Jesus & Mary Chain à TINALS

12 Juin 18 Jesus & Mary Chain à TINALS

Fidèles au festival This is not a Lovesong à Nîmes, nous avons pu retrouver pour la sixième fois le décor de Paloma et les cinq scènes aménagées pour l’occasion. Les temps ont changé depuis la première édition. La circulation est à présent fluide, il n’y a quasiment plus de queue pour se rassasier et les propositions sont assez variées pour satisfaire tout le monde. Le public semble s’être plus ou moins habitué au système cashless et aux cartes rechargeables. Les concerts respectent les horaires annoncés, avec un système son d’une puissance réjouissante. Bref, en termes d’organisation, rien à redire. Mieux encore, cette année, peut-être en raison du climat, les moustiques n’étaient pas de la partie, eux qui nous avaient fait vivre l’enfer l’année dernière. Le terrain était lui même recouvert de copeaux de bois, ce qui évite de se retrouver avec des chaussures pleines de boue. TINALS sont donc devenus plus pro que jamais.

En termes de programmation, le constat est un peu plus mitigé. Malgré de pures claques scéniques (Idles), des moments nostalgiques (The Breeders) ou des performances délirantes et habitées (John Maus), on s’est surpris cette année à trouver le temps un peu long. Un peu comme l’année dernière, la dimension plus pop et grand public de la sélection nous a très moyennement convaincus, en particulier le samedi soir, certains craignant que le TINALS finisse par ressembler à n’importe quel autre festival estival et de bord de plage. Si l’on s’est ennuyés, c’est aussi peut-être qu’en raison du beau climat, les groupes considèrent cette date comme une sorte de day off, un moment touristique (on a d’ailleurs pu croiser les Sparks au Musée d’Art Contemporain de Nîmes) et refusent donc pour une grande partie d’entre eux la partie promotionnelle. C’est fort dommage, car les rencontres avec les artistes faisaient le sel de ce rendez-vous unique jusqu’alors dans le Sud.

Du coup, pouvoir échanger quelques mots une quinzaine de minutes avec un groupe aussi mythique que Jesus & Mary Chain apparaît comme une rare opportunité. Avant leur set du soir, regroupant des titres de toute leur carrière, de Psychocandy à leur dernier opus Damage & Joy, les écossais sont revenus sur cet album et sur leur carrière. Plus qu’honnête, le concert a aligné un bon nombre de classiques avec un son précis et puissant. Les Mary Chain tiennent encore très bien la route sur scène, même si l’innovation de leurs débuts est très loin derrière eux.

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ObsküreMag : Quelles étaient les questions que vous vous êtes posées avant de sortir votre dernier album Damage & Joy, sans compter que le monde de la musique a beaucoup changé et que sortir un album aujourd’hui ce n’est pas la même chose que dans les années 80 ou 90?

William Reid : La question c’est pourquoi nous ne l’avons pas fait en 2007 quand nous nous sommes reformés. Quand j’étais enthousiaste pour le faire, Ian ne l’était pas. Et quand il l’était, l’idée ne me branchait plus tant que ça. J’ai eu des phases où je buvais vraiment beaucoup et je ne pouvais pas me concentrer. Il nous a fallu un catalyseur, alors nous avons loué les services d’un producteur , Youth, et c’est comme ça que cela a pu se faire. Pour être franc, cela n’aurait pas été enregistré sans lui. Mais ce fut une bonne expérience, de travailler avec un producteur. C’était le moment de le faire.

Et le choix de Youth c’est parce que c’était un ami par le biais de son groupe Killing Joke?

Ian : C’est quelqu’un qui nous a suggéré de travailler avec quelqu’un pour le disque. Nous avons demandé autour de nous qui pourrait faire l’affaire. Et on nous a dit : « Essayez Youth ! » On l’a rencontré et on lui a expliqué ce que nous cherchions. Nous avions aussi le sentiment que lors du travail en studio l’étincelle pouvait s’envoler. Donc nous avons pensé qu’il serait bienvenu d’avoir une autre personne pour nous maintenir sur les rails. Youth semblait bien comprendre cette situation. On l’a fait et ça a marché.

Et ces deux mots Damage & Joy, est-ce qu’ils résument l’état d’esprit dans lequel vous avez fait le disque?

William : Je pense que cela résume tout simplement le fait d’être un humain sur terre.

Ian : Je crois que cela résume le groupe et pas juste l’album. Si on devait réduire Jesus & Mary Chain en deux mots, ce serait « damage » et « joy ». Et si on devait encore le réduire à un seul mot ce serait Psychocandy.

William : Il y a toujours eu ces deux extrêmes dans le groupe. Des chansons calmes d’un côté et d’autres bien plus bruyantes. On les retrouve dans tous nos disques, Psychocandy, Dark Lands, April Skies, Honey’s Dead, etc. De façon inconsciente, quand on a considéré le titre Damage & Joy, j’ai pensé que cela résumait, comme le dit Ian, l’éthique de la musique que l’on fait depuis 1984.

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Sur l’album, notamment à travers le morceau où vous revenez sur le fait de regarder des groupes glam rock à la télé, on sent un regard rétrospectif. Mais est-ce de la nostalgie ou ne pas oublier le passé tout en avançant?

William : Ce n’est pas de la nostalgie, c’est plus ne pas oublier le passé. Nous avons toujours aimé le glam rock et T. Rex. Regarde ! (Ian porte un T-shirt de T. Rex)

Quand vous avez commencé, beaucoup de journalistes ont parlé de l’influence des années 60, les Beach Boys et tout ça, mais vous étiez aussi en plein dans votre époque, et dans l’état d’esprit post-punk avec l’aspect sombre et agressif qui allait avec.

Ian : Il faut se souvenir que Mary Chain est apparu seulement sept années après l’explosion punk de 1977. Le punk était encore frais dans l’esprit des gens et son impact était encore palpable. Mais nous avons toujours écouté toutes sortes de musiques : le punk, le glam mais aussi les musiques des années 60, 70, 80, 50, 40…

William : Il y avait beaucoup de groupes à l’époque qui étaient influencés par les mêmes choses que nous. Si tu prends Echo & the Bunnymen ils ne sonnent pas du tout comme un groupe punk mais on sent qu’ils sont influencés par ça. On perçoit bien que c’est le punk qui les a poussés à se mettre à la musique et ça a été la même chose pour nous.

Vous êtes un groupe à guitares pourtant vous avez toujours été attirés par les boîtes à rythmes. Quelle est votre relation à la musique électronique?

Ian : J’adore la musique électronique et j’ai toujours eu un faible pour les groupes de rock avec une boîte à rythmes. Metal Urbain a sûrement été le premier groupe que j’ai entendu dans le genre. Et j’adorais, tout comme des projets comme Suicide, Neu!

William : C’est une facette que nous n’avons jamais explorée comme nous aurions pu le faire, cette part électronique de notre psyché. Ce pourrait être quelque chose à explorer à l’avenir.

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Y a-t-il des groupes d’aujourd’hui qui vous intéressent?

William : Je n’ai aucune idée de ce qui se passe aujourd’hui et pour être franc je ne m’en suis jamais préoccupé.

Ian : Tous les cinq ans il y a un groupe sur lequel je flashe, mais à chaque fois que je m’intéresse à un nouveau groupe, je trouve que ça sonne comme un vieux groupe et je suis toujours déçu par ce que je trouve. J’entends toujours des jeunes groupes qui ont écouté Joy Division ou The Doors et franchement je préfère écouter les groupes originaux. Il y a un groupe que j’ai entendu récemment en allant chez un disquaire et que j’ai vraiment apprécié, des australiens du nom de The Babe Rainbow.

Vous avez écrit de nombreuses chansons, y en a-t-il certaines qui vous tiennent plus à cœur que d’autres?

William : Les plus anciennes à leur façon, mais cela change. Nous avons arrêté d’écouter notre propre musique il y a bien longtemps déjà.

Ian : Tu enregistres un album, et c’est terminé. Je n’écoute jamais les Jesus & Mary Chain chez moi.

William : Dès que c’est fait, quelque part dans ta tête il y a l’idée d’un suivant. Tu essaies de rassembler tes énergies pour ça, que ce soit dans six mois ou six années. Mais tu sais qu’il y en aura un autre et c’est à ça que tu penses au plus profond de toi.

Dans le dernier album il y a pas mal de voix féminines et je sais que vous avez toujours été attirés par les groupes de filles des années 60, est-ce que c’est quelque chose qui vous a toujours intéressé, de travailler avec des voix féminines?

Ian : Nous avons fait quelques uns de ces duos par le passé, deux avec Hope Sandoval par exemple. Nous avions décidé de faire un album qu’avec des duos vocaux, mais au final nous avons choisi de mettre les chansons que nous voulions sur cet album au lieu de les garder pour un album de duos. C’est pourquoi il semble qu’il y en a pas mal sur ce disque.

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Quant à la performance, dans les années 80, vos concerts étaient comme des moments mythiques, les journalistes parlaient de votre grande agressivité qu’ils confondaient parfois avec votre timidité. Comment ressentez-vous la scène aujourd’hui? Vous avez un vrai plaisir? La timidité est-elle encore présente?

Ian : Cela l’est pour moi. Je suis une personne très timide et ce n’est pas naturel pour moi de me retrouver debout au milieu d’une scène. Chanter c’est la dernière chose que j’aurais imaginé faire dans ma vie. Pendant longtemps ça a été difficile de me confronter à ça. Aujourd’hui j’essaie et j’oublie le public juste pour chanter la chanson, je tente de me perdre un peu dans la musique. C’est pourquoi j’étais devenu alcoolique, j’avais du mal avec ce rôle et je devais être complètement pété pour y faire face. Aujourd’hui je suis sobre quand je chante.

Pensez-vous que les Mary Chain vont encore continuer ou vous comptez vous arrêter à un moment?

Ian : Je pense qu’il nous reste encore quelques années. Si l’on ne prend plus de plaisir et que cela n’intéresse plus personne, bien sûr nous arrêterons. Mais avant que cela arrive, il nous reste encore pas mal d’années à prendre du plaisir à le faire.

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