Kirlian Camera – Interview bonus Obsküre Magazine #16

08 Déc 13 Kirlian Camera – Interview bonus Obsküre Magazine #16

Kirlian Camera nous avait fait peur avec son moyen Nightglory. Eux qui nous avaient habitués à l’excellence, pour ne pas dire, le plus souvent, à la transcendance… mais nous avons été rassurés par le réussi Black Summer Choirs, nouvel album tout en noir, tout en synthèses élégiaques, prières désespérées et électronique intense. Voici, en complément à l’interview parue dans Obsküre Magazine #16, des éléments qui sustenteront les inconditionnels du duo mystique.

Diriez-vous que cet album est une sorte de retour aux sonorités qui caractérisaient des albums de vos débuts, comme Todesengel ou Schmerz ? Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas entendu quelque chose d’aussi mystique dans votre musique.
Angelo : Je comprends. Tout cela découle de l’amour d’Elena pour les tonalités sombres, ou simplement du fait qu’elle devait alors affronter une période difficile de sa vie. Une telle musique, c’était tout ce qu’elle était en mesure de créer ; une sorte de prière solitaire pour s’éloigner un peu de ce monde. Je ressentais la même chose, et nous avons pu nous retrouver dans cet « Été Noir ». Parfois, j’aimais bien aller retrouver Elena, la nuit, et inévitablement, elle s’était endormie, complètement absorbée par l’enregistrement, les ajouts de sons, l’écriture des notes et des idées… Une de ces nuits, il était six heures du matin, et je l’ai retrouvée complètement ruinée par l’insomnie, et des somnifères particulièrement puissants étaient dispersés tout autour d’elle, et des feuilles, et des verres, tout, en plein chaos ; des canettes de Coca, des bouteilles de vin vides ; sa chevelure ébouriffée, ses yeux exorbités… on eût dit la scène d’un film, mais ça ne l’était pas… « Écoute, Elena, je lui ai dit, prends un moment pour te détendre et dormir, sinon tu vas vraiment perdre complètement la tête ! », et elle a répondu, comme si elle était en transe : « Non ! Je ne peux pas ! Ce putain de parasite me pourrit les oreilles toujours au même moment de la chanson alors que j’ai essayé un million de fois de l’éliminer ! Je n’arrivais jamais à dormir comme ça ! », puis elle s’est cogné le pied contre une canette, et elle a commencé à rire. Le soleil était déjà bien haut dans le ciel, après une longue nuit blanche… Je ne sais plus que c’était précisément, et si elle a finalement réussi à dormir, cette fois-là. Mais c’est juste un petit souvenir de cette période. Tant de jours se sont succédé… de la même manière. En tout cas, je ne suis pas certain qu’un album aussi rugueux que Schmerz soit toujours présent dans notre imaginaire, aujourd’hui, du moins je l’espère. Le nouvel album sonne quand même nettement plus profond ! Ça ne relève pas de ce « joyeusement triste » qui caractérisait l’album, quelque chose d’un jeu, d’une pièce de théâtre. Au contraire. C’est la réalité.

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Et qu’en représente la splendide « The Fountain of Clouds » ? Et « Stranger in the abandoned Station », le titre final ?
Elena : Lorsque j’ai lu les paroles de « The Fountain of Clouds », j’étais époustouflée. Certes, ce n’est pas un texte « choquant », du moins dans le sens que l’on entend, mais il a quelque chose d’à la fois plein d’humanité et de sens du sacré… c’est devenu évident que nous allions travailler sur un tel titre en en attendant beaucoup. Ces attentes ont été satisfaites, à présent. Cette chanson semble sceller un pacte. Angelo dit que c’est, en fin de compte, la chanson qu’il avait toujours voulu inclure dans un album de Kirlian Camera. C’est comme un rêve devenu réalité, incarné pourtant dans une simple ballade. « Stranger in the abandoned Station », quant à elle, est comme la conclusion d’un long parcours dont le but était de toucher un impossible horizon. Un horizon qui semble devoir disparaître à tout jamais.

Je retrouve « Words », cette géniale chanson psychédélique, dark pop et folk que j’avais déjà adorée sur le premier album d’I-M-R (N.D.L.R. : voir Obsküre Magazine #13) ! Quelle est l’histoire de ce titre ?
Elena : Ralf (Jesek) m’a demandé de collaborer avec lui sur une chanson de son nouvel album, et il m’a ensuite envoyé une démo, ainsi que les paroles. J’ai accepté avec plaisir, puis j’ai enregistré mes parties vocales pour sa version. Pour notre version, j’ai ajouté quelques samples orchestraux et j’ai appelé notre violoncelliste, Alessio Ricard Rubens Tedeschi, pour réarranger certains points avec lui. De plus, j’ai demandé à Alessio de remplacer le chant par le sien, pour une version qu’on trouve dans l’édition limitée de l’album. John Fryer en est venu à remixer l’ensemble, avec sa touche légendaire. Le son est devenu remarquablement « spatial » et a obtenu plus de présence. Je ne me suis pas contenté de remettre la version d’I-M-R, donc : je l’ai « terminée » avec l’aide des amis de Kirlian…

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Comment vous-y êtes vous pris pour l’enregistrement des titres ?
Elena : Angelo et moi avons échangé de premières idées, parfois seuls, parfois ensemble, au fil de trop nombreuses nuits sans sommeil, telles que nous l’évoquions tout à l’heure. Par la suite, j’ai essayé de réunir les pièces du puzzle, en m’aidant d’un vieux PC pourri. Nous avons fait massivement appel à l’électronique, pour cet album, mais aussi de nombreuses lignes de chant et des guitares acoustiques ; en fin de compte, je me sentais plus à l’aise, plus « à la maison », parce que j’adore ce genre d’atmosphères et je n’avais pas eu l’occasion de les développer auparavant. Et puis John Fryer a décidé de collaborer avec nous et c’était une merveilleuse surprise, car j’admire ses productions et ses mixes pour Depeche Mode, Radiohead, Nine Inch Nails, les Cocteau Twins, This Mortal Coil, Paradise Lost, Ulver, Yazoo, etc. Il a ajouté une importante… comment dire… « aura cosmique » à nos chansons. Il sait vraiment comment se servir des machines et aime sans doute les titres que nous avons écrits. Mais la chose essentielle demeure l’inspiration, et je dois dire que sur ce point-là, Angelo est une « machine à rêves ».

Elena, qu’en est-il de SPECTRA*paris ?
Elena : Je suis justement en train de travailler sur le nouveau single et l’album. Le premier single annoncé est « (Girl) You really got me », une reprise que nous avons déjà faite sur scène et qui a été appréciée. L’album… eh bien c’est en quelque sorte un travail conceptuel, mais je ne peux pas dire grand-chose de plus à l’avance. Simplement que mes démons personnels, qui hantent Black Summer Choirs, ne seront pas de la partie… en tout cas, il ne sont pas censés y être !

 

KIRLIAN CAMERA – Black Summer Choirs (Out Of Line) (2013)

 

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