’histoire complète qu’ils racontent du premier au dernier morceau?
C’était plutôt intentionnel. Tous les albums que j’écoute s’écoutent de la face A à la face B. En ce sens là, les albums de David Bowie de la fin des années 1970 ont été une vraie influence car ils gèrent ces différentes atmosphères, les hauts et les bas. En tout cas, pour cet album. Nous verrons ce qui se passe avec le prochain? Ce sera peut-être complètement différent.

L’album est très bien produit. Du coup, pour les concerts, est-ce que vous êtes plus partis de l’idée d’essayer de reproduire le son de l’album ou est-ce qu’au contraire cet album ne représente qu’un moment dans le temps de ces chansons qui évoluent sans cesse?
Cela évolue sans cesse. Autant il y a des choses que tu vas entendre qui seront très proches des enregistrements alors qu’il y a d’autres chansons qui changent tous les soirs. Elles ne sont jamais pareilles, tout dépend des morceaux, du public, du son, du lieu, de l’état dans lequel on est. Il y a beaucoup de variantes mais ce n’est jamais le même concert.

On parlait des techniques de cut-up de Bauhaus, mais il me semble que la chanson « Newspaper Spoons » est une référence à William Burroughs?
Oui, tu fais partie des seuls à avoir vu ça. Cela vient d’une citation du style « Let them be fed with newspaper spoons ». J’ai été obsédé pendant longtemps par Le festin nu et il reste un de mes écrivains préférés. J’aime cette idée de tordre les journaux comme certains tordent les cuillers avec leur esprit. As-tu déjà vu ça? C’est peut-être un mythe. Je ne l’ai jamais vu de mes yeux, mais j’aime cette idée.

Vu que tu écris les textes, y a-t-il eu des écrivains qui t’ont montré la voie?
Burroughs a été une influence énorme. Pour le dernier album, il y a eu beaucoup d’observations éparses. Et les paroles de cette chanson sont les premières que j’ai écrites pour cet album, il me semble. Récemment, j’essaie de ne plus emprunter à la littérature classique autant. Mais je m’améliore. C’est quelque chose d’assez nouveau pou moi, je n’avais jamais fait ça avant. Donc je travaille beaucoup depuis ces deux dernières années. J’écris en permanence, j’ai des bloc-notes. Et j’écris dans le camion, en tout cas je progresse.

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Matt Flegel de Viet Cong (crédit : Phil Cruveilher)

As-tu le temps de lire dans le van?
Oui, je lis plus dans le van que quand je suis chez moi.

Quelques uns des livres que tu as lus pendant cette tournée?
Je viens de finir un livre qui se nomme Time’s Arrow (La flèche du temps) de Martin Amis. Je pense que son livre le plus célèbre c’est Money que j’avais lu avant. Puis j’ai pris celui là et c’est très étrange. C’est écrit à la troisième et à la première personnes à la fois. C’est comme un homme qui sucerait le corps d’un autre. Il sort des ténèbres dès le premier paragraphe. Il commence en tant que vieil homme et tout est inversé. Les conversations sont à l’envers. La nourriture et la boisson sortent de sa bouche et reviennent dans les assiettes ou les verres. Puis ils ramènent la nourriture à l’épicerie. Tout le processus est inversé jusqu’à en revenir à sa mère. C’est un des meilleurs livres que j’ai lus ces derniers temps, je l’ai fini il y a deux jours. Aujourd’hui j’ai commencé The High Window (La grande fenêtre) de Raymond Chandler. J’aime ces vieilles histoires de détectives dans le Los Angeles des années 1930/40. C’est très sombre et ça passe le test du temps.

Les meilleurs et les plus mauvais aspects de la vie en tournée, vu que c’est ce que vous faites la plupart du temps?
Les meilleurs aspects c’est bien sûr de venir dans de beaux endroits, voir de belles choses, rencontrer des personnes avec qui parfois il est difficile de communiquer mais tu crées quand même des liens. La cuisine est aussi très bonne en France. Les aspects négatifs c’est juste être loin de chez soi. Dans ce contexte, tu peux te sentir seul. J’ai une petite amie dont c’était l’anniversaire et je lui ai juste dit que j’étais désolé d’être en France. Pour moi, c’est vraiment lié à la solitude. Quand je suis chez moi, je sors rarement. Je ne suis pas très sociable. Mais quand tu es sur la route, tu n’as pas le choix. Tu es entouré par des gens tout le temps. C’est difficile de trouver un temps pour toi.

Penses-tu que ce genre de vie peut te changer?
Cela fait longtemps que j’ai ce style de vie, donc je m’y suis plus ou moins habitué. C’est sûr que c’est différent de rester dans une ville, y trouver un emploi, puis partir à la retraite et mourir. Je pense que c’est quand même une chance d’avoir une vie différente, on en tire beaucoup de bénéfices et on profite de chaque moment.

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Rencontre à présent avec Tim Darcy (voix, guitare), Tim Keen (batterie) et Matt May (clavier) de Ought. Chez eux, ce sont plutôt les spectres de Talking Heads, The Fall ou Gang of Four qui sont ranimés, mais les musiciens étant actifs dans des tas de projets différents, ils intègrent ainsi d’autres influences, allant du post-rock à l’indie pop.

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Ought (crédit : Phil Cruveilher)

Quand s’est faite la transition entre jouer dans des petits clubs au Canada et des gros festivals en Europe?
Tim Keen : Je crois que notre premier gros festival c’était en août de l’année dernière. Mais ce n’est pas vraiment une transition, nous mélangeons les deux, cela marche ensemble.

Quand avez-vous décidé de faire la musique sérieusement et y a-t-il eu des groupes qui ont agi comme des déclencheurs?
Matt May : Je fais de la musique soit tout seul soit avec les autres depuis longtemps car ce n’est pas seulement quelque chose que j’apprécie, cela me semble nécessaire. Les gens qui me viennent à l’esprit sont Liam Betson du New Jersey, The Microphones et Grouper. Ce sont trois personnes qui m’ont aidé à me sentir capable de faire de la musique moi même. Puis jouer avec d’autres personnes c’est généralement plus amusant donc c’est arrivé naturellement.
Tim Darcy : Je n’ai commencé la musique qu’au collège. A l’époque, je faisais essentiellement des reprises de Crosby, Stills & Nash et ce genre de choses. J’étais dans le New Hampshire rural et j’ai toujours interagis avec les autres. C’est le cas dans ce groupe aussi.
TK : J’ai appris le violon classique quand j’avais dans les six ans. Je m’entraînais très sérieusement pour ce qui est de la pratique. Ce que je fais aujourd’hui est bien plus détendu. J’ai arrêté à neuf ans car cela devenait dingue et stupide. Mais je viens de cette tradition que j’ai abandonnée au collège quand j’ai compris que la musique ce n’était pas que de la technique. J’écoutais Dirty Three et des groupes alternatifs puis je me suis ouvert à des musiques expérimentales du XXe siècle quand je suis allé à l’université. Et je me suis intéressé aux groupes DIY de la côte est des Etats-Unis et du Canada.

Vous êtes assez impliqué dans cette culture DIY, vous avez un label cassette, vous faites de la radio, vous avez organisé des concerts. Est-ce que tout cela fait partie de l’énergie de cette ville qu’est Montréal qui vous a amené à faire des choses par vous mêmes?
TD : Sans aucun doute c’est une ville très créative pleine d’énergie, il y a une propulsion qu’il est impossible d’éviter. Par exemple, nous avons plein d’amis qui organisent des concerts avec de très bons groupes. Tim pourra te parler du label cassette mais c’est super ce qu’il fait.
TK : Il est important de comprendre que le label cassette et que ce qui se passe dans le grand Montréal a très peu à voir avec ce groupe. Et le groupe lui même a peu à voir avec cette culture DIY. Car ce que nous faisons dans ce groupe c’est d’autres personnes qui s’en occupent. Il y a beaucoup de groupes à Montréal qui veulent faire de la musique intéressante mais qui ne sont pas intéressés par le fait de voir leur public s’agrandir et par jouer en dehors de Montréal. J’ai joué dans certains de ces groupes. Je les aime beaucoup, et le label cassette existe pour archiver quelques uns de ces groupes qui sinon ne sortiraient rien. C’est fait juste par passion et amour pour ces groupes. Le but n’est pas de les amener vers le grand public mais juste d’être sûr qu’il reste quelque chose de ces groupes qui figurent parmi mes favoris.

J’ai l’impression que ce renouveau d’intérêt pour les cassettes vient vraiment du Canada, même si à présent il y en a partout dans le monde.
Il y en a beaucoup aux USA et au Royaume Uni aussi, mais dans un pays où il est difficile de fabriquer et d’envoyer les choses, la cassette satisfait à ces deux critères. C’est beaucoup plus simple que de faire un disque, et c’est bien moins cher pour l’envoyer à quelqu’un. Tout cela fait que le Canada est un bon endroit pour les labels cassette.

Le projet a commencé quand vous étiez étudiants, je voulais juste savoir les études que vous avez faites?
MM : J’ai étudié l’histoire et la sociologie.
TD : J’ai étudié le cinéma, un programme en anglais
TK : J’étudias la science et la musique.

Dans les paroles, il y a parfois un aspect sociologique, voire existentiel. Je pense à un morceau comme « Gemini » par exemple.
TD : J’ai été très attiré par l’existentialisme. Les paroles peuvent venir pendant que nous écrivons les chansons ensemble. Récemment, je les écris de mon côté puis je les ramène aux autres. On a écrit pas mal de nouveaux morceaux et on a suivi cette méthode.

J’aime bien le nom du groupe car en France tout le monde le prononce de façon différente. On parle du même groupe sans le savoir.
TK : Le mieux c’était au mois d’août dernier. Ought in Août, c’était un peu confus pour les gens.

Là où vous êtes en plus il y a pas mal de gens qui parlent français.
TD : Avec Tim, on a nommé deux groupes de la même façon. J’entendais mal ce qu’il disait, et ça finit avec un mot totalement différent et ensuite on se dit que c’est pas si mal pour un nom de groupe.

Le premier album est sorti il y a environ un an. Qu’est-ce que cet album a changé pour le groupe?
MM : A présent il y a entre quatre et six mois par an que je passe en tournée. Je crois que cela nous a amené à jouer dans des lieux intéressants, de nouvelles scènes, mais pour moi je ne vois les choses que par rapport au jour présent et en relation à celui qui a précédé et celui qui va suivre.
TD : Certaines chansons ont changé, on les a étirées en concert. Quand on a enregistré l’album, j’en étais à un point où je perdais ma voix après chaque concert. A présent je peux enchaîner les concerts sur un mois et je ne perds pas ma voix. C’est grâce à un super prof de chant que j’ai à Montréal. A l’époque où nous avons écrit ces chansons, nous vivions ensemble, et c’est difficile à imaginer mais il semble que nous soyons devenus encore plus proches à présent. On a une façon très intime de jouer et je pense que c’est agréable de voir cela évoluer.
TK : On s’entraîne plus, c’est devenu une sorte de priorité dans nos vies. Les idées viennent plus facilement ainsi et il y a une responsabilité à travailler dur sur ce projet plus que sur d’autres que nous avons. Mais c’est bien, c’est comme une grosse chose qui est arrivée dans nos vies et nous devons la gérer.

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Ought (crédit : Phil Cruveilher)

Ces chansons ont été enregistrées à un moment dans le temps et comme vous l’avez dit elles ont évolué, est-ce que cela fait aussi partie de la façon dont vous travaillez, ne pas avoir une discipline stricte ou en avoir une pour se sentir plus libre et improviser?
MM : Pour « The Weather Song », le morceau reste fondamentalement le même à chaque fois.

C’est parce que c’est un tube ! Vous ne pouvez pas y toucher !
MM : Un jour j’avais dit à un groupe que je ne jouais jamais « Clarity! » de la même façon. Pour eux c’était étrange car changer les notes c’est changer le tout. Personnellement je me sens très libre. Peut-être que c’est juste la façon dont nous avons écrit ces chansons? On a aussi beaucoup joué donc on est meilleurs musiciens que quand on les avait écrites. Pour moi, c’est ludique de laisser le champ à des nouvelles choses. Mais ce n’est pas sur toutes les chansons. Nous les jouons juste comme nous les sentons.
TK : Le s gens nous demandent cela mais ce n’est pas comme si nous étions The Necks ou chaque show est totalement différent . Même si on change des éléments, on sait comment la chanson commence et comment elle finit. La structure est reconnaissable. Ce qui m’intéresse dans le fait de jouer de la musique est que l’on n’a pas à changer les notes pour changer la façon de les jouer. Il y a des personnes qui jouent les mêmes pièces classiques depuis des années et pourtant à chaque fois c’est légèrement différent. Plus tu joues, plus tu deviens en accord avec les subtilités de la musique.

Ce qui est intéressant c’est la diversité de votre musique et de votre background. Même si on vous range dans le post-punk ou le rock indie, on sent que vous pouvez aller vers d’autres directions. Il y a des moments très drone par exemple, peut-être plus en accord avec le son de votre label Constellation d’ailleurs. Ce qui est intéressant c’est qu’on ne sait pas où vous allez aller après?
TK : Nous ne le savons pas non plus. Y a -t-il un mot français pour la planche Ouija ? C’est un peu ce que nous faisons. Nous aimons tous des choses différentes, nous mettons tous nos mains sur la table et là où le ouija nous guide, c’est là que nous allons.
TD : Nous faisons de la musique ouija.

Parfois est-ce que vous vous dites, hey cette chanson n’est pas vraiment pour ce groupe, c’est pas vraiment le style.
TD : Parfois on répète et on se dit waow c’est sympa mais on ne pourra jamais faire ça devant les gens.
MM : Nous pourrions être un groupe de rock bien noise. Nous pouvons commencer par ça, un rock joué très fort, et ça sonne bien. Mais pour l’instant ce n’est pas ce que nous souhaitons faire.
TK : Quand les finances seront meilleures, on y reviendra.

Quels sont les derniers livres que vous avez lus et la musique que vous écoutez aujourd’hui dans le van?
MM : Le seul livre que j’ai pris c’est pour apprendre le français car j’ai des examens qui arrivent à la fac. Mais aujourd’hui j’ai écouté Lungbutter, un groupe de Montréal excellent que Tim a enregistré. Et les Raincoats que j’adore.
TD : Je lis Mrs Dalloway par Virginia Woolf en ce moment. Cela m’a pris un moment pour rentrer dedans mais c’est fascinant. Cela n’a rien à voir avec tout ce que j’ai lu jusqu’à présent. Aujourd’hui j’ai écouté trois albums de Grouper. C’est une musique parfaite quand tu conduis. C’est pas que je l’écoute tout le temps, mais dans la voiture, c’est agréable, avec du Curtis Mayfield et des choses comme ça.
TK : Je lis une autobiographie de Billie Holiday, je me régale. Aujourd’hui j’ai écouté Krill, un très bon groupe de Boston. J’ai aussi écouté un peu de Tim Hecker, un musicien canadien.

Quels sont les autres projets dans lesquels vous êtes impliqués?
MM : Un c’est avec mon ami Arnold c’est Walter and Associates. C’est un projet ambiant expérimental. Il utilise un programme informatique qu’il a créé et je joue de la guitare, du clavier et un peu tout ce qui se trouve sous la main. J’ai un projet avec mon amie Catherine qui s’appelle Supercooling, c’est un projet drone expérimental. Récemment j’ai travaillé avec mon amie Amy McDonald sur son projet. Je joue généralement la guitare.
TD : J’ai moins de projet que les autres mais je travaille avec mon amie Andrea sur un projet. Nous n’avons pas encore de nom mais nous avons enregistré un album que nous espérons sortir sous nos noms. Ce sont des synthés assez flippants avec du spoken word.
TK : Je joue la batterie dans un autre groupe Mands. C’est comme un power trio. J’ai fait quelques shows solo récemment sous le nom Silk Statue, cela peut aller du violon à des sons ambiant enregistrés. J’enregistre beaucoup de groupes. En ce moment, je suis sur le mixage de trois projets.

A présent, l’album c’était il y a un an. Mais y a-t-il de nouvelles choses qui se profilent?
MM : Nous travaillons sur de nouveaux morceaux. On en jouera un peu ce soir et pour le reste de la tournée.
TD : Mais nous n’écrivons pas vraiment en tournée, nous avons besoin d’être dans un lieu sur une période fixe et concentrée.

En tout cas, vous êtes peut-être un des seuls groupes post-punk à avoir des textes positifs et à ne pas vous attarder sur les choses sombres et angoissantes.
Les gens disent en général que nos chansons sont vraiment dans les thèmes du genre donc c’est bien d’entendre un autre point de vue.

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Merci à Pauline Guiraud du Connexion Café de Toulouse.
Photos de Philippe Cuveilher.
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