Jessica 93 – concert aux Pavillons sauvages, Toulouse, 26 janvier 2019

28 Jan 19 Jessica 93 – concert aux Pavillons sauvages, Toulouse, 26 janvier 2019

Plutôt excentrés dans le quartier des Minimes, Les Pavillons sauvages sont un lieu associatif géré de façon très conviviale (par un regroupement d’associations culturelles et sociales, incluant un laboratoires d’idées de vie partagée) : un hall d’accueil avec le bar, les tables de merchandising, les belles affiches des soirées précédentes bien en vue, des toilettes qui fuient, mais qui permettent les discussions : autocollants sur la contraception masculine ; un(e) trans qui explique en se marrant tout l’intérêt de pouvoir pisser debout, malgré le challenge de ne pas arroser la jupe retroussée ; lecture des innombrables slogans et graff’ donnant une vision du monde hédoniste. Un espace extérieur sympathique avec arbres rabougris, jeux d’enfants et petite zone terrasse. Enfin, une salle sous-dimensionnée pour ce soir, mais que l’on qualifiera d’intimiste et de collaborative.

En chemin vers la salle, nous avions croisé une jeune femme, cannette de bière à la main et la parole facile ; c’est elle qui nous avait introduit au lieu, en vantant la cordialité des habitués, « les gens sont sympas, vous verrez ».

Et, effectivement, on se garde les places devant la scène, on se sourit, ça discute vite fait bien fait, ça se frôle pour passer, sourire à l’avenant.

L’entrée est soumise à adhésion à l’association-mère (régime des soirées privées), à 1 €, puis la participation est libre. Les prix des boissons sont minimes – pour ceux affichés – et là encore pour la majorité des autres, on laisse ce qu’on veut.

Des deux groupes de début de soirée (il y a marqué 20h, tablez plutôt sur 21h, sauf si vous pouvez profiter plus tôt de la soirée et de la chouette ambiance), je retiendrai Parking Dance, œuvrant dans une sorte de new wave légèrement noise. Les Black Salvation donneront un show seventies, doomesque, assez lourd et envoûtant, même si dépourvu de fulgurances hargneuses (la voix du chanteur a cependant la tessiture pourtant idoine pour cet exercice de la rage expulsée).

Ce soir, Jessica93 (quatre-vingt-treize ou neuf-trois ?) se produit en solo. Après la tentative d’un spectateur de lancer un « Tout le monde déteste la police » peu fédérateur (rappelons que ce soir, une Nuit Jaune est annoncée sur Paris et ailleurs), Geoffroy Laporte se lance, revêtu d’un T-shirt Black Flag*. Il n’y a pas à dire, c’est la meilleure configuration. Geoffroy, seul à bord, s’affirme comme responsable de ses boucles, de leurs rythmes et de son jeu.

Cette liberté d’interprétation lui permet de sentir au mieux les titres et leur conduite : ainsi, il n’hésitera pas, durant la grosse heure de concert, à saloper ses fins, les unes après les autres, concluant faussement les partitions en arrêtant tout. Cela donne un aspect instantané aux compositions, ne gardant d’elles que les montées et la phase d’hypnose, cassant et frustrant les possibilités d’immersion qui seraient trop fortes, trop faciles. Petit à petit, ce jeu dévoile et met à nu une technique, révélant les trucs de Jessica93, comme un magicien qui se refuserait à être adulé, préférant une célébration partagée, un partage inconfortable au cours duquel il ne serait pas un gourou. Etrangement, cette simplicité brute lui sied et renforce l’aspect fort sympathique du bonhomme, accessible et simplement artiste-musicien.

Le choix de cette salle (c’est lui qui a proposé cette date aux Pavillons sauvages) répond à un besoin de réalisme : le rock, c’est cette improvisation, cet échange en vis à vis direct. Et l’acceptation des conditions précaires. Dès le début le technicien de la salle l’informe d’une perte du son avec des aigus bien trop présents, alors à voix haute, Geoffroy explique qu’il est pourtant à zéro, qu’il ne sait pas pourquoi ça sonne ainsi et… qu’à cela ne tienne, il fera le concert sans se prendre la tête. « Karmic Debt » n’en souffrira pas. Un peu plus tard, c’est sa sangle de guitare qui se décroche : pas de souci, il la remet en place, avec calme, sans se départir de sa concentration et de son désir de donner.

La sueur mouille progressivement ses cheveux, sa position se fait plus penchée sur le micro, l’embrassant presque alors qu’il susurre ses textes. Le visage progressivement caché se fait angélique, captant les regards. La sensualité du jeu de la basse se fait plus forte, les cordes vibrent et résonnent, jouées note à note ou en accords écrasants, avant que la guitare ne prenne le relais, sur chaque final, brouillant les titres en envolées extatiques. La musique de Jessica93 bascule dans la sensualité, dans la communion, les bras s’élèvent en rythme et les couples s’embrassent et se pressent (notamment sur le slow « Bed Bugs » extrait de Guilty Species).

Une nouvelle fois, on succombe à la force du tube Sistersien en diable : « Asylum ».

Geoffroy annonce qu’« Inertia » sera son dernier titre, il le joue et soigne la fin, lançant enfin une petite musique de transition : il n’y aura pas de cirque du rappel, la salle a eu son compte si l’on en juge les mines ravies avec une majorité de titres extraits de Rise.

Dehors, c’est bondé, tout le monde n’a pas pu entrer dans la salle, mais le principal est là : nous y étions, et c’était bon, et ça faisait du bien.

* Dans la salle un autre type avait un patch reprenant la phrase anglaise : « Nous ne voulons pas simplement notre part du gâteau, c’est toute la pâtisserie que nous devons braquer ! »

https://jessica93.bandcamp.com/

Photos par Jesse Overman

https://www.facebook.com/jesse.overman1

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