Le label Alrealon

05 Juin 11 Le label Alrealon

Le Foküs n’y suffisait pas : le label Alrealon est décidément trop tumultueux. L’agitation musicale qu’il propose par sa fédération d’artistes conduit à ouvrir au hasard les pages d’une encyclopédie des musiques actuelles en cours d’écriture. Les liens entre les groupes, les zones géographiques, les intérêts se superposent puis prennent des tangentes qui amènent l’auditeur spectateur un peu plus loin encore. De ce fouillis émotionnel, on tente ici de rendre compte, tant que cela reste du domaine du possible. Et puis, lancer un label à l’ère digitale, forcément, ça interroge. Demain, Alrealon poursuivra sa lancée et il sera de plus en plus dur d’obtenir une vision d’ensemble, mais après tout, pourquoi s’en plaindre ?

 

Sylvaïn Nicolino pour ObsküreMag : Quand le label s’est-il lancé ?

Phil : Alrealon Music/Musique a officiellement vu le jour en 2008 à Londres. Au départ, ce devait être une structure officielle permettant de produire les albums de Heat From a DeadStar, mais au moment même ou Alrealon a débuté, Heat From a DeadStar a signé un deal avec Ace of Hearts Records (Boston). L’idée d’ouvrir Alrealon à d’autres artistes avait donc du sens. Nous avons débuté en 2008 avec les sorties digitales de deux albums. Celles de John 3:16 (Genève) et de Subduxtion (Chicago). Mais les choses ont vraiment démarré au début de l’année dernière. Début 2010, Alrealon a été relocalisé en Suisse, France et USA (Londres ne correspondait plus à la vision du label et de la mienne musicalement parlant. Ceux qui ont connu Londres il y a dix ans savent de quoi je parle). Nous avons pu grossir notre équipe et promouvoir plus de groupes. Nous travaillons actuellement avec cinq artistes. A la fin de cette année, notre catalogue comprendra plus de 30 sorties (incluant singles, EP, LP, albums; sorties digitales et physiques).

 

Était-ce votre première expérience dans ce domaine ?

Non, car j’ai moi-même travaillé pour quelques labels indépendants Rock et Electro il y a de ça quelques années. Mais toujours en freelance ou bien sans avoir aucun pouvoir de décision. J’ai pu observer et me faire ma propre conception de ce que je pense être un label de musique.

 

Après la signature de Heat from a DeadStar, qui vous a motivé pour poursuivre le lancement d’Alrealon : un groupe ou l’exemple d’un autre label ?

Les deux, en fait. Étant moi même artiste (Heat From a DeadStar et John 3 :16), je me suis senti frustré pendant pas mal d’années. En tant qu’artiste et avant d’être signé, on se fait toujours une idée – bien souvent erronée – de ce que peut nous apporter un label. Je ne fais pas de généralités, je ne parle que des labels avec lesquels j’ai travaillés. Aucun de ceux-là ne m’a vraiment satisfait. Pour Alrealon, j’ai essayé de m’éloigner le plus possible de ce que j’avais vu auparavant. Nous aimons penser que nous sommes une famille ou un collectif d’artistes plus qu’un label au sens ou les gens du business l’entendent. Ce qui ne change en rien nos ambitions. Le but étant toujours de travailler à faire que le label et les artistes atteignent une certaine renommée.

 

Alrealon, ça veut dire quoi ?

Sans vouloir faire cliché, je me suis réveillé un matin après une nuit agitée et c’est le nom que j’ai prononcé. Avec Angie (ex-manager de HFADS), Nous cherchions un nom pour un label depuis quelques semaines et il était devenu évident que ce mot prononcé était le bon. Alrealon, n’est-ce pas un condensé de «ALL REAL ON» ? Difficile de savoir.

 

Combien êtes-vous dans le label ? Qui s’occupe de quoi ?

De 2008 à fin 2009, Angie et moi nous nous occupions de tout : trouver des distributeurs, signer des artistes, s’occuper de la promotion, etc. Aujourd’hui, Angie n’a plus de rôle actif et a été remplacée depuis début 2010 par Chris (USA).

Mon travail est assez complet. Je fais un peu de tout, de l’administratif aux décisions importantes du label, écoute de démos, promotion, booking, mise à jour du site, etc. C’est aujourd’hui mon boulot à temps plein à coté de celui d’artiste.

Chris vit à Chicago/USA. Il co-dirige le label. Il participe à la promotion, nous conseille sur les meilleures façon de travailler notre marketing sur internet, est consulté quand il s’agit de prendre des décisions importante comme signer un nouvel artiste ou établir des relations avec un nouveau distributeur. Il est aussi le spécialiste du marketing basé sur les nouveaux outils du web.

De manière générale, chacun de nos artistes participe activement à la promotion du label. C’est en cela que nous nous considérons comme un collectif d’artistes. Et c’est grâce à cela qu’Alrealon commence à connaître une certaine notoriété dans le milieu expérimental.


Vos prochaines sorties comportent du digital, des Cds et du vinyle : pouvez-vous nous présenter ces projets ?

Notre planning pour 2011 est rempli et nous avons déjà commencé à travailler sur celui de 2012. Nous ne laissons rien au hasard. Nous avons sorti il y a peine trois mois notre première sortie physique : l’édition limitée en CD Digipack du premier album de FluiD (Chicago, USA – Industrial/Dub/Noise) appelé « Envisioning Abstraction: the Duality of FluiD » (ALRN008). Nous avons mis pas mal de temps avant de commencer à produire du physique (presque trois ans). Mais il nous fallait avant tout faire connaître le label par le biais de nos premières sorties digitales. Et après tous les retours positifs (chroniques, interviews, passages radio), nous pensons vraiment que cette première sortie physique est la conséquence du temps et de l’énergie que nous avons dépensés pour faire connaître Alrealon pendant ces trois premières années. Ce tout premier CD est important pour nous. Nous avons placé la barre haut en terme de qualité musicale et de production. C’est en quelque sorte notre référence pour tout ce qui est à venir. Les productions suivantes se devaient et devront égaler celle ci.

L’album suivant est une sortie commune Alrealon/PAS Records disponible depuis le 24 Mars. Cet album du nom de « PAS & HATI present : P.H.A.S.T.I. The Stages of Sleep – A Metaphor for Torun » (PAS010/ALRN026) est issu d’un travail commun entre PAS (Brooklyn, USA – Experimental/Avant-Garde) et HATI (Pologne – Experimental/Drone/Acoustic). Le CD Digipack est sorti via PAS Records, tandis que le format digital est disponible via Alrealon.

Le 18 Avril est sorti au format digital le EP 4 titres de Black Saturn (USA – Hip-Hop/Experimental) du nom de « Johnson Noise Killed Fletcher Munson » (ALRN012). Black Saturn est vraiment un personnage à part. Ceux qui ont jeté une oreille sur les enregistrements de Black Saturn vs. subduxtion (« Ancient Kingdom » et « Cosmic Karma ») doivent le savoir. Nous sommes assez contents d’avoir pu enfin sortir ce EP aux consonances Hip-Hop, Experimental et Noise.

L’album de Zilmrah (Brooklyn, USA – Experimental/Jazz/Avant-Garde) « Messages In Cathode » (ALRN025) et le split vinyl FluiD/John 3 :16 seront nos prochaines sorties. Le premier sera disponible en CD et digital le 18 Mai et le second sera disponible seulement au format vinyl en Septembre.


Comment choisissez-vous les groupes que vous signez sur le label ?

Tous les groupes chez Alrealon correspondent à une certaine éthique de la musique et de l’art en général. Ce sont en général des artistes introduits par l’un d’entre nous. Pour tout dire, nous n’avons jamais signé un artiste sur la base de l’envoi d’une démo.

 

Quels sont les termes de vos contrats concernant le digital ?

C’est un contrat non exclusif qui permet à l’artiste de conserver tous ses droits de compositeurs et dont l’exploitation ne peut être fait qu’en accord avec l’artiste.

 

Le travail sur l’iconographie, le graphisme est-il aussi, moins ou plus important que pour d’autres labels ?

Personnellement, l’artwork a toujours représenté quelque chose de très important. Ma mère étant peintre, j’ai toujours voulu associer image et son. L’aspect visuel aura une part de plus en plus grande, sachant que nous souhaitons orienter le label vers plus de sorties Cds et vinyls.

 

Jappartiens à une génération qui a du mal avec le format digital et l’absence de support. Comment avez-vous franchi le cap ?

Au final, le côté digital a du bon. Tout d’abord, cela te permet de découvrir un nouvel artiste sans trop dépenser. Il suffit de télécharger un ou deux morceaux et te faire ainsi une idée. D’autre part, cela a plus de sens de sortir singles et Eps au format digital. C’est effectivement une question de génération puisque les modes d’écoutes ont eux aussi changé.

 

Quelles évolutions constatez-vous dans le monde de la musique ? Vous êtes du côté des producteurs et votre regard doit être plus pertinent que celui du consommateur ou que celui d’un groupe isolé…

Ce qui a évolué, c’est le nombre trop important de labels qui existent aujourd’hui. Internet a des bons cotés (bien utilisés, Twitter et Facebook sont des outils essentiels), mais l’auditeur est noyé par le nombre de plateformes, sites de ventes de mp3/cds/vinyls qui présentent 10,000 labels aux 50,000 sorties par mois. Pratiquement tout le monde peut lancer son label. Le tout est de pouvoir se différencier de la masse.


Merci !

http://www.myspace.com/alrealon

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