Kebous – interview au sujet de « Puzzle »

29 Avr 14 Kebous – interview au sujet de « Puzzle »

 

Puzzle, le disque de Kebous sort aujourd’hui-même. C’est une aventure en solo (mais accompagnée des amis fidèles) brut dans ses sentiments les plus noirs. Derrière la carte de la chanson en partie rock, déjà tirée par les Casse Pipe et d’autres troubadours doués, Laurent – Bousquet – Kebous met à nu ses doutes et angoisses. Un aspect loin de l’allure festive de son autre projet, Les Hurlements d’Léo. Après la chronique en demi-teinte que j’ai faite de son disque (j’aime, mais pas tout), j’ai voulu voir un peu plus loin qui il était. Avec honnêteté, il a accepté de répondre à mes questions.


Ce cœur sur la pochette, c’est pour signifier une exploration des  sentiments : dans l’album tu te mets à nu, n’est-ce pas difficile ensuite à chanter soir après soir ces paroles sans les vider de sens ?

Laurent : Le cœur sur la pochette est là pour nous rappeler à tous que peu importe  notre âge et celui de nos artères, celui-ci peut être brisé ou rompre à n’importe quel moment, que nous ne sommes que des petits bouts de choses, des petites pièces. Nos organes et nos sentiments forment le puzzle de nos  vies .


La chanson « À Défaut de Martyrs » me touche beaucoup : en quoi Marc Sastres a-t-il participé à l’écriture du texte ?

Marc Sastres est un camarade et technicien du spectacle qui œuvre souvent avec le Tactik Collectif. Nous nous sommes croisés de nombreuses fois, et nous apprécions l’un comme l’autre le rock sombre comme celui de Nick Cave ou celui du Gun Club. Marc est également et surtout poète, il a écrit plusieurs recueils et m’en a offert plusieurs. Sur l’un d’eux , je suis tombé sur « À Défaut de  Martyrs », que j’ai trouvé sublime. Au moment de le mettre en musique, certains de ses vers ont été supprimés pour être remplacés par les miens, et avec l’interprétation que je m’étais fait de son texte le tout devient  autre chose. Je suis content du résultat .


La conjugaison de vos deux voix (la tienne et celle de Bertille Fraisse), et celle de l’anglais et du français crée une dimension très poétique, un voyage dans les textes eux-mêmes. Lors de la composition, tu réserves déjà cette seconde place ou bien  est-ce un processus qui se met en place plus tard ?

Je travaille avec Bertille Fraisse qui tient ici la voix, la basse et le violon. On forme un duo, on défend nos propos crus, tour à tour, on représente la parité. Ce n’est pas réservé qu’aux hommes d’avoir des idées noires ou des sentiments dégueulasses à cracher. C’est le deuxième album sur lequel nous travaillons ensemble [NDLR : la série des collaborations et projets de Bertille est impressionnante, de Daguerre à Edgard de l’Est en passant par son groupe The Neighborhood et des compositions pour les scènes théâtre et danse] après, il y a de la chimie entre nous, ma « sista » de misère.


Qu’est-ce qui t’attire plus chez le Gainsbourg de « L’Hôtel particulier » ? Comment conçois-tu une reprise ?

J’adore Gainsbourg, surtout la période Melody Nelson. J’ai envisagé une reprise en pouvant la déconstruire, pour la remonter, comme un puzzle. Encore une fois, ici il s’agit de casser le mode binaire pour passer le morceaux en sept temps, avec un chant assez différent aussi.

Mon appréciation de ce titre reste alambiquée, je n’y retrouve pas l’évidence des compositions originales qui me fascinent instinctivement sur Puzzle. Je suis moins circonspect sur les reprises au sein de la famille « HDL » au sens large. Cet album est une nouvelle fois conçu comme une fête avec un partage du bonheur d’avoir de nouveaux morceaux. Est-ce bien ta façon d’avancer sur le plan musical et humain ?

Mon travail et celui des Hurlements n’a plus rien à voir. Je me retrouve dans chaque projet. Je n’ai pas la même place, ni la même envie de faire les choses. Les concerts de Kebous ne sont pas festifs : on travaille sur les climats, les émotions, c’est plus dark. Ensuite le côté humain reste pour moi le mot d’ordre. Je travaille avec la même équipe depuis six ans, nous avons fait deux albums ensemble [NDLR : son premier date de 2006]. Sans amour et partage, je n’ai pas envie de faire de la musique. Être accompagné par une bande de requins ne me fait pas bander.


« Je m’éloigne » et « Xmas » sont un diptyque très dur au milieu de l’album, je reviens à la fonction de tels titres : penses-tu qu’ils ont une vertu cathartique pour toi et pour le public ?

Je raconte ce que j’ai envie sans aucune pudeur, ce n’est pas une thérapie ni pour moi, ni pour le public, j’emmerde Freud à vrai dire.


Question technique : pourquoi avoir eu besoin de deux phases de mixage avec Benoît Gatti et pourquoi dans deux studios différents ? Quand j’écoute ton disque, je me dis qu’il sonne très bien (ni trop rock, ni trop chanson), avec des machines bien intégrées, ça a été difficile à faire sortir, à le rendre lumineux ?

On a fait ça en deux fois, pour avoir du recul. Benoit a commencé les pré-mixs, puis nous avons finalisé ça avec lui. Nous sommes heureux du résultat, entre machine, folk, rock.

Loin donc des autres projets associés à la grande famille des Hurlements d’Léo que sont la fanfare de reprises Les Touffes Krétiennes ou les copains des Ogres de Barback. Un petit tour vers son site où l’homme discute et partage ses passions.

https://fr-fr.facebook.com/kebous

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