Jacques Thorens – Interview Bonus Obsküre Magazine # 27

11 Fév 16 Jacques Thorens – Interview Bonus Obsküre Magazine # 27

Supplément de notre entretien avec Jacques Thorens autour du livre Le Brady, cinéma des damnés (Verticales) paru dans Obsküre Magazine # 27.

Obsküre Mag : L’envie d’écrire sur le Brady est venue d’où et y avait-il eu d’autres tentatives d’écriture avant ?
Jacques Thorens : Cette envie est venue du fait que j’ai travaillé au Brady, c’est donc une histoire vraie. Avant j’écrivais des scénarios. La littérature m’avait toujours paru trop élevée. Raconter le Brady c’était avant tout prendre des notes pour raconter aux amis. Puis j’ai tellement pris de plaisir à écrire ça, cela m’a poussé à développer. Pendant des années, je n’ai pas pu le publier car le Brady appartenait toujours à Mocky. Donc je ne pensais pas pouvoir le publier et en plus cela demandait beaucoup de recherche. J’ai laissé ça trainer pendant dix ans. Durant cette période, j’en ai écrit trois autres qui sont plutôt des romans pas des récits, même si on s’inspire toujours de choses que l’on connaît. Au final, c’est ce livre qui est publié en premier.

La structure est venue d’elle même ou il y a eu pas mal d’expérimentations avant?

Longtemps j’ai cherché des livres qui pourraient ressembler à ça et j’ai pas vraiment trouvé, même si ça existe sûrement. La première chose que m’a dite l’éditeur, c’est que cette structure l’a impressionné. C’est vrai qu’il y a une dynamique et un lien entre chaque sujet. Peut-être par le regard ? Entre le destin de Mocky et celui du Brady je vois un lien. Puis tout était bizarre. On a en revanche coupé tout ce qui pouvait être hors sujet. C’était comme un livre monstre qui amenait à une dizaine de sujets différents, et le but c’était de ne pas se perdre. Il reste des passages à la limite de la sortie de route. Mais j’espère que ça passe. Mocky est un vainqueur tout en étant un perdant, c’est ce que je trouve fascinant dans son personnage d’ailleurs. Ses multiples facettes. On en voit surtout une à la télé, on regarde pas toujours ses films et ses films sont très variés aussi, on peut aussi passer à côté de quelque chose.

Vous avez dit qu’il y avait pas mal de notes au départ, mais aussi de la recherche. Y a-t-il eu besoin de revenir sur les lieux, retrouver les personnes ?
Oui, sinon le livre n’existerait pas. J’ai bossé là bas trois ans mais il y a beaucoup de choses auxquelles je ne faisais pas attention. En écrivant on se dit, tel événement comment il s’est passé, tel lieu à quoi il ressemble. On est obligé de revenir, d’observer. L’observation ne s’est pas faite depuis le départ. J’ai dû revoir pas mal de films aussi parce que je n’avais pas tout vu et quand j’étais sur place je n’avais pas forcément le temps de voir les films non plus. Quand des personnes me racontent des histoires invraisemblables, j’essaie d’interviewer une autre personne pour voir s’il va la raconter de la même manière. Est-ce qu’on me mène en bateau ? Au départ, je discutais avec eux plus pour les provoquer sur des sujets au lieu de prendre des notes devant eux. Du moment qu’ils ont su que j’écrivais un bouquin ils ont commencé à me raconter des craques. Quant à Mocky, j’ai tenté de montrer qu’il est multiple. Il est radin mais sa radinerie a un sens.

Le Brady aujourd’hui ça n’a apparemment plus rien à voir. Est-ce qu’il n’y a pas le risque que les gens y aillent en se disant on va revivre ce qu’il y a dans le livre ?
Tant mieux, ça leur fera un peu de clients. Il y a aussi beaucoup de personnes qui pensent que le Brady n’existe plus. Certains pensent que le Brady est mort en 1994, d’autres ne connaissent que le Brady actuel, il y a tous les cas de figures. C’est un cinéma d’art et essai, qui passe parfois des films d’action turcs mais globalement c’est un cinéma tout neuf, ils sont contents que le livre existe mais ils passent de l’art et essai, donc ils ne veulent pas forcément être associés à ce qu’on peut lire dans le livre.

Le livre présente toute une galerie de grotesques, il y a un personnage avec un slip sur la tête, un autre avec un singe. Il y a un magasin qui se nomme Anne Frank et tout un tas de détails assez délirants. Du coup, on sent aussi votre personnalité à travers ce regard qui s’attarde sur ces détails.
C’est sûr que j’ai tendance à voir tout d’une façon grotesque, c’est une particularité de ma façon d’être dans la vie. Effectivement tout le monde se fout qu’un magasin se nomme Anne Frank. Le chinois qui bosse dedans s’en fout. Il n’y a que moi qui m’excite dessus. Ça ne s’écrit pas tout à fait pareil mais ça m’intrigue. C’est proche du Sentier. Il y a beaucoup de Juifs qui possèdent les murs ou qui avant avaient des boutiques et à présent que le quartier a changé, ils louent les boutiques à d’autres commerces. Il faut savoir que le numéro 1 des cosmétiques pour les Blacks c’est un Juif, il embauche juste des Nigériens pour le tenir. On pourrait se dire ce ne sont que des Africains entre eux. Mais non. A un moment je décris une épicerie africaine, le vendeur est pakistanais et le patron est juif.

Tous ces détails c’est très visuel. On dit souvent qu’un premier boulot ça dicte ce que sera la suite et on dit aussi qu’un premier roman c’est toujours autobiographique. Pour le coup ça l’est vraiment.
Oui.

Dans les personnages il y a par exemple Laurent le bissophile et ses éloges de Cannibal Holocaust. On sent de votre côté un vrai amour pour le film Ilsa la louve des SS, qu’est-ce qui vous a tant marqué dans ce film ?
Ah oui, vous trouvez ? J’en parle beaucoup mais vraiment il est naze ce film. Il me fascine parce qu’il est complètement aberrant. Quand je l’ai découvert, je ne connaissais pas ce genre de films. Après j’ai découvert qu’il y en avait plein. Le fait d’écrire sur des films comme Baise moi, ça crée un rapport particulier. Du coup, quelque part on s’attache à des films… Mais c’est vraiment une merde ce film quand même. Ce qu’il y a de mieux dans ce film ce sont les nichons de la meuf et les scènes de torture, c’est dire ! Le reste ce sont des scènes foireuses, mal jouées, ça n’a aucun intérêt. Le seul intérêt c’est d’écrire dessus. Après j’ai découvert qu’il y avait des fans. Mais dans le cinéma Bis, j’ai des limites. Par exemple, pour les films de cannibales, à part Cannibal Holocaust que je trouve intéressant, le reste est super chiant, c’est toujours la même histoire, des cannibales qui bouffent de la tripe et des occidentaux perdus dans la jungle. Il y a des styles qui ne me fascinent pas autant que le giallo, le western spaghetti ou des films d’horreur qui tiennent la route, mais avec les cannibales ou la nazisploitation, on est à la limite du sous genre un peu baltringue.

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Mais dans ce cinéma Bis, il y a eu de grandes découvertes ? Des claques ?
Oui, mais c’est pas forcément au Brady, ça peut être Le corps et le fouet de Mario Bava dans le genre classieux et chef d’œuvre. Après, il y a les classiques comme Massacre à la tronçonneuse, Freddy sort de la nuit. Je pourrais citer La Résidence, pas très connu mais qui est vraiment magnifique. Fulci.

En plus des films projetés au Brady, vous revenez quand même sur l’histoire du cinéma d’exploitation. Il y a des chapitres sur la censure puis on en arrive à des films qui sortent totalement de l’exploitation vu qu’il est même question de Harry Potter.
Ça c’était la période où Gérard le programmateur voulait passer les films de Mocky plus quelques films normaux au milieu. Ça crée des mélanges assez cocasses. C’est difficile de faire un cinéma qui soit à la fois art et essai porno et pour les enfants. En même temps il y a toujours eu un côté étrange au Brady . Dans les années 70/80, des personnes de douze ou quatorze ans allaient au Brady pour voir des films d’horreur qu’elles pouvaient aller voir. Et il y avait l’ouvreuse qui était toujours dans la salle et qui surveillait les tarés qui étaient à côté : Non Michel tu restes à ta place ! Il y a toujours eu des patrons et des employés qui s’adaptaient à une faune, et en même temps ils faisaient la loi. Ils essayaient de permettre à tout le monde de voir les films dans des conditions plus ou moins potables. Dans les années 70/80 il y avait beaucoup de salles comme ça mais dans les années 2000 il ne restait que le Brady et le Paris Ciné. des cinémas de quartier quoi.

Le Brady a perduré selon vous parce qu’il n’a pas passé de porno dans les années 70 comme l’ont fait tous les autres.
Oui, concrètement pourquoi le Colorado ou le Midi Minuit auraient fermé sinon? Il n’y a pas de raisons autres. Car tout de suite ces salles n’ont passé que du porno. Les riverains veulent rarement avoir un ciné porno à côté de chez eux. Aujourd’hui même il y a des cinémas qui sont constamment en menace d’expulsion (les cinémas d’art et essai par exemple) parce que les propriétaires veulent indéfiniment monter les prix. Ce qui fait que ça ne marche pas, c’est parce qu’ils font de l’art et essai. Donc les mairies de quartier voient les permis de construire qui passent mais elles disent non et ne permettent pas. On défend la culture en France, sinon il n’y aurait plus de cinémas. C’est plus facile d’ouvrir un Sephora que de garder un cinéma. Mais quand c’est un cinéma porno, il n’y a personne pour vous défendre. La mairie va rien faire, les riverains non plus. C’est comme ça que j’en suis venu à cette conclusion. Finalement les propriétaires de cinémas n’ont pas de frais, car un propriétaire d’appartement doit quand même rénover, mais là ce sont les cinémas qui prennent en charge. Ils se contentent juste de récupérer de l’argent. Ce sont des salauds (rires).

Il y a cela dit des pornos qui auraient été tournés dans le Brady, de Mario Salieri.
Oui, il en a tourné trois.

Il y a même eu une séance caritative avec Gorge Profonde !
Oui, on n’était pas un cinéma porno mais on en passait de temps en temps. Mais ça c’était sous la période Mocky et c’était des pornos chic on va dire et très connus. On mettait en avant le côté patrimonial.

Oui, aujourd’hui ce sont des films de cinémathèque.
J’ai demandé à la cinémathèque pourquoi ils pouvaient passer du porno. et quelque part une cinémathèque ne répond pas à la loi, ils font ce qu’ils veulent. Ils ne dépendent pas du CNC, ils sont là pour montrer des films et ils ne dépendent pas des lois qui régissent les autres cinémas. Le Brady n’avait pas forcément le droit de faire ce qu’ils faisaient mais tant qu’on leur a pas tapé sur les doigts, ça continuait. Puis à un moment ça s’est arrêté. Et il n’y avait pas beaucoup de clients non plus. Ils n’ont pas fait fortune en faisant ça.

A l’époque vous jouiez la guitare au guichet, à un moment vous chantez « Les Bucherons » des Bérus, il y a eu une tentative aussi de concert avec les Washington Dead Cats. Quelle est votre culture musicale? On sent qu’à l’époque la musique c’était très important pour vous.
Oui, à une époque c’était plus important que tout le reste. J’ai été métalleux, gothique lignée Cure/Joy Division mais je suis très ouvert, j’écoute Tom Waits, Bjork, Einstürzende Neubauten, j’écoute même du rap. Mais c’est vrai que j’ai tendance à revenir vers la musique punk, metal, mais aussi la musique de film, contemporaine, classique. C’est assez varié tout en étant souvent obscur. J’aime les musiques mélancoliques, violentes, déglinguées ou originales voire tout ça en même temps. Je me suis quand même surpris à faire des concerts plus violents avec Kap Bambino par exemple, de la pop electro mais avec une ambiance de bourrinade dans le public puis me retrouver à un concert de Slayer en me demandant pourquoi je suis le seul à bouger. Il y a des paradoxes musicaux. Les choses changent.

Le sexe est pas mal abordé dans le livre. Par exemple vous dites que selon les pratiques il y avait des cinémas plus ou moins spécialisés. Pour l’échangisme c’était au Mac Mahon, et au Brady, c’était plutôt les homos du 3e âge et plutôt maghrébins.
Là on parle de périodes différentes, je pense que dans les années 70/80 il y avait aussi des jeunes qui se rencontraient au Brady. Ils ont vieilli et c’est peut-être eux qui reviennent en l’an 2000. Même s’il y avait quelques jeunes mais c’était douteux. Ils repartaient vingt minutes après donc peut-être qu’ils se prostituaient. Pour le Mac Mahon, c’était dans les années 70. Mais c’est une époque où même sur l’Arc de Triomphe on faisait des partouzes. Pourquoi pas au Mac Mahon? Il y avait une ambiance de libération et les gens se lâchaient. Des spécialités je sais pas, car même dans les cinémas porno hétéros, il n’y a que des hommes qui y allaient. Peut-être ils auraient bien voulu qu’il y ait une femme, mais vu qu’il n’y en avait pas, ils se rabattaient sur des hommes. C’est un peu étrange. Je pense que les femmes ont vite déserté ce concept du cinéma porno. Il n’y en a pas beaucoup qui osent. Même au Brady, il y en avait qui venaient pour faire ça, soit des obsédées soit des prostituées, mais elles n’étaient pas nombreuses.

Vous parlez des toilettes où personne ne sait ce qui se passe. Des personnes qui ressortent qu’on n’a jamais vu rentrer, etc.
Un endroit où ils pouvaient se lâcher car dehors ils ne se lâchaient pas vraiment. Le lieu est petit mais des personnes m’ont dit qu’elles n’étaient jamais allées aux toilettes au Brady, elles ne voulaient même pas savoir ce qui s’y passait. On savait qu’il s’y passait des choses bizarres mais sans trop vouloir savoir ce que c’est. Nous étions obligés d’aller mettre un peu d’ordre car ce n’est pas possible d’en faire trop non plus.

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Dans les femmes, il n’y a qu’une seule des habituées qui est abordée, c’est Mado… Mais après c’était essentiellement masculin au niveau des habitués.
C’est sûr que ça faisait fuir un peu les femmes. Après, j’ai pu voir Ovidie venir voir Gorge profonde. De temps en temps il y avait de belles femmes qui venaient. Mado elle avait un couteau au cas où un homme l’aborde, mais c’était plus des regards ou des paroles que des agressions, quoique pour certaines personnes ça peut suffire pour se sentir agressé. Il y avait beaucoup d’hommes frustrés et pauvres donc c’était pas forcément le meilleur endroit pour être tranquille quand on est une femme. Et les prostituées bulgares ne rentraient pas dans la salle. Elles restaient dans le hall et elles travaillaient. Ce n’était pas des clientes.

Oui, on voit la vie du quartier qui est en changement permanent, les bulgares après les chinoises. A un moment vous citez le film Prochainement nulle part où c’est une approche très mélancolique des vieilles salles de cinéma qui ferment, presque à mettre les larmes aux yeux. Vous partagez aussi cette forme de nostalgie et de mélancolie?
Il y a une forme de nostalgie mais qui a été transformée en livre. Le livre rend ce monde vivant. Mais effectivement quand je vais au Brady et que je vois des restes du passé, je me dis que c’est le passé et que ça ne reviendra plus. Mais j’essaie de vivre de belles choses maintenant, je peux juste me lamenter sur le manque d’originalité des cinémas, c’est toujours art et essai, blockbusters et tous sont un peu pareil. C’est l’aspect déprimant.

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Le Brady avec son système de cinéma permanent était en soi un anachronisme car c’était un fonctionnement qu’on trouvait trente ans auparavant.
Apparemment des personnes demandent encore dans des cinémas normaux si elles peuvent rester, mais c’est comme les personnes qui parlent en anciens francs alors qu’on est déjà passé à l’euro.

J’aime bien les passages où vous citez les titres de films. Un titre favori?
J’irai verser du Nuoc Nam sur tes tripes. J’aime bien les double programmes, comme Le bossu de la morgue et Nuit d’amour et d’épouvante. Cela fait des mélanges drôles. Bacchanales infernales et La vampire nue. Quand il y en a deux, ça devient plus fou.

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Et ces marchés parallèles vont à l’encontre du respect des copies. Les projectionnistes faisaient du commerce clandestin, ils coupaient des scènes d’horreur, etc.
Jean Pierre Dionnet m’a avoué avoir commandé des bouts d’images d’une certaine actrice. Dans les projectionnistes, il y avait beaucoup de baltringues sans être méchant. Ils avaient mauvaise réputation mais pas forcément à tort. C’était souvent des marginaux, même dans mon cas. Choisir ce métier, c’est dans l’idée de s’enfermer et de voir personne. On s’enferme dans une cabine obscure et on ne vient pas nous déranger. On est comme les maîtres de l’antre. Parfois les gars sont un peu désœuvrés, alcooliques. C’est un métier qui attire quand même les cas sociaux. Mais c’est un métier qui n’existera bientôt plus. Dans les nouveaux contrats, il n’y a pas écrit projectionniste mais employé polyvalent.

Sur cette expérience humaine qu’a été le Brady, qu’est-ce que vous avez tiré par rapport à la personne que vous êtes aujourd’hui?

Le lieu a amené le bouquin, et du coup ça a fait de moi un écrivain, vu qu’on me demande d’en écrire d’autres. Bon après il faut avoir quelque chose à dire. Cela m’a donné plus d’humour, c’est sûr, ça l’a accentué. Il y a un monde fou qui existe, des films fous, et peut-être que je ne cherchais pas assez avant. Cela m’a ouvert les yeux sur les gens, au niveau culturel, ça m’a enrichi c’est sûr. Il y a des boulots qui annihilent, qui abrutissent, j’ai bossé dans d’autres boîtes et j’aurais pas 350 pages à écrire sur elles, éventuellement quelques pages d’insultes mais c’est tout. Le monde du travail n’est pas drôle tous les jours et là on était en rapport avec la misère, mais on pouvait être fou et l’assumer. Il n’y a pas beaucoup d’endroits où on peut être comme ça.

Le fait que ça se passe dans un cinéma amène malgré tout un émerveillement de gamin…
Concrètement une personne qui bosse dans un cinéma, elle ramasse les papiers, on peut très bien ne faire que recevoir des clients qui se plaignent tout le tps, s’occuper de plomberie et ne voir aucun film.

Ou supporter le viol de Baise moi, qui vous fait péter les plombs.
Oui, c’était particulier. C’est pas dans tous les cinémas qu’on entend ce genre de cris. Faut dire qu’on l’a passé six mois, ça faisait beaucoup.

BRADY

http://www.editions-verticales.com/

 

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