Julien Soulier et Vincent Fallacara

10 Avr 11 Julien Soulier et Vincent Fallacara

Sortie ces jours-ci de « Rapsodies Emosexuelles », un disque réunissant l’écrivain Julien Soulier et le musicien Vincent Fallacara du groupe Torso. La cold-wave rencontre des textes froids et les deux assemblés distillent une chaleur surprenante. Un disque de textes qui envoûte et souligne les rencontres artistiques toujours possibles. L’échange par-delà les angoisses, la création qui magnifie l’accord de deux solitudes.

 

Sylvaïn Nicolino pour ObsküreMag : Bonjour Vincent, bonjour Julien, où vous êtes-vous rencontrés ? Dans un concert ? Dans une librairie ?

 

Julien : Dans mes souvenirs, j’ai chroniqué Vincent pour le fanzine mensuel estudiantin Check Point, vitrine de l’Association Dionysos dont j’étais rédacteur en chef, début 1996, chez lui alors qu’il habitait encore Strasbourg – quartier Cronenbourg et qu’il faisait alors partie du groupe A Sordid Poppy. A cette époque je suis tombé amoureux de la plupart de ses textes, de leur étrange facilité à se donner. Entre deux verres de vodka précieusement offerts, une de ses phrases restera pour toujours gravée sur le marbre de mon disque dur émotif : « Pour moi la vie, c’est traverser le désert, uniquement, peu importe qu’on ait mal, ou ne pas en rester indemne, le tout est de pouvoir le traverser, avec le moins de casse possible. » Ça a commencé par m’intriguer – en tant qu’agoraphobe notoire – et ses propos resteront comme une maxime indélébile – au contraire de mes crises de panique qui, merci, me laissent tranquille tous les six mois. Du haut de mes 21 ans, j’avais l’intuition qu’il irait loin et c’est toujours le cas. Je vous laisse découvrir vous-mêmes ses albums, si vous ne les avez pas écoutés. Vincent Fallacara, on en reparlera encore dans longtemps, c’est mon avis. C’était déjà à mes yeux un grand honneur de le rencontrer en 1996, et un flow d’émotivité en moins quinze ans plus tard, cet honneur est toujours au rendez-vous, et en plus nous sommes entretemps devenus amis. J’ai été aficionado de ses groupes successifs (A Sordid Poppy, JefH, Torso), spectateur d’une centaine de leurs concerts, et le suis toujours.

Vincent : C’est effectivement la littérature qui nous a fait nous rencontrer. A l’époque, je fréquentais des soirées littéraires organisées par l’Association Dionysos. Outre les textes pour A Sordid Poppy qui opérait alors son virage vers le « tout en français » avant de céder sa place à JefH, j’écrivais des nouvelles très marquées par l’œuvre de Bukowski. Nous pensions tous pouvoir tenir un rôle dans la littérature. Au final, seul Julien y est parvenu.

 

Julien, la scène qu’on appelle slam est assez récente : qui t’a servi de référence première pour dire ses propres textes poétiques ? Toute proportion gardée, je m’interrogeais sur Léo Ferré…

 

Julien : Bien sûr il y a Ferré mais aussi Gainsbourg (qui se détestaient cordialement). Bashung parfois (cf. L’Imprudence). Mais, si je ne suis l’intermédiaire de personne, je crois de plus en plus que je monte sur une scène pour parler à la place d’autres hommes, mais muets, issus de ma famille – au-delà de narrer des traumas universels souvent tabous. Le fait est que je ne suis pas chanteur ; dans les années 2000-2005 je prenais cela comme un défaut et plus je cherchais des chanteurs, moins j’en trouvais. Alors j’ai déclamé, parlé moi-même. Je me suis pris au jeu. Ça a commencé au Pub Austerlitz en juin 2000 – un petit conseil : ne vous inscrivez jamais pour un lundi soir, c’est la soirée réservée aux alcoolos, comme dépucelage il y a mieux – accompagné au piano par Sylvain des Bar’Zingeurs sur « Dans la ville » (cf. Arrachoir, Editions Eclats d’encre, 2003). Je ne fais pas vraiment de slam ; la confusion vient sans doute du fait que j’ai scandé mes textes entre 2000 et 2007 dans des bars strasbourgeois, lyonnais, parisiens et allemands et que j’organisais des gueuloirs (Café Atlantico, Troc’ Café, …) alors que le slam tissait son émergence et que j’ai pu, accompagné de mon ex-guitariste Maxime Perrin, chauffer des salles de slam sessions (L’Hippocampe, La Grotte) par des sets de 30 à 45 mn, lorsque j’étais auteur-interprète du groupe Passa Nada.

 

Vincent, vois-tu une différence entre ton travail de parolier au sein de Torso et le travail à fournir pour Julien ?

 

Pour Rapsodies Emosexuelles, il était très clair pour moi, qu’il me fallait oublier le fait d’être parolier de Torso, voire même oublier Torso complètement lors des sessions de travail. Ma volonté était de me mettre entièrement au service des textes de Julien. Je ne me suis autorisé aucune « ingérence » dans les textes de Julien. Lors des prises de sons-voix, mes interventions se limitaient à des conseils, des directives concernant le placement de la voix.

 

Julien, puisque tu connaissais les disques de Torso, qu’est-ce qui t’a motivé à travailler avec Vincent ?

 

Julien : Sans jouer au pom-pom boy, j’ai suivi avec ardeur et minutie l’évolution de Torso. J’ai suivi la trajectoire de Vincent et de ses musiciens pendant quinze ans. Sur les plans musical comme littéraire, j’ai pu observer une épuration pour toucher la quintessence de la douleur comme de la joie.  Depuis sept ou huit ans, Vincent fait partie de mes influences au niveau des textes ; je le « range » au même niveau que Philippe Léotard, Olivier Cadiot, Bertrand Cantat, Christian Descamps, HFT, mais aussi Antonin Artaud (cf. L’Ombilic des Limbes), Verlaine ou même Louise Labé, dans leur rage, leur amertume, leur dépassement, leur autodérision d’Arlequins sarcastiques qui démasquent et desquament une société-Colombine qui fait le trottoir depuis des siècles. Voyez de nos jours majors à bout de souffle : alors que le sérail en est à sniffer son autarcie, quand l’autisme devient une valeur et pis, un luxe sociétal… Pendant ce temps, il existe bel et bien des paroliers/musiciens qui dans un élan généreux et (ré)générateur, vous donnent le vrai frisson, la preuve que vous existez. J’ai la chance de côtoyer l’un d’entre eux : Vincent Fallacara.

Vincent : En fait, la fusion s’est faite très naturellement. L’atmosphère au studio était studieuse mais très détendue. On se voyait de façon très espacée, mais chaque séance d’enregistrement s’avérait fructueuse. Comme si nous avions su capter l’essence même de notre travail. On s’est beaucoup parlé et écouté. Mais surtout, dès l’enregistrement de la première chanson, j’ai senti qu’on tenait un truc très puissant, j’ai vite compris que ce disque serait le fruit d’une véritable et inexplicable osmose. Cette fusion a atteint son paroxysme lors de l’enregistrement de « Grammaire de l’être ». Julien a déclamé son texte et moi je me suis mis au synthé (un vieux Korg WS 30 pour les amateurs de techniques) et j’ai improvisé en réagissant à ses sautes d’intentions, ses silences, ses respirations et j’ai eu le sentiment qu’il réagissait à son tour à mes réactions. Un moment très intense. Un léger overdub de guitare, et le titre était en boîte.

 

Comment évite-t-on l’écueil de la musique qui sert de béquille à des textes faibles ou mal interprétés ? Comment évite-t-on de se retrouver avec une musique trop emphatique ? Le travail en commun a-t-il été délicat pour vos egos respectifs ?

 

Vincent : Très bonne question. Ça a été ma principale préoccupation lors de l’élaboration de ce disque. Je n’avais aucune crainte concernant la voix de Julien car, ayant assisté à un grand nombre de ses lectures, je savais qu’il se dégageait de ses textes, comme de sa voix, une force, une musicalité intrinsèque et une si grande sincérité qu’il me semblait impossible que la partie texte et voix soit faible. C’est dans l’écriture et la production de la musique qu’il me fallait rester constamment vigilant. Apprendre à me freiner, éviter la démonstration, la surproduction, les afféteries, veiller à ce que la musique respire avec le texte.

Julien : Ce qui peut être frustrant, c’est d’avoir une maturité artistique lorsque l’on ne la détient pas sur le plan personnel. Mais par chance, le problème ne s’est pas posé pour nous. Il s’agit sans doute bel et bien de chance pour moi, car quand Vincent m’a proposé ce projet, je me sentais prêt de façon aussi créatrice qu’organique. Quant à nos egos, on leur a donné un billet pour boire un verre ; nous, nous avions, encore une fois, mieux à faire.

Vincent : Et concernant mon ego, aucun souci. Avec l’âge et la réalité de la portée limitée de mon « œuvre », mon ego s’est rétréci considérablement. En outre, ça fait quelques temps que j’apprécie de plus en plus de travailler dans l’ombre, d’être la cheville ouvrière d’un projet. Mon travail en tant qu’ingé son et producteur dans mon studio, le Somewhere Studio, me procure beaucoup de satisfaction de ce côté-là. J’aime l’idée d’être à l’écoute des artistes et d’apporter ma pierre à l’édifice en toute discrétion, faire des propositions, pointer des directions en adéquation avec l’univers de l’artiste avec qui je travaille.

 

Le micro sacralise-t-il au-delà du nécessaire la parole ? Les effets ont été minimes et vous semblez avoir choisi l’option la plus intime possible pour capter la voix…

 

Julien : Aucune sacralisation là-dedans. J’ai envie de répondre par une lapalissade : le micro est un outil relié à un jack destiné à une piste d’enregistrement parmi d’autres. Par contre, selon l’acoustique des salles, je vais choisir ou non de m’en servir, en lecture sèche ou non.

 

Vincent : Le parti pris du texte avant tout, impliquait obligatoirement une certaine retenue sur les effets de voix. Pour que le disque fonctionne, une intimité différée entre l’auditeur et Julien devait être trouvée. D’où ce choix dans la prise de voix.

 

Vos deux univers sombres ont fusionné en délivrant des éclairs lumineux : ces respirations étaient-elles nécessaires ?

 

Julien : Oui, car même si je considère mon travail comme cathartique sur cet album (en abordant de front des obsessions comme l’angoisse, l’agoraphobie, l’absence, la solitude, la « seulitude », l’isolement, la sclérose affective, etc.), une personne en train de se noyer a forcément besoin de respirer ! Il n’est même plus question de dialectique ou de clair-obscur, mais de remonter à la surface pour engloutir de l’air, avant la prochaine descente dans l’apnée d’une douloureuse lucidité. Autant mon « univers sombre » n’est en rien enduit du miel de la complaisance, autant dans mes éclats de luminosité, je n’ai plus l’âge de me reposer sur de nouvelles illusions.

Vincent : Je dirais même que ces respirations étaient vitales (sans jeu de mot !). Je ne voulais pas que « Rapsodies Emosexuelles » soit un disque plombé dont on ressort avec l’envie de se tirer une balle. J’aime la noirceur et la profondeur dans la littérature, l’art en général et la musique en particulier mais je ne supporte pas quand cette noirceur se vautre dans l’auto complaisance malsaine. Les éclairs de lumières sont l’essence même de toute œuvre et rendent la noirceur d’autant plus prégnante et belle, c’est la lumière qui rend les noirs du Caravage si bouleversants. J’aime beaucoup cette phrase de Leos Carax : « La nuit c’est comme le cinéma, tout ce qu’on n’éclaire pas n’existe pas. »

 

Donnerez-vous des concerts, des lectures publiques avec ce disque ?

 

Vincent : Julien donne déjà pas mal de lectures publiques de par son métier mais nous avons le désir fort de tourner avec ce projet en nous consacrant essentiellement sur les réseaux littéraires : médiathèques, librairies, universités.

 

Julien, qu’est-ce que cette expérience a changé dans ta façon d’écrire, si tu as écrit depuis ?

 

Julien : A chaque fois que je suis publié sous une manière ou une autre, il se produit en moi un réveil et je me surprends à noircir des pages de notes (vers, aphorismes, jeux de mots) avec une facilité retrouvée. Comme je sais que ça n’a qu’un temps, j’en profite dans un état d’urgence. Plus que du besoin, je retrouve du plaisir. Mi-mars, j’ai fini la chanson-poème « Mandala 21 » pour Alexandre Omont (guitariste de Torso qui s’est lancé dans l’expérience de réunir différents artistes autour de son propre disque – « Embryo Project 01 » à paraître chez Factotum Records en mai 2011). En périphérie du souhait de m’accomplir en tant que parolier tout-terrain, ça m’a redonné envie de reprendre l’écriture de travaux en cours, dont mon premier roman « Vacarmes ».

 

Et toi, Vincent, cette escapade hors de Torso, que t’apporte-t-elle dans ta pratique musicale ?

 

Vincent : Elle nourrit et enrichit ma pratique musicale, car j’ai pu faire des choses qui ne colleraient pas forcement avec l’univers de Torso. En plus, cette expérience en me décentrant m’a forcé à regarder Torso et notamment ma place de chanteur d’un peu plus loin et peut-être de façon plus lucide. Ça ne veut pas dire pour autant que je souhaite tourner le dos à Torso, bien au contraire, en ce moment, nous mettons la touche finale au nouvel EP de Torso, un cinq titres qui sortira en mai en version CD chez Factotum et en vinyle chez Déréliction Records (un tout nouveau label).

 

Le label Factotum se développe assez vite je trouve : un cap est-il franchi ?

 

Vincent : Nous abordons là un sujet qui me tient beaucoup à cœur. Nous essayons de faire de Factotum un label intéressant et surtout de lui créer une identité forte avec un minimum de matière grise. Mes modèles sont des labels comme les défunts Lively Art, Lithium, Closer voire même Factory.

Malheureusement, les choses sont très difficiles. Sur le plan financier, Factotum, comme un grand nombre de labels indés, ne tient que grâce à la passion et au travail acharné et bénévole de ses membres.

Je désespère et rage de constater que les gens qui prônent la gratuité de la musique n’ont aucunement conscience de la quantité de labeur que demande la réalisation d’un disque. Ceci est d’autant plus paradoxal que nous sommes à une époque où tout le monde a compris la nécessité d’un commerce équitable. A croire que la musique doive en être exclue.

A ce sujet, je crois qu’il serait bien plus important de faire de la pédagogie envers des gens qui téléchargent illégalement plutôt que de mettre en place des lois répressives et idiotes, car inapplicables. Juste expliquer qu’une chanson ne se compose pas en un jour, que les instruments ne sont pas gratuits, qu’il ne suffit pas de brancher sa guitare et son micro dans un PC pour faire un album. Que les musiciens ont besoin de se nourrir aussi (;-), qu’une tournée rentable c’est quasiment impossible à monter en indépendant, qu’une campagne promo c’est cher et que si on continue de la sorte, nous n’aurons plus que le choix entre un vendeur de lunettes pour Optique 2000, les mass-comédies musicales merdiques et l’énième avatar des télé-crochets. On peut rêver à mieux en termes de diversité culturelle. Il suffit de méditer sur le nombre de groupes ou de labels talentueux qui ont jeté l’éponge à force de devoir se serrer la ceinture en permanence.

Avec Factotum, nous essayons d’arriver à un équilibre en faisant en sorte que chaque projet puisse financer les suivants. Si on y tend, pour le moment c’est surtout parce que nous ne travaillons plus qu’en coproduction, que je possède le Somewhere Studio et que j’accepte d’y travailler au rabais pour les projets destinés à Factotum.

Mais bon, c’est vrai qu’on a quand même l’impression d’aller de l’avant, malgré l’épisode désastreux avec Posterboy Machine. En mai, sortiront les EP de TORSO Des taches sur mon Rorschach et de EMBRYO Project 01, il s’agit du side project electro d’AlexXx, guitariste de Torso. A l’automne nous sortirons un trois titres de DULAC, fils illégitime de Thiéfaine et Daniel Darc et lointain cousin des Sisters of Mercy, découvert sur la compilation de nos amis du label Fatal Object. Nous coproduirons peut-être également le prochain BABEL 17. Nous cherchons surtout des artistes avec des univers forts et un minimum de matière grise avec une prédilection pour l’expression française.

 

Pourquoi ce disque est-il si peu cher ? Je constate chez les indépendants un retour à des tarifs vraiment justes du point de vue de la rentabilité… Comment ça fonctionne ?

 

Vincent : Si ce disque est si peu cher, c’est parce que nous avons fait le choix de ne pas miser sur la rentabilité justement. La poésie n’est pas ce qui se fait de plus vendeur et comme nous souhaitons que le disque circule le plus possible, qu’on en parle, qu’il soit commenté, aimé ou détesté, nous avons opté pour ce tarif. Par contre, hors de question de le proposer en téléchargement gratuit. J’estime qu’un gars qui se prétend amateur de musique et qui n’est pas capable de lâcher le prix d’un paquet de clopes ou de deux bières pour un disque, fruit d’un travail passionné, qui risque de surcroît de lui provoquer des émotions, n’a rien compris à l’histoire !

 

A propos du terme « histoire », sur le plan de l’écriture, quelles sont les limites d’une forme narrative ? J’aime bien le travail de Jean-Daniel Dupuy lorsqu’il lit l’intégralité de son « Ministère de la Pitié » ou celui de Serge Teyssot-Gay avec son adaptation d’Hyvernaud.

 

Julien : C’est vrai qu’avec le titre « Grammaire de l’être », succession d’aphorismes et d’extraits de nouvelles sédimentés sur dix ans, je me suis lancé dans une forme narrative qui me distrait de mes poèmes bien versifiés, à la prosodie super calibrée. C’est une forme nouvelle pour moi, une liberté, une respiration que je m’autorise après avoir traîné mes guêtres dans la cellule choisie des octosyllabes et autres alexandrins que j’arpente depuis dix-huit ans. Il y avait déjà des tentatives dans le recueil « Book émissaire » (Ed. Eclats d’encre, 2005), notamment avec « Dans le blanc de l’âme », mais ce qui m’a intéressé dans « Grammaire (…) », c’est le côté manifeste poétique. L’expérience étant concluante sur la musique de Vincent, cela me donne envie d’en écrire d’autres, pour moi comme à la commande. Et pourquoi pas un jour en publier une trentaine qui se répondraient les uns les autres, un peu à la Francis Ponge. Les limites de cette forme narrative résident pour moi dans le côté bref (pas plus de deux pages) et surtout dans leur intention : ne pas en faire des nouvelles. Non pas par respect des « genres » mais par souci d’une brièveté et d’un arrachement qui sont en quelque sorte ma marque de fabrique.

Vincent : Je ne connais pas Jean-Daniel Dupuis, par contre, le boulot de Teyssot-Gay sur les extraits de « La Peau et les os » d’Hyvernaud est une pure merveille. C’est un de mes disques préférés. Il a su capter l’essence même de l’écriture d’Hyvernaud. D’ailleurs cette année-là sortaient également « Mon cerveau dans la bouche » de Programme, « Quelque part » de Mendelson et « Aujourd’hui, Maintenant » d’Expérience une année faste pour le rock français. J’espère qu’il ne faudra pas attendre l’an 3000 pour revivre ça.

Sinon pour tenter de répondre à ta question, je crois que la seule limite de la forme narrative en musique c’est qu’elle n’intéresse qu’un happy few qui place la littérature et la musique au même niveau d’importance (autant dire qu’on n’est pas très nombreux !) mais, c’est celle qui donne les résultats les plus poignants. Il suffit d’écouter la chanson « Barbara » de Mendelson sur leur dernier album en date ou bien des chansons comme « Vincent Crane » d’And Also The Trees pour s’en convaincre. Le travail de Florent Marchet et d’Arnaud Cathrine sur Frère Animal est aussi très intéressant de ce point de vue là. Je crois aussi que le fait que « Bukka White », la chanson qui figure sur le premier Torso, reste ma chanson préférée de Torso et, qu’elle provoque à chaque fois une telle émotion quand nous la jouons en live, est en grande partie dû à sa forme et sa construction narrative.

 

Pour finir, les cinq livres d’auteurs vivants que vous appréciez tous les deux ?

 

Vincent : Ouille ! Le piège ! Le fait qu’il faut que les auteurs soient vivants complique singulièrement la tâche. Alors, on en balance 10 chacun et on regarde si ça se recoupe. Ça te va ?  Alors je commence :

 

Emmanuel Carrère – D’autres Vies que la mienne

Martin Winkler –  La Maladie de Sachs

Cormac McCarthy – La Route

Jay Mc Inerney – Trente Ans et des poussières

Michel Houellebecq – Extension du domaine de la lutte

Brigite giraud – A présent

Agota Kristof – Le grand Cahier

Nick Cave – Et l’Ane vit l’ange

Jean-Philippe Blondel – 1979

Henri Halleg – La Question

 

Julien :

Arnaldur INDRIDASON – La Femme en vert (roman noir scandinave, « Points Policier »,

Dan FANTE – Les Anges n’ont rien dans les poches

Emmanuel ADELY – Sommes

Geoff NICHOLSON – Comment j’ai raté mes vacances

Tom SHARPE – Wilt 1 ou Comment se sortir d’une poupée gonflable et de beaucoup d’autres ennuis encore

Woody ALLEN – Pour en finir une bonne fois pour toutes avec la culture

Manu LARCENET – Le Combat ordinaire

Michel HOUELLEBECQ – Extension du domaine de la lutte

Olivier CADIOT – Fairy queen

Nick CAVE – Et l’âne vit l’ange

 

Vincent : Donc, je vois qu’on obtient un 2/10 ! Peut mieux faire ! Non ?

 

Ça peut, mais on y perdrait en diversité… Merci !

Photo de Stéphane Kalk

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