Killing Joke le film : The Death & Resurrection Show – Interview Bonus Obsküre # 26

11 Nov 15 Killing Joke le film : The Death & Resurrection Show – Interview Bonus Obsküre # 26

Supplément de notre entretien avec Shaun Pettigrew, réalisateur du fascinant documentaire sur Jaz Coleman et Killing Joke, The Death & Resurrection Show.

ObsküreMag : Quand avez-vous découvert Killing Joke et qu’est-ce qui vous a tant fasciné dans leur musique?
Shaun Pettigrew : Je traînais dans un squat de Frestonia à l’ouest de Londres qui s’appelait « The Apocalypse Hotel » au début des années 1980 et les Joke n’étaient pas loin, juste à quelques pâtés de maisons dans la direction de Notting-hill Gate par Portland Road. J’ai entendu parler d’eux et j’écoutais beaucoup l’émission de John Peel, qui avait diffusé leur premier album dans son programme radiophonique. La première fois que je les ai vus jouer au Kilburn National Ballroom en avril 1981, ce fut un concert fulgurant. Killing Joke est une des formations les plus puissantes que tu pourras voir en concert. Le public ce soir là était à fond et j’ai tout de suite été accro.

Director Shaun Pettigrew

Shaun Pettigrew

Quelle fut l’implication de Jaz Coleman dans le film car vous sondez son âme très profondément? Comment décririez-vous votre relation avec lui pendant le tournage?
C’est une question à poser à Jaz. Mais je ne mentirais pas en disant que ce film a été un projet extrêmement difficile à faire du début jusqu’à la fin. Toute mon équipe, Steve Piper, Hobe, Prisca… et Jaz ont dû traverser les flammes. Dans un film normal, tu aurais eu un processus clair allant du scénario au film puis au montage. Pas ici, mais si cela avait été plus simple, le film ne serait certainement pas ce qu’il est aujourd’hui et il n’aurait pas cette forme. Tester les relations, faire face à la paranoïa, sans tous ces challenges je n’aurais pu faire le film. Un point c’est tout.

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J’ai été très impressionné par le montage du film. On y sent une vision claire appuyée par des choix artistiques précis, par exemple dans la façon dont les entretiens sont filmés, l’utilisation et le choix des images d’archives, etc. Qu’en est-il de votre approche visuelle? Ce film vous a-t-il permis d’approfondir votre expression artistique?
Tout d’abord merci. Mon approche visuelle et sonore a été multiple. Le livre de Jaz est si intense [Letters from Cythera], nous avons décidé de retrouver cette intensité dans le film. Prisca Bouchet (ma monteuse) s’y ait abîmé les dents mais elle comprenait totalement ce dont nous avions besoin. Il y a quatre narrations qui entrent en compétition pour capter l’attention du spectateur, c’est comme un tour sur les montagnes russes du début à la fin. Avec l’histoire de Jaz, celle de Big Paul, celle du groupe et la musique… Il était important d’en revenir à la musique. Pour ce qui est des séquences d’archive, nous avons regardé ce qui existait et avons parfois adapté le fil narratif à ces images. J’ai passé un temps considérable à regarder ces archives envoyées par des fans, ce qui était disponible en ligne et j’ai tout retravaillé afin que cela s’intègre à l’histoire.
Naturellement, quand un film dure 2h30, tu as besoin d’un peu de rires et de détente au sein de l’histoire, mais c’est là où c’est devenu intéressant et nous avons laisser l’occulte s’infiltrer. On peut entendre un bruit de crépitement à certains moments de tensions du film. Je l’utilisais à chaque fois que nous nous rapprochions trop de cette énergie de « White Heat », comme quand Big Paul quitte leur appartement londonien ou les menaces de mort de Jaz envers Paul Raven.
Jaz est tellement expressif, j’ai sûrement amené les spectateurs encore plus proche de lui en tant que personne en me focalisant sur sa bouche et ses yeux. Il est un vrai pro et fait mouche à chaque fois qu’il s’exprime, cela lui donne un côté Colonel Walter E. Kurtz, le personnage fictif d’Apocalypse Now. En particulier quand il porte ses tenues de prêtre mais ça se sera pour un autre film … The Death and Resuurection Show 2.

Le choix de suivre un ordre chronologique est aussi important car nous sentons que chaque nouvel album est comme une évolution dans la spiritualité du groupe, de façon presque pyramidale. Était-ce l’approche la plus évidente pour vous?
Oui et non, il y avait des tas de morceaux que j’aurais pu utiliser mais j’ai sélectionné d’abord ceux que j’appréciais mais aussi pour appuyer ce que souligne Big Paul dans le film – qu’ils exprimaient un style différent en évolution émotionnelle constante. Pour ce qui est de l’histoire chronologique de Killing Joke, l’autre raison est que le film se focalise sur les chansons qui en appellent au mystique et au rituel, et pour cela il y a ce qu’il faut.

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Quant aux interviews, on sent que vous avez développé une vraie intimité avec eux, donnant un espace d’expression pour chacun des membres, parlant de leur approche de l’occulte, du symbolisme païen, des rituels, de la numérologie et tous les aspects les plus ésotériques de leur œuvre. Était-ce délibéré de privilégier cet aspect plutôt que les techniques musicales?
Même si le film a pris plusieurs années, j’aurais pu consacrer encore plus de temps avec chacun des membres du groupe, mais pour être honnête, le film est autocentré sur Jaz. On aurait pu faire cinq films sur les Joke, un sur chaque musicien car tous ont une histoire fascinante à raconter.

Pour comprendre tous ces concepts liés aux croyances rosicruciennes, aux actes magiques rituels et parfois à des concepts plus plus abstraits encore, cela a-t-il demandé un apprentissage?
Oui, un peu plus longtemps qu’une thèse de fin d’études ! Avec des sujets comme la magie sexuelle, la « White Heat », la numérologie ésotérique, l’intervention extraterrestre, une île nommée Cythera, des sanctuaires en forme de dodécaèdres et des événements synchrones, il y a eu de nombreux moments où j’ai dû tester ma propre santé mentale avant d’en revenir au projet, qui a beaucoup changé pendant les treize années qu’il a pris. À un moment, il a bien fallu arrêter.
Avec le recul, je me dis que j’ai été extrêmement chanceux en tant que cinéaste d’avoir pu capter ne serait-ce qu’une lueur de ce que l’énergie que l’on nomme « White Heat » peut faire. J’ai à présent un grand respect pour cette entité clairement réelle, c’est microcosmiquement beau et géométrique dans tous ses détails glorieux.
Avec un savoir élémentaire sur la géométrie sacrée et l’algèbre, j’ai eu à apprendre et aujourd’hui j’ai une nouvelle appréciation des qualités indispensables et de la beauté inhérente aux mathématiques et au design. La croyance rosicrucienne nous mène à exprimer plus grandement les qualités que recherchent la plupart d’entre nous : une plus grande liberté personnelle, un raffinement de l’être, une nature morale et émotionnelle plus mature, des niveaux de conscience et de créativité élevés, une discipline personnelle, une compréhension plus accrue des choses avec lesquelles nous travaillons, une nature plus compassionnelle et prête à pardonner, des relations plus profondes et permanentes, un succès personnel quels que soient les efforts… bon sang, qu’est-ce que tu veux demander de plus dans la vie?

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Peut-on revenir sur les personnes que vous avez choisi de rencontrer pour le documentaire. C’était surprenant et amusant d’entendre la mère de Jaz parler de lui ou d’avoir des témoignage sur sa période en Islande. Avez-vous pu rencontrer toutes les personnes que vous souhaitiez?
On a plus de 300 heures de rushes et d’interviews. Des innombrables histoires parallèles au royaume de Killing Joke et à la face classique de Jaz Coleman. Comme une image floue entremêlée à des tournées et des lieux variés. Hobe (l’autre cameraman) et moi même avons voyagé considérablement à travers le Maroc, Londres, Cheltenham, Glastonbury, Iona, Prague, le Caire, Reykjavik et le glacier Snæfellsjökull, Oslo, Lima, Nazca, Cusco, Paris, Genève, le Colorado et finalement l’île de la Grande Barrière dans le golfe Hauraki, en Nouvelle-Zélande, cent kilomètres au nord-est d’Auckland. Madame Coleman était une star naturelle et, comme toutes les mères, elle connaît son fils. J’ai aussi pu interviewer M. Coleman avant qu’il ne décède, et il y a plein d’autres personnes interviewées que j’aurais voulu filmer mais nous avons atteint ce que nous avons pu faire.

Quels sont vos morceaux et albums préférés de Killing Joke?
Par ordre ci-dessous. Sur chaque titre, je trouve quelque chose d’unique, que ce soit dans le jeu de Geordie, les percussions de Big Paul et Atkins mais tous les morceaux capturent quelque chose avec lequel j’étais en phase. C’est une des raisons principales pour laquelle les fans écoutent la musique de Killing Joke : la loyauté. En tant que fans, nous voyons leur musique comme une expression de nos propres luttes internes. Chaque album inspire et éduque.
1. Le premier album de Killing Joke, en particulier « War Dance », « Requiem », tous des hymnes et sources d’inspiration.
2. Night Time, « Kings And Queens » – pour le jeu de guitare de Geordie.

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3. Brighter Than A Thousand Suns, « The Rubicon ».
4. Revelations, « The Hum », « Empire Song », « Chop Chop ».
5. Laugh? I Nearly Bought One !, « The Sun goes down ».
6. What’s This For, « Unspeakable », « Follow The Leaders », « Madness ».
7. Extremities, Dirt and Various Repressed Emotions, « Age of Greed », « Money is not our God », « Intravenous ».

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8. Pandemonium, « Whiteout », « Communion », « Millennium », « Pandemonium ».
9. Democracy, « Savage Freedom », « Another Bloody Election », « Aeon », « Intellect »
10. Death & Resurrection Show. Tout.
11. Hosannas From The Basements Of Hell. « Walking with Gods », « Judas Goat » – A rich man’s war in poor man’s blood – Silent their cries, the lost and loved led to the slaughter, led by false hope.
12. Absolute Dissent. « In Excelsis », « Absolute Dissent ».
13. 2012. « Glitch », « On All Hallows Eve », « Pole Shift », « Rapture ».
14. Pylon. « I am the Virus », « Autonomous Zone »

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Pour finir, pensez-vous que Jaz Coleman est aussi fou qu’il est génial?
HA. Hé bien si tu prends en considération que mes yeux ont été ouverts à l’Église de Killing Joke, je dirais qu’il faut un Fou pour en reconnaître un mais Jaz est un feu follet charismatique et j’ai eu assez de chance pour pouvoir capturer cela au sein de ce documentaire.

Pour tout savoir sur le film : http://killingjokemovie.com/

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