John 3:16 – Interview bonus Obsküre Magazine #11

21 Sep 12 John 3:16 – Interview bonus Obsküre Magazine #11

John 3:16 est le nouveau projet de Phil de Heat From A Deadstar. Dans notre Foküs, nous avons préféré retenir l’aspect le plus ancré dans la sphère religieuse. Cependant, John 3:16 s’exprime aussi sur sa musique, le bonus ci-dessous retourne les cartes et dévoile davantage du mystère de cette incarnation.

Obsküre Magazine : Comment prononce-t-on le nom du projet ?

On prononce le nom John Three Sixteen, c’est la version anglaise de Jean 3:16Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. ») L’anglais c’est pas plus mal, et même dans le monde anglo-saxon, les gens ne voient pas tout de suite la référence biblique. Tant mieux en fait car ça fait peur à beaucoup de gens.

Mais, si tu vas aux USA, comment le public va-t-il réagir en comprenant directement tes paroles ?

Ça dépendra des régions. J’ai joué à New York pour mon premier concert avec John 3:16, à l’Experimental Festival. Une demi-heure de concert avec les morceaux de Sinners in the Hands of an angry God et ça n’a choqué personne : aucune question sur le positionnement du projet ou l’interprétation du sample. Dans les états de New York, du Massachusetts, des états qui sont démocrates, je crois que je n’aurais pas d’interprétation au sens premier. Par contre, j’espère jouer en Caroline du Nord, Caroline du Sud, en Virginie etc. et là je pense que je serai directement associé à la vague christian.

Mais ça ne me fait pas peur : si les gens arrivent à moi et aiment ma musique parce qu’ils pensent que l’idée que je véhicule leur correspond… Peut-être que je véhicule de telles idées, je ne sais pas, je suis assez paradoxal en fait là-dessus.

En même temps, tu dis la même chose que d’autres groupes qui eux aussi veulent que les gens sortent de leur concert avec de l’espoir, un sentiment de grandeur ou d’élévation spirituelle…

C’est vrai. Je reviens à cette envie d’emménager aux États-Unis. Entendons-nous, je ne boude pas l’Europe, avec Heat From A Deadstar, on n’a joué à Paris que quatre ou cinq fois, à Bordeaux, on avait un format rock, mais ça ne prenait pas. On n’avait que très peu d’opportunités, et ça marchait mieux en Angleterre et aux États-Unis. Et tous les contacts que nous avions tissé en Angleterre, j’ai vécu à Londres pendant cinq ans, le réseau s’est étendu aux USA. J’ai rencontré Rock de Ace Of Heart qui a signé l’album pour HFAD. Aujourd’hui ça a du sens de bouger Alrealon là-bas : notre marché y est. On a une petite distribution en Angleterre, mais rien en Europe.

Avec John 3:16, c’est pareil : j’essuie des refus à Paris, à Genève alors qu’aux États-Unis, il y a des possibilités. Donc, voilà, l’Europe boude…

Je reviens à cette thématique fortement religieuse : elle apparaît à la fois dans le nom du groupe et dans les titres. Je ne le vois pas comme de l’évangélisation, mais plus comme une référence à des archétypes bibliques.

Quand j’ai choisi de faire mon projet en 2007, j’avais beaucoup d’idées qui me restait de l’époque de Phobos avec Frédéric Sacri, j’ai cherché un nom et j’ai choisi spontanément John 3:16. C’est venu ainsi. On vit en Europe, le Vieux Continent et ce qu’on est aujourd’hui est basé sur le christianisme : notre culture vient de là. Quand je parle de John 3:16, je fais cependant référence aux trois religions que sont le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, parce que ce personnage qui est décrit dans ce verset est important pour les trois religions. Dans l’art, on ne peut pas tout comprendre sans avoir ces références, même dans des films de Rohmer ou de Bresson.

Et pourquoi avais-tu décidé de ne pas dévoiler qui était derrière John 3:16 ?

Il ya plusieurs raisons. J’avais plusieurs morceaux en stock, ça faisait deux ans que Heat From A Deadstar tournait et j’avais l’impression de manquer quelque chose… Je n’avais que 50 % de composition pour le groupe et je voulais transformer moi-même, comme je le voulais, tous mes plans de basse ou de guitare. Au départ, je ne voulais pas en parler à Pierrick qui était l’autre membre de Heat From A Deadstar et donc j’avais gardé cet anonymat. Je ne voulais pas qu’on sache qui était derrière quand j’envoyais les CDs pour des chroniques. Je voulais avoir une démarche totalement inverse : l’anonymat et la musique avant tout. Et c’est drôle, des chroniques se demandaient si j’étais un homme ou une femme… Ça laissait plus de place à l’interprétation des morceaux.

Mais quand j’ai contacté Philippe Petit, il m’a semblé que c’était important qu’il sache que celui qui manageait Alleralon était lui aussi un artiste, ça donnait une image différente du label. C’est Christophe de FluiD qui m’a poussé à faire ce coming-out, également pour établir une connexion pour les anciens fans de Heat From A Deadstar.

Les pochettes des premiers Eps de John 3:16 gardaient elles-aussi une esthétique du flou, comme sur les visuels de Heat From A Deadstar.

Ces artworks, c’est moi qui les ai faits. Comme pour la musique, c’est quelque chose qui peut être interprété de plusieurs façons. C’est un reflet, un jeu de lumières sur Sinners in the Hands of an angry God où j’ai fait une superposition de différents jeux. Mais j’en ai fini avec ça car c’est un peu cliché de post-rock, comme sur certains disques de Mogwai. Des choses que je trouve un peu clichées et que j’ai voulu cacher. Du coup, pour l’album, je me suis dit que j’allais arrêter de faire l’artwork pour laisser quelqu’un interpréter la musique et une peu le concept. Alors j’ai contacté William Schaff, je lui ai présenté le projet et ça l’a intéressé. Je suis très content de ce qu’il a fait et il m’a dit que ça lui avait permis de se rapprocher de Dieu à un moment où ça n’allait pas pour lui et qu’il avait pris plaisir à faire ces dessins. C’est une interprétation des trois, Paradis, Enfer et Purgatoire. Écouter la musique lui a donné une vision complète.

Et sur le split FluiD / John 3:16, pourquoi a-t-on une face angélique et une face démoniaque dans l’artwork ?

C’est Trey Crim qui l’a fait ainsi. Ce n’est pas ce qu’on voulait au départ, avec Christophe, on voulait que l’artwork parte des travaux de Jérôme Bosch, son tryptique avec l’Éden, Le Jardin des Délices et l’Enfer. Trey est venu avec cette réalisation et le personnage central avec la cravate et sa tête sans visage nous a bien plu avec son côté plus contemporain.

Et un oeil à la Residents.

Oui… Dans la recherche du salut, finalement, ce qu’on entend, c’est qu’on est tous un petit peu des pêcheurs ou pas si mauvais que ça, mais pour ma part si je devais croire en un dieu, ce serait un dieu qui ne pardonne pas, où il n’y a pas de retour en arrière possible quand la faute est commise. On n’est pas ange et démon, pour moi les deux sont dissociés.

C’est une vision plus proche de l’Ancien Testament que du Nouveau…

Oui, c’est plus subtil, l’Ancien Testament correspond à des temps qui sont plus durs, l’esclavage en Égypte, la Traversée de la Mer rouge : c’est une époque plus radicale avec des croyances plus radicales…

Tu fais référence parfois à des groupes post-rock, c’est étonnant car je ne te vois pas dans cette mouvance.

Moi non plus, mais bien souvent les chroniques parlent de post-rock et d’ambiant. Donc, je veux sortir de ça. Mogwai, j’aime certains morceaux mais je ne suis pas fan de leur approche et je trouve leurs concerts brouillons. Et pour Godspeed You ! Black Emperor, je ne les range pas dans cette catégorie, malgré tout…

Il y a beaucoup de jeux sur le calme, l’explosion, comme si tes éclaircies ne pouvaient pas durer. Comment composes-tu pour éviter les travers de la classique montée post-rock ?

Je pars d’une thématique, comme sur « The inner Life of God » où c’est sur la trinité, du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C’est comme des visuels pour moi, il faut lire le titre et le morceau passe par différentes phases.

Mais c’est très progressif, on passe avec fluidité d’un tableau à l’autre, on ne se rend compte qu’une minute après la mise en route qu’on a changé d’univers.

Oui, c’est comme l’approche de Tool : des compositions à rallonge pour lesquels on n’arrive pas à savoir combien de fois le riff est revenu car c’est un tout, un morceau qui te prend du début à la fin. Pour composer cet album, j’ai fait une trentaine de morceaux. Pour certains, j’étais content techniquement, mais mon ressenti était nul, donc j’ai jeté ou mis de côté. Ce que j’ai gardé, c’est ce qui est le plus vivant, des morceaux que les gens prendront plaisir à écouter.

En références, tu cites le travail du label Aliz-vox de Jordi Savall : si tu t’y retrouves, est-ce pour cet aspect vivant sur les instruments, ce souci du détail organique dans ton environnement électronique ?

J’essaie de jouer un maximum d’instrument moi-même, piano, percussions… Sur « Abyss of Hell », j’ai demandé à Carolyn Rasplin qui joue de la clarinette de me proposer une partie. Je n’y ai pas touché, j’ai travaillé à partir de ce rythme. J’espérais que Rick jouerait du violoncelle, mais il n’a pas eu le temps. J’aimerais ajouter plus de violon, mais ma limite est là : je ne joue pas de violon… Du coup, j’utilise des sons, mais comme ils sont pitchés, on perd au niveau de l’acoustique. J’essaie de m’éloigner au plus possible de l’aspect électronique, sauf pour la batterie, que je n’essaie pas de masquer, bien au contraire.

http://www.alrealon.co.uk/john316.html

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