Jordi Soler – Dis-leur qu’ils ne sont que Cadavres

29 Août 13 Jordi Soler – Dis-leur qu’ils ne sont que Cadavres

Le narrateur de ce roman est l’attaché culturel de l’ambassade du Mexique à Dublin. Sans financement réel, sa tâche ne le grandit pas et il doit en plus supporter les fautes de goûts de l’Ambassadeur lui-même, saccageant par exemple d’une sculpture monumentale la plage ouvrant l’Ulysse de Joyce. Ses amours se sont éloignées et les prostituées ne satisfont plus son désir troublé d’expiation.

Aussi, quand il voit surgir dans sa vie l’étonnant couple Lapin d’Artaud & Co., son esprit s’emballe. Ceux-ci cherchent à mettre la main sur tout un tas d’objets liés au poète français. Le vieil ami du narrateur, le « poète de la prairie asphaltée » Lear McManus l’exhorte lui aussi à remonter la piste de la canne de Saint Patrick, prétendument récupérée par Antonin Artaud et dont la destination finale se perd dans les brumes d’Irlande. Symbole de l’emprise chrétienne sur le patrimoine gaélique, cette canne se charge d’une force sacrée, une fois connue l’histoire de son rapatriement par Artaud.

La quête de la petite troupe, érudite, se recouvre progressivement de bouffonnerie. C’est que les fadas d’Artaud en connaissent plus sur sa vie, les chevaux et le commerce de la tourbe que sur les dangers des alcools anglo-saxons et sur ceux des psychotropes amérindiens.

Le rythme trépidant du livre ne se départit jamais d’une certaine mélancolie, associant un terrible coming-out homo à un complot mené par l’IRA (à moins que les Zapatistes mexicains ne soient dans le coup).

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Enrique Vila-Matas, maître des narrations alambiquées, salue dans le dossier de presse ce livre, un ouvrage où passé et annonces du futur se télescopent, un roman mêlant avec habileté faits réels (les fans d’Artaud apprécieront l’aventure mexicaine) et délires d’hallucinés (les fous de littérature adoreront ce cheval en appartement). Le final borgesien réserve un pied de nez à la sentence désabusée de M. lapin : « le chercheur de trésors est en permanence exposé à l’échec ». Assurément ce quatrième livre de Jordi Soler traduit en français le classe dans les amoureux des belles lettres à la sauce rock’n’bière.

Jordi SOLER, Dis-leur qu’ils ne sont que Cadavres,

Belfond, 236 pages environ, 18 €

Site de l’éditeur

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