JOHN 3:16 : réflexions sur Of the Hex and its Likenesses (interview bonus)

13 Août 15 JOHN 3:16 : réflexions sur Of the Hex and its Likenesses (interview bonus)

JOHN 3:16 apparaît en duo en cette année 2015. On sait Philippe Gerber adepte des collaborations, la façon dont il gère son label en témoigne. Ici, Of the Hex and its Likenesses a agi comme un incubateur pour faire évoluer la musique de son projet. Les guitares se transforment et accueillent à leur côté un surplus d’expérimentations. En bonus à l’interview parue dans notre Obsküre #25, voici d’autres éclairages sur le processus en cours.

Sylvaïn Nicolino : Pourquoi as-tu nommé ce disque « Anthony Donovan et JOHN 3:16 » et pas avec le nom de ton groupe en premier: est-ce lui qui est à l’origine de cette collaboration entre vous deux ?

L’Anglais Anthony Donovan est un artiste que j’ai “rencontré” en ligne après que Robert L. Pepper de Pas Musique m’ait introduit à l’excellent collectif/label Classwar Karaoke qu’Anthony a fondé en 2008. Après avoir écouté avec beaucoup d’attention deux de ses projets Vulture’s Quartet (Sub Rosa) et Murmurists (Alrealon Musique), j’étais plus qu’intéressé pour travailler sur quelque chose avec Anthony. Son approche ultra-expérimentale de la musique ainsi que ses qualités indéniables en tant que musicien (Anthony joue de la guitare, de la basse et est un excellent vocaliste) m’ont convaincu que nous pouvions travailler en harmonie sur une musique qui allait au-delà de ce que nous pouvions faire séparément.
Le premier titre « De Heretico Comburendo » que nous avons écrit ensemble était pour une compilation Classwar Karaoke et était labellé JOHN 3:16 & Anthony Donovan. Contents de ce premier jet, nous avons alors commencé à enregistrer de nouveaux morceaux dans l’idée de sortir un album. Bien que la musique soit un peu éloignée de ce que je fais sous le nom JOHN 3:16, il est facile de reconnaitre ma griffe bien caractéristique. C’est une collaboration qui fait sens dans l’évolution de mon projet. Comme Anthony chante la plupart du temps, et par respect de qu’il a fait auparavant, j’ai demandé à Anthony d’introduire cet album sous l’appellation “Anthony Donovan & JOHN 3:16”. Mais il faut garder en tête que la contribution artistique a été faite à part égale de manière naturelle. C’est pourquoi ce fut un réel plaisir de travailler avec lui.

Ta voix est en retrait, tes guitares aussi, si on songe à l’évolution que tu suivais jusque-là. Comment avez-vous travaillé tous les deux ?

Quand je travaille seul, les guitares et ma voix sont définitivement plus en avant. C’est le point fort de JOHN 3:16. Mais pour ce projet, nous avons eu une approche différente. Quand nous avons mixé les titres, il fallait remettre à niveau certaines parties, dont mes guitares. En aucun cas, les pistes de guitares ne devaient masquer les nappes de sons que nous pouvons entendre tout du long de l’album. Surtout qu’Anthony a enregistré de nombreuses pistes de guitares. Il fallait que le tout soit harmonisé, ce que nous avons réussi à faire, je pense. Chacun de nous a envoyé à l’autre des titres que nous devions compléter et mixer. Après plusieurs écoutes et discussions sur les morceaux, nous nous sommes mis d’accord sur la touche finale à appliquer sur tel ou tel titre. Il nous a fallu six mois pour compléter Of the Hex and its Likenesses.

L’épreuve du live, sa progression faite de fortuit et d’envies immédiates se fait de plus en plus jour dans ta musique qui garde pourtant la cohésion nécessaire à un disque, la construction méthodique et réfléchie. Comment conjugues-tu ces deux pôles ?

Ce que j’essaye de faire de plus en plus, c’est de graver sur bandes cette spontanéité dont je parlais plus haut. JOHN 3:16 doit évoluer en permanence et mon prochain objectif est de faire en sorte que le successeur de Visions of the Hereafter aille au-delà ce que j’ai pu présenter jusqu’ici.
Ma plus grande expérience live est bien sûr cette tournée que j’ai faite en Israël en 2013. Elle m’a permis de changer certaines habitudes que j’avais acquises quand je jouais encore avec Heat From A DeadStar. A présent, JOHN 3:16 est un projet à part pour lequel j’ai accompli plus que je n’aurais pensé. L’idée aujourd’hui est de combiner une rigidité d’écriture qui me caractérise, avec une folie proche de ce que je présente live, même si cela doit heurter certaines oreilles trop polies. L’idée est d’enregistrer certaines parties de guitares en une seule prise. Lors de l’écoute de « Ascent of The Blessed » par exemple – considéré comme l’un des meilleurs titres de JOHN 3:16 –, nous pouvons entendre un solo sur toute la deuxième partie qui était une guitare témoin qui a été enregistrée en une fois, sans aucune reprise. Un autre exemple est « Eternal Sin Offering », un titre de seize minutes enregistré en 2009 dont l’ossature basse/batterie varie peu, mais dont toutes les parties de grattes ont été jouées en un souffle. J’ai l’intention de reprendre ce principe d’enregistrement instinctif de manière plus récurrente.
Tu le sais, à travers JOHN 3:16, j’essaie d’être une sorte de prêtre musical, je veux que les gens ressentent profondément ma musique, qu’elle les transperce dès la première note où sitôt qu’ils jettent un œil aux visuels. C’est une réflexion sur l’individu et l’artiste que je suis et je tente de me retranscrire en musique : des bouts de vie, des sentiments, des événements majeurs qui m’arrivent et ma vision sur le monde. Pour moi, c’est clair que chaque enregistrement et chaque titre a de profondes résonances intimes. Face à ce travail, j’aimerais que les gens absorbent JOHN 3:16 en un tout dans lequel musique et art sont indissociables car c’est un miroir sur mon âme, un voyage métaphysique à travers ma vie.

ANTHONY DONOVAN & JOHN 3:16
Of the Hex and its Likenesses (Flood Records) (2015)
http://www.alrealon.co.uk/john316.html

 

Be Sociable, Share!

Laisser une réponse