Laurent Fièvre : une sensibilité artistique contagieuse

23 Sep 13 Laurent Fièvre : une sensibilité artistique contagieuse

Laurent Fièvre fait partie de ces artistes discrets qui exposent leurs œuvres lors de très rares occasions. Allons à la rencontre de cet artiste aux univers sensibles et intimes.

– Pour débuter cet entretien, peux-tu nous dire si ton nom de famille est en lien avec tes créations ? S’agit-il d’un pseudonyme ? Quelles sont les thématiques qui ressortent tout au long de ton parcours artistique ?

C’est un pur hasard, il s’agit bien de mon nom de famille ! Je dois avouer que ce nom est aujourd’hui en accord avec mon travail artistique et que je n’aurais pas trouvé mieux si j’avais cherché à me créer un pseudo. Mais, pour être franc, l’idée de peindre sous un pseudonyme ne m’est jamais venue. Ma peinture ne fait que traduire en image mes incompréhensions du monde dans lequel nous vivons, certaines souffrances et certains sentiments universels. Je ne fais que poser mon regard sur les autres. Je décortique la nature humaine en m’intéressant à ses complexités, ses dysfonctionnements, ses erreurs et, parfois ses monstruosités. Les relations humaines, l’histoire, les religions, les conflits, la mort, la médiocrité de certains esprits ou de certaines pensées…tout y passe ! Evidemment j’exprime aussi mes affections, mes peurs et mes propres douleurs. Au final, c’est donc mon ressenti qui se traduit en peinture, sous la forme d’un homme ou d’une femme présentant certaines infirmités.

De t'avoir trop attendu

– Tu fais ressortir des détails à travers chacune de tes œuvres, détails sur lesquels le regard se porte et l’esprit s’évade pour mener jusqu’aux frissons. Cette remarque émane, pour ne citer que ces exemples, de la profondeur mélancolique des yeux dans Electrochoc ou encore de la matière filandreuse utilisée dans Ramassis. Quelles sont les techniques que tu utilises le plus dans tes tableaux pour faire ressortir ce côté à la fois sombre et luminescent de certaines toiles ? Es-tu en phase d’expérimentations d’autres pratiques ou matières premières actuellement ?

ElectrochocJ’utilise le noir et le blanc à profusion. Ma palette de couleurs va du beige, jaune, or, gris, bleu en passant par le rouge et le marron. Les contrastes de couleurs permettent une grande expressivité. Généralement, les nuances se concentrent sur le détail des sujets peints. Par opposition, les fonds sont souvent unis, noirs ou très clairs. Je m’autorise toutes les techniques. Je peins au pinceau, au doigt, à l’éponge. Je superpose, je gratte, je creuse, je colle…De la même manière, j’utilise de nombreux supports comme la toile, le papier, le bois, l’acier ou l’argile. Actuellement, j’expérimente certains matériaux de construction, des enduits et des colles pour obtenir des effets de matière minérale ou organique.

Ramassis

– Au-delà de tes créations propres, quelles sont les conditions dans lesquelles tu te plonges pour attaquer et conclure tes œuvres ? As-tu des rituels particuliers comme écouter certains albums pour te concentrer ou au contraire, te plonger dans un silence monacal ?

Je peins souvent le soir ou la nuit, parfois dans un silence complet mais souvent en écoutant de la musique. Lorsque j’étais jeune, je baignais dans la new wave et la cold wave. Je reste profondément attaché à des groupes comme The Cure ou Joy Division. « Pornography » et « Kiss me Kiss me Kiss me » restent pour moi des repères incontournables. Avec le temps je me suis ouvert à beaucoup d’autres formes musicales, rock indépendant, alternatif, trip hop, dark ambient, electro industriel. Je peux écouter à la chaîne Arcade Fire, I Like Trains, Interpol, Editors, Dead Can Dance mais aussi Archive, Massive Attack, Antony and The Johnsons, Get Well Soon, Portishead, Cocorosie, Beirut… Depuis quelques années, j’ai une prédilection pour le Post-rock avec des groupes comme Godspeed You, Mono, Pelican, Maserati, Mogwai, Explosions in the sky…

– En parlant de silence dans la question précédente, force est de constater que tu exposes rarement tes œuvres. Tu as intégré la Cave Show Room Gallery sur Paris et montré tes œuvres dernièrement aux Ateliers du Possible à Bécherel en Bretagne. Quel est le prochain rendez-vous artistique où l’on peut voir tes tableaux grandeur nature ?

Cette année, Ar Graphikart (Angel Roy) m’a ouvert les portes de la Cave, et Sophie Busson celles de sa galerie. Ce sont deux artistes pour lesquels j’ai énormément de respect et d’affection car ils mettent leur passion de l’art au-dessus de toute autre considération. Exposer signifie s’exposer. C’est une démarche très intime qui demeure pour moi encore assez étrange. Je veux avant tout prendre du plaisir à le faire. C’est pour cette raison que je participe très prochainement au 11eme Renk-Arts qui se déroulera le 1er octobre prochain au Rocks-Bar dans le Marais. Cet évènement intitulé Face ON/Face OFF Skull’ture aura pour thème l’iconographie des visages de la mort. On y retrouvera des oeuvres picturales et photographiques sur la figuration de la mort, têtes de mort et autres vanités. J’ai la chance d’exposer mes toiles aux côtés de Blacksshark, Monch, Trëz Orb, Patrick Loréa, Absainte, Möc, Hann Reverdy et Olivier Lelong. Ce soir-là, incontestablement, le plaisir sera au rendez-vous !

 

Renk-Arts-11HD (3)

– Depuis quelques années on constate l’émergence d’une scène Dark Art tout autant en France qu’à l’étranger? Où se situe ton oeuvre par rapport à cette nouvelle mouvance artistique ?

Il n’y a pas si longtemps, les artistes qui travaillaient sur des thèmes sombres, funèbres voire macabres, étaient vite catalogués. On les considérait comme des névrosés murés dans une solitude malsaine. Tu ne pouvais pas peindre un corps décharné sans être considéré comme un malade relevant de la psychiatrie. Ce qui était tout simplement ridicule. Aujourd’hui, en dépit de préjugés toujours tenaces, le Dark Art est pleinement assumé, revendiqué sous différentes formes visuelles, nourrit par la société, l’histoire, notre environnement, les médias et les incohérences qui s’y rapportent. Par affinité, mon travail y trouve sa place. De nombreuses évènements tournent désormais autour de cette thématique. Et c’est parce qu’ils participent à sa visibilité, que le 11eme Renk-Arts tout comme le travail effectué par AR GRAPHIKART avec la Cave en sont, à mon sens, des exemples significatifs.

Merci beaucoup d’avoir pris le temps d’accorder cette interview à Obsküre Mag et de pouvoir partager tes univers avec nos lecteurs.

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