Jessie Evans : interview bonus pour Glittermine

17 Nov 13 Jessie Evans : interview bonus pour Glittermine

 

Jessie Evans : folle à la langue déliée, responsable d’un album funk et noir, hanté et hantant. Creuset musical dans lequel sa joie baigne et rejaillit. Sans guère répondre aux questions, elle se lance dans un monologue fantasque. Hors de notre temps ? Pas vraiment, à côté plutôt…

Sylvaïn Nicolino : Jessie, je me souviens d’un concert à Paris en 2005 avec les Vanishing qui était plus hot que du free jazz. Avec ce nouveau disque, bien éloigné de tes débuts, peux-tu affirmer que pour toi le rock’n’roll doit se montrer sauvage, doit se rapprocher du happening artistique pour exister ?

Jessie Evans : Rien n’est valable si ce n’est pas fait avec une passion totale, avec tout l’amour possible. Tout le monde est prêt pour une nouvelle évolution du rock’n’roll ou de quoi que ce soit d’autre. Les choses perdent de leur intérêt car c’est au sens propre les derniers jours d’un monde matériel et que nous ne savons pas ce qui nous attend. Tout le monde doit avoir conscience que nous avons créé ce monde dans nos esprits, avec nos cœurs, alors on devrait se concentrer sur nos rêves, sur ce qui peut devenir vrai. Un nouveau royaume naîtra de nos imaginations, nous sommes les enfants des révolutions, réinventons tout ça, passons au niveau supérieur. Oui, il faut que ce soit sauvage, si tu veux te libérer et secouer toute cette merde.

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Tu as vécu et voyagé dans plusieurs villes, plusieurs pays, dans lequel penses-tu qu’une nouvelle scène musicale émerge ? Ou peut-être cette moderne fusion de scènes est-elle possible durant des festivals ?


Partout des gens font émerger des choses. Je suis amoureuse de Sao Paulo, de la scène musicale de Pitshu (Angola/Brazil) qui vient de sortir un album produit par Victor Rice. J’adore Afrodita qui vient de Mexico et j’aime aussi Extra Action Marching Band qui sont d’Oakland.

Tes paroles sont souvent drôles, avec un côté naïf, une candeur qui dans un certain sens se transforme en sarcasme féroce (comme sur le titre « Glittermine »), c’est bien ça ?

Je crois que les meilleurs paroles viennent quand tu n’essaies pas d’écrire. J’apprécie la pure honnêteté. Écrire une chanson, ça revient à pêcher. J’entends les mots alors que je marche dans la rue et j’essaie ensuite de les coucher à l’écrit. Je ne suis pas une chanteuse parfaite, mais je fonctionne à l’instinct et je crois dans le pouvoir de la musique et des mots. Je veux m’inscrire dans une constellation, peindre les images. Les paroles de « Glittermine », je les ai écrites la nuit où je jouais dans le bar cosy d’un superbe théâtre, le Sodra Teatern à Stockholm. J’étais dégoûtée à l’idée de jouer dans un hall alors qu’il y avait une scène dans un théâtre vide datant de 1859 juste à côté. Je me suis promenée avant le concert, en chantant ces mots tout en respirant et ça m’a calmé. Je trouvais ça si injuste, comme si je devais payer quelque chose dans cette vie… Et alors j’ai compris qu’à chaque fois que je n’ai pas ce que je veux, c’est parce que je ne donne pas tout ce que j’ai. À ce moment, je pensais combien je valais mieux que ce qu’on me donnait et comment je devais appartenir dans une vie passée à un monde, où, peut-être, je jouais dans des théâtres somptueux, au début du XXème siècle, ou dans ces années-là. Et je me suis mise à réfléchir à tous ces gens que je connais qui sont partis de rien, qui ont reçu le monde dans leurs bras et l’ont perdu finalement : (Josephine Baker, Louise Weber “La Goule” (celle qui inventé le french can can ! ), Michael Jackson, Amy Winehouse …

D’une certaine façon, j’ai écrit cette chanson en pensant à eux, tu vois ce n’est pas spécialement sur l’argent, mais c’est sur l’amour. C’est ce dont parle cette chanson, n’est-ce pas drôle de voir comme on est attaché à nos privilèges, donne-nous ton argent et je te montrerai ce que c’est que de l’argent, n’est-ce pas triste et drôle à la fois de voir que tu peux avoir tout en mains, mais en fin de compte être abandonné de tous ? C’est de l’entertainment, ça vaut le coup, un corps, un cœur, c’est plus que ce que quiconque peut acheter. Ces paroles : « mieux que des diamants que tu trouverais » sont venues parce que j’ai récemment trouvé une bague avec un diamant dans une salle de bains, j’étais si excitée de voir que c’était vrai, alors qu’en fin de compte, c’était du toc : « parce que tu ne peux jamais contrôler l’intensité des paillettes » signifie que tu ne peux pas garder l’amour à l’air libre, quelles que soient les circonstances de la vie, tu peux te libérer, sentir l’amour, le partager, y croire, car c’est tout ce que nous sommes : de l’amour.

http://jessieevansglittermine.tumblr.com/

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