Katrin Gebbe, réalisatrice de Tore Tanzt – Interview

03 Jan 14 Katrin Gebbe, réalisatrice de Tore Tanzt – Interview

Un de nos gros coups de cœur de la dernière édition de l’Etrange Festival a été le premier film de l’allemande Katrin Gebbe, Tore Tanzt. Nous espérons encore que le film pourra bénéficier d’une sortie nationale tant la cinéaste a fait preuve de maîtrise, autour d’un sujet fort, riche en symboles et en ambiguïtés, assez éloigné du cinéma contemporain de par son approche délibérément littéraire et mystique. L’histoire se focalise sur le personnage de Tore, un jeune appartenant au mouvement des Jesus Freaks, recueilli par une famille un peu rustre mais à priori normale. Peu à peu, Tore va devenir l’objet d’un défouloir sadique et incontrôlable, afin de mettre en doute sa foi. Nous avons pu nous entretenir avec cette jeune réalisatrice le 12 septembre dernier. Rencontre.

(Portrait : Clémence Demesme)

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ObsküreMag : Auparavant, vous aviez travaillé sur des courts métrages, pouvez-vous nous en dire plus sur les sujets que vous aviez traités dans ces films courts et sur votre parcours ?
Katrin Gebbe : Je suis allée dans une école de cinéma à Hambourg, c’est une maîtrise qui s’obtient en deux ans avec un programme très clair. Avant j’étais allée dans une école d’art. Durant ces deux années, ils sélectionnent six réalisateurs, six producteurs, six directeurs de la photo et six scénaristes. Les scénarios sont donc écrits par des scénaristes. Nous pouvons sélectionner une histoire et faire un film à partir de cela. Donc il n’y a pas trop de place pour expérimenter ses propres pensées et ses idées. Il fallait faire du mieux que je pouvais avec la meilleure histoire que je trouvais. Je ne pouvais pas vraiment y mettre mon style car ce n’est pas évident quand on est face à une histoire qui est déjà déterminée. J’ai donc fait trois courts métrages dans cette école de cinéma. Le premier traitait d’un vieil homme en train de mourir et de faire face à sa mort. Il rencontre les gens de son passé et c’est bien dans le genre à Fellini. C’est en noir et blanc. Il y a beaucoup de musique et peu de dialogue, et c’était assez fou de travailler avec plein d’acteurs dans un seul lieu. Il y avait des animaux, des enfants. Les gens me disaient de ne pas le faire mais je le faisais quand même. Le second court métrage était assez fou et proche de Tore Tanzt d’une certaine manière. C’est sur un garçon marginal très lié à sa mère mais elle ne lui donne pas l’amour dont il a besoin. Il est assez torturé mais c’est filmé d’une manière folle, ce qui fait que le film n’a pas trop marché. Le troisième a, en revanche, mieux fonctionné. On me disait de faire des choses plus grand public et des choses qui me feraient remarquer dans le business. J’ai donc fait un film international pour montrer que j’étais intéressée dans le fait de faire des choses plus accessibles au grand public. Cela traite de deux frère et sœur d’Irak qui sont amenés en Allemagne après avoir été blessés à la guerre. C’est sur le conflit entre avoir une nouvelle maison et vouloir retourner chez soi. Mais même si cela a eu du succès, j’ai senti que je me fourvoyais. Et là je me suis dit que pour le prochain film je ferai quelque chose plus en accord avec ce que je veux raconter et ce que j’aimerais voir au cinéma. Je me suis dit que cela ne servait à rien d’entrer dans ce business du cinéma si ce n’était pas pour faire les films que j’avais envie de faire. C’est ainsi que je me suis lancée dans Tore Tanzt.

Pour tous ces courts métrages vous n’avez pas écrit les scénarios ?
Non, Tore Tanzt a été ma première expérience d’écriture.

En dehors de l’aspect financier, forcément très important, quelles ont été les difficultés principales en tant que jeune réalisatrice pour faire un premier film ?
Je dois dire qu’il n’a pas été difficile de trouver un producteur. Verena Gräfe-Höft était très motivée pour que je trouve ma vision, elle était vraiment de mon côté. Mais comme tu as dit, les premières difficultés c’est se faire des contacts et convaincre les gens. Mais cela s’est très bien passé car l’histoire est si claire, si dure et touchante à la fois, que les gens qui l’ont aimée ont vraiment soutenu le film avec leurs propres contacts. Les difficultés envers moi même ont été de relire le scénario encore et encore, en essayent de trouver la perfection. Mais à la fin, je savais vraiment ce que je voulais raconter.

Certains, après la projection du film, ont trouvé qu’il était difficile, non pas tant à cause de la violence psychologique mais à cause de son aspect mystique. On ne voit plus trop ce genre de cinéma aujourd’hui alors que dans les années soixante-dix. Il y avait plusieurs cinéastes au discours très mystique, de Pasolini à Bresson. Les cinéastes contemporains auraient sûrement opté pour une approche plus sociale du sujet.
C’était exactement ce que je ne voulais pas faire. En Allemagne, il n’y a que des drames sociaux, toujours dans les teintes bleues, grises, noires et blanches. Les gens en Allemagne regardent aussi beaucoup de séries policières et si tu veux bien gagner ta vie en tant que cinéaste, il faut que tu fasses des films criminels pour la télévision. Je ne conçois pas le fait de faire des films comme un divertissement. Pour moi c’est un art qui doit inspirer le public, leur faire se poser des questions, les secouer, les provoquer, mais aussi montrer des moments poétiques de beauté. Pour cela, il faut se débarrasser des restrictions du genre, comme le policier ou le drame social. Il fallait que je m’en libère, j’ai donc suivi mon intuition qui m’a dit que cette partie religieuse serait importante. Quand j’ai fait mes recherches sur cette histoire vraie sur laquelle Tore Tanzt se base, ce jeune garçon était décrit comme une victime dans les médias.  Je trouvais qu’il était important de lui donner une force. Je lisais L’idiot de Dostoïevski. Il y a le Prince Myshkin qui croit toujours, sans qu’on puisse vraiment dire qu’il soit naïf. Il ne veut que faire le bien et c’est vraiment attirant. Il est différent de ce que sont les gens dans la vie réelle. Mais il est vrai que les gens réagissent d’une manière émotionnelle au film, que ce soit positif ou au contraire que ce soit allergique. C’est une histoire qui éveille beaucoup de sentiments.

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Le film est très bien structuré. On commence dans l’eau, on finit dans l’eau. Il y a trois parties dans le film. Quelles ont été les différentes phases d’écriture, en partant de ce fait divers jusqu’à cette narration maîtrisée?

Il y a eu beaucoup de changements. Comme je le disais, c’était la première fois que j’écrivais un scénario, et j’ai beaucoup travaillé sur les atmosphères. J’avais des livres remplis d’images, de photos, de peintures que me traversaient l’esprit. Au début, on en savait plus sur le passé de Tore et sur le pourquoi de ce qu’il est devenu. Au tout début, j’avais pensé que sa mère aurait pu être une nonne. Elle aurait eu l’enfant sans père. Il serait saint en ce sens, sans savoir si c’était vrai. Il était élevé par elle mais il était une sorte de freak en même temps. Mais là je me suis rendue compte que je partais trop loin quant à la réalité. Donc j’ai jeté tout cela à la poubelle.

Car au final, le personnage n’a pas de passé.
Cela a été un long processus. J’avais commencé le scénario avant qu’il parte chez les Jesus Freaks alors qu’il était encore chez sa mère. Puis je me suis dit qu’il y avait trop de narration, cela n’avait pas de sens et la relation entre le fils et la mère était très forte. Puis il y a eu cette décision difficile : cette mère n’apparaitra pas dans le scénario du tout. C’est mieux qu’il n’y ait pas de passé comme pour le personnage de Dostoïevski. Au début, il sort juste de l’hôpital psychiatrique. Donc après je me suis dit, allez ça va commencer quand Tore sort de l’asile, mais là je me suis dit Non, tout le monde va penser qu’il est fou. Il fallait vraiment qu’il soit un garçon bien, gentil et en bonne santé. Cela a pris deux ans et demi d’écriture. Puis ma décision a été de me focaliser sur cette famille et de garder les Jesus Freaks car ils sont si spéciaux au début du film. Puis les chapitres sont arrivés à la fin, juste avant le tournage. Je voulais structurer encore plus. Cela a été un vrai compliment quand Frédéric Temps a mentionné Pasolini. Le Salo de Pasolini a eu un impact très fort sur moi quand je l’ai vu pour la première et dernière fois. Quand tu mets des chapitres, cela intellectualise aussi et tu peux sortir de l’histoire pour réfléchir à ce que l’on voit. C’est un procédé intéressant.

On pense aussi à la passion du Christ et il y a pas mal de liens avec Pasolini. Peut-on juste revenir sur le titre, car on voit beaucoup de gens danser dans le film et Tore Tanzt cela sonne comme totentanz, la danse des morts. Pourquoi le choix de ce titre ? Est-ce qu’on peut voir le long métrage comme une chorégraphie macabre ?
Tout ce que tu mentionnes cela fait partie des raisons pour lesquelles j’ai gardé ce titre. C’est venu comme une intuition. C’était bien d’avoir quelque chose de léger face à toutes ces choses mauvaises qui se passent dans le film. Tore est un personnage qui brille, plein de lumière, léger. Il y a une citation de Nietzche en allemand, “free as you can dance in chains”. C’est une phrase très poétique, je l’avais gardée en sous-titre pendant longtemps car je l’aimais beaucoup. Puis j’ai trouvé Tore Tanzt meilleur car il y a vraiment un lien avec la totentanz, c’est très symétrique, il y a toutes ces croix dans le titre. C’est parfait, je n’aurais pas pu trouver mieux.

C’est difficile à traduire.
En tchèque, ça fonctionne. Nous avons choisi “Nothing bad can happen” pour le titre international, cela fait partie d’une citation de la Bible que l’on trouve dans le film. Ce fut très difficile de trouver un titre international. Et le nom de Tore, je l’ai choisi, car la personne réelle dans le fait divers, avait un nom très spécial aussi qui sonnait un peu comme celui ci. Mais Tore est aussi comme un Dieu, dans le mythe de Tore, mais “tore” est aussi une personne stupide, donc il y avait différents angles dans ce nom. Le dieu d’un côté et l’idiot de l’autre. On peut dire de lui que c’est un Jesus Christ moderne mais aussi que c’est un attardé. J’aime que le public le découvre par lui même.

Quant aux Jesus Freaks, apparemment c’est un phénomène de Hambourg?
Ils ont été créés à Hambourg. Et maintenant on en trouve un peu partout en Europe, il y en a sûrement en France aussi.

Mais… ce n’est pas originaire des Etats-Unis ?
Ils ont un mouvement religieux du genre, basé sur Jésus, et je pense que les trois gars, il y a une vingtaine d’années à Hambourg, qui ont fondé le mouvement s’en sont inspirés. Ils trouvaient que l’église était vraiment ennuyeuse. Ils ont voulu suivre Jésus, plus que Dieu, d’une manière moderne. Ils étaient tous punks et ce devait être à la fin des années 80.

Mais plutôt straight edge, sans alcool, etc.
C’est là qu’il y a eu des problèmes. Ils voulaient inviter les sans abri, les drogués, les alcooliques dans leurs cérémonies. Donc certains voulaient que l’alcool soit admis et d’autres pas du tout, ils ne voulaient pas de sexualité avant le mariage. Donc il y avait de gros conflits parmi les jeunes. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles le mouvement s’est dissout à Hambourg mais ils sont à présent dans d’autres villes.

Dans le film, il est dit que ça continue à Berlin.
Oui, c’est vraiment ce qui s’est passé.

Le personnage principal est donc un épileptique mais ses crises peuvent être aussi associées à des visites de l’Esprit Saint qui prendrait possession de son corps. On pense à toutes ces photographies et documentaires sur les églises américaines où les gens sont possédés par l’Esprit Saint, ils se contorsionnent dans tous les sens. Est-ce que vous aviez des photographies du genre à l’esprit ?
J’ai fait beaucoup de recherches qui se sont étalées sur tellement d’années. Il y a un documentaire américain qui se nomme Jesus Camp sur les jeunes qui partent dans ces camps où ils doivent beaucoup prêcher. Ils parlent dans de langues inconnues, c’est assez dur à voir, ils crient, dans leurs prières ils ont peur d’être envoyés en Enfer. Cela m’a beaucoup touché, car Tore est encore un enfant, et cela marche bien d’avoir ce groupe charismatique. Ils sont aussi dans une transe totale, comme des martyrs. C’est intéressant aussi de voir comme les mythes reviennent. Peut-être qu’il y a une vérité cachée derrière chaque image. A travers ces recherches, je me suis rendue compte qu’il y avait toujours ce fait de se perdre dans quelque chose d’autre.

A Cannes, les réactions ont été très mitigées. Qu’est-ce que c’est selon vous qui a choqué le public cannois ou qu’ils n’ont pas aimé dans ce film ?
La directrice de Cellular Dreams m’avait prévenu, elle adore le film mais elle m’avait dit qu’il y en aurait peut-être qui n’aimeront pas à Cannes car cela parle de religion et de violence, et c’est un cocktail un peu toxique. Le film aussi en appelle aux émotions et si l’on se met du côté du protagoniste, on ressent sa souffrance. Donc certains peuvent devenir agressifs et ils dirigent cette agression vers le metteur en scène. Certains journalistes, qui devraient être plus sérieux, ont perdu leur sang froid. Le foi, la croyance sont des choses très personnelles, cela amène à beaucoup de questionnements éthiques, donc cela les a provoqué, ce qui est une bonne chose.

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La famille dans le film peut être vue comme un symbole. On y trouve des familles par procuration. On ne sait d’ailleurs jamais si c’est le vrai père ou la vraie mère. En même temps, il y a ce besoin de revenir à la famille, même si c’est douloureux et difficile. Et protéger la famille c’est aussi la perdre, comme dans le cas des parents. Le concept de famille a donc de nombreuses définitions dans ce film, cela peut être une névrose, une volonté, une foi, une dépendance, etc. J’aurais voulu savoir ce que vous mettez derrière ce concept, cette idée de la famille ?
C’est complexe. Au départ, je ne pensais pas au concept de famille. Je faisais juste des recherches sur le père. Quel genre de personnage était-il? Un monstre? Un psychopathe? La mère par exemple essaie vraiment de maintenir sa famille mais en même temps elle perd tout au final. C’est la tragédie derrière ces personnages. Il y a différents points de vue derrière chaque personnage par rapport à la foi, au rire, etc. L’adolescente, par exemple, est le personnage auquel le public peut le plus s’identifier. Elle a confiance en elle même mais en même temps elle n’est pas assez grande pour agir. Elle se retrouve aussi avec des chaines mais elle est enfin libre à la fin. Elle peut aimer, comprendre, elle a de la rage en elle.

Elle peut aussi avoir de l’espoir, qui est un des titres des chapitres.
Mais la mère est égoïste. Elle est centrée sur elle même et n’est prête à faire aucun sacrifice. Elle veut la famille parfaite. Le père, quant à lui, est un personnage tragique. Il essaie de tout contrôler mais il perd justement le contrôle. Ce qu’il aimerait c’est avoir la foi, mais il n’a rien, il n’a que ses potes. S’il perd ses copains, il ne lui reste plus rien. Personne ne peut l’aimer pour ce qu’il est car personne ne sait qui il est. J’ai travaillé sur le profil psychologique de chacun et quand j’ai assemblé la famille ensemble, cela marchait très bien. Dans la vraie vie, cette famille aurait pu être comme cela. C’est une dynamique intéressante entre les personnages.

Il y a aussi un aspect naturaliste dans la manière de présenter cette famille. Ce pourrait être une représentation de la famille normale. Quant à Tore, le voyez-vous comme un idéaliste ?
Il est comme un drap blanc sur lequel les gens projettent leurs propres pensées. Il est tout. Il n’est pas seulement un garçon. Il y a aussi des aspects très féminins chez lui. Comme je disais, il peut être un idiot ou un Jésus Christ moderne. On peut le voir comme un croyant et comme quelqu’un qui a des idéaux. On s’est posé la question. Est-ce qu’il y a un moment où sa foi est ébranlée et il fait le choix de croire? Il y a un moment où il a vraiment peur, où il cite la Bible et où il dit, si je ne crois pas, je n’ai rien. Sur ce point là, je suis en totale connexion avec le personnage car pour moi c’est comme le fait de faire des films. Si tu veux vraiment le faire, il faut te battre et affronter les obstacles. Il y a des moments de doute ou tu te demandes si cela vaut la peine de faire tant d’efforts ou tu n’as pas d’argent. Mais pour ce film, j’ai vraiment voulu me battre et il y a eu un moment où j’ai dit, j’en ai rien à faire. Je ferai ce film malgré tout. Pour moi c’est très fort. J’aime les gens qui ont des idéaux. Mais si tu les suis, tu vas devoir faire face aux conséquences. C’est ce qui est provoquant à la fin. Jusqu’où pourrais-tu aller pour tes idéaux, que ce soit l’argent, l’amour, qu’importe?

L’art est en lui même une foi. Parfois on ne connait pas les réponses à ce que l’on fait mais on le fait quand même. Il y a ce besoin.
Totalement. Je crois qu’on peut lire ce film à différents niveaux. Ce n’est pas un film sur la foi. Cela a été rajouté à l’histoire pour la rendre plus riche. Cela peut être aussi sur le sens d’être un artiste et de croire en quelque chose. Ou les gens qui vont dans la rue dans certains pays pour se battre pour la démocratie. Ils se sacrifient pour leurs idéaux. Et parfois ils se font tuer dans la rue. La presse n’a pas vraiment voulu voir cela. Ils n’ont vu que le premier angle de lecture. Ils se sont dits si c’est ce que Katrin veut dire, c’est creux et stupide. J’étais partie d’une histoire très différente et j’y ai ajouté tous ces éléments, dont la foi. C’est étrange que des gens intelligents ressentent ce conflit envers le film, comme s’ils ne voulaient pas savoir.

Vous avez aussi fait un choix technique, la caméra qui suit Tore comme s’il y avait une présence derrière lui qui l’accompagne et l’épie.
Tu poses vraiment de très bonnes questions! Je dois te complimenter, on ne m’a jamais posé cette question. C’est une question qu’on s’est posée avec mon directeur de la photo. Qu’est-ce qui marcherait avec ce genre d’histoire? Nous aimons beaucoup la caméra tenue à la main, et nous l’avons beaucoup utilisée auparavant. Je ne sais pas qui a eu l’idée. Mais on s’est dit, si Jésus était là, où serait-il? On ne sait pas vraiment si c’est le spectateur ou Jésus. Il y a donc cette caméra qui le suit de manière très proche, qui n’agit pas, mais qui observe, qui le suit et qui reste avec lui. J’ai trouvé que c’était très poétique. Nous ne sommes pas non plus des accros aux concepts mais nous avions l’idée de rester avec lui comme un partenaire.

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Dans une interview, vous aviez dit avoir regardé les photographies de Nan Goldin avec tous ces portraits de personnages qui ont des bleus, des marques et des traces sur le visage. Des visages marqués par l’existence. Pouvez-vous m’en dire plus sur cette influence de Nan Goldin?

Il y avait eu une exposition fantastique à Berlin, à peu près un an après que j’ai commencé à travailler sur ce sujet, et les photographes de cet artiste sont vraiment restées avec moi. Elles sont si personnelles, elles m’ont beaucoup touchée. Ses autoportraits aussi, avec ses blessures. Ce qu’elle a écrit aussi à propos de ces photographies, qu’elle ne vivait que la nuit, avec tous ses amis homosexuels et transsexuels. Beaucoup de ses amis sont morts à cause du Sida. Sa manière de vivre et le regard qu’elle porte sur les gens est si spécial. Sa vision m’a beaucoup influencée, car elle est aussi très belle et très émotionnelle, malgré tous les détails et les ordures un peu partout sur les images. C’est comme si les personnages bougeaient encore après que la photo soit prise. Comme je le disais, j’ai archivé beaucoup de choses pour arriver à un regard qui soit proche du sien.

Le film a été “vendu” comme du Michael Haneke en pire. Benny’s Video, c’était rien à côté, c’est un peu ce qui est dit. Que pensez-vous de ce genre de promotion du film?
Je pense que cela peut attirer le bon public. Les gens habitués aux films d’art et d’essai vont attendre un drame, mais le film va un peu plus loin. Il vaut mieux être ouvert au fait d’être déstabilisé. Ce serait stupide si des gens venaient me voir en me disant c’est pas vrai du tout, le film est ennuyeux, il ne m’a pas du tout secoué. A ce moment là ce genre de citation n’aiderait pas le film du tout. Même si je pense que ce n’est pas vrai car on peut pas faire pire que Benny’s Video. Ce film surpasse tout. C’était Funny Games qui était mentionné en fait. Cela reste quand même de sacrés compliments d’être mentionnée aux côtés de Haneke, Pasolini ou Lars Von Trier. Mais tout est différent et ils représentent pour moi les plus grands cinéastes-artistes de tous les temps. Ils travaillent sans faire de compromis. Ils sont sûrs de leur vision. Ils sont courageux. Donc bien sûr cela me rend fière.  Si le public est attiré de la bonne manière, c’est bien et c’est plus vrai que de dire que c’est un film sur un croyant. Car ce n’est pas le cas. J’espère bien qu’à la fin on se sente secoué.

Savez-vous s’il y aura une sortie nationale en France et avez-vous des idées de ce qui se passera plus tard?
J’ai entendu dire de Cellular Dreams qu’il y a un ou deux distributeurs qui sont intéressés à présent. Après Cannes, ils ont préféré se retirer car les critiques étaient dures. Mais je sais que même si ce genre de films n’attire pas de large public, il mérite vraiment d’être projeté en France. En Allemagne, il est sorti en salles. Je commence à travailler sur d’autres histoires et j’ai commencé une collaboration avec un écrivain danois et un écrivain autrichien. Je pense que c’est bien d’avoir un partenaire sur ce terrain. Il y aura deux histoires différentes et on travaille en binôme. Mais peut-être qu’au final j’écrirai quelque chose toute seule qui soit bien dans mon style. On verra.

Merci pour ce moment!
Merci. C’était une chouette interview.

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