Jacques Higelin est mort : souvenirs

06 Avr 18 Jacques Higelin est mort : souvenirs

1985 : mon premier gros concert : Higelin à Bercy, pour la tournée . Je me souviens d’un show à l’américaine avec la scène qui s’escamote. Quelques mois ou années avant, une sorte de clip pour illustrer la chanson coquine « Attentat à la pudeur » avait été diffusé à la télévision. Délices du show décadent.

Bien plus tard, pour la tournée de Genre Humain, Brigitte Fontaine œuvre en février 1996 dans la salle du Café de la Danse. A la fin du spectacle, Arthur H et Jacques Higelin l’encadrent et lui tiennent chacun une main pour saluer avec elle le public. Elle s’esquive, un pas en arrière, et les mains du père et du fils se lient. Quelques années passent encore, je travaille dans un modeste restaurant de six tables, rue Trousseau dans le XI° (on y mangeait trèèèès bien), Higelin en avait fait sa cantine de temps à autre. Ce soir-là, il y est, avec une grappe de copains. Discret, poli, rieur. Il paya l’addition à la fin sans omettre le pourboire et le petit mot sympa.

Entre 1982 et, mettons le tournant des années 1990, j’ai grandi avec cette figure musicale en bruit de fond. Un lien entre la poésie de Charles Trenet (le mot juste, l’aspiration céleste qui ne craint pas la naïveté enfantine) et le rock punkifié, puis les resucées d’une période Beatnick surréaliste. Impossible de circonscrire son art en peu de mots car Higelin, ce fut aussi le jazz et un liant vers l’afro-beat (Higelin 82 : chanteur en noir et blanc, bien plus sec qu’un Charlélie Couture), ainsi qu’une sévère attirance pour une chanson rieuse, parfois trop variété pour moi.

Que retenir alors ? Des suggestions personnelles… : la vivacité de « Dans mon aéroplane blindé », la vulgarité bandante de « Trois Tonnes de TNT », la mélodie forte d’« Irradié », l’acidité mélancolique de « L…. comme Beauté », le mélodrame de « Lettre à l’Amie de l’Ennemi public n°1 », le fou chantant de « Pars », qui se fait délirant de volubilité sur « Higelin, tombé du Ciel », un premier pincement sur la « Lobotomie / Autonomie » (après il y aura les Bérus, et plus récemment Sexy Sushi pour chanter cette ablation – trituration, superposant les significations), le gothique flamboyant de « Champagne » (Les Damned de Phantasmagoria s’en souviendraient peut-être…), les jets d’urine, les cris d’un caméléon, la joie terrible du père qui gomme les précédents tout à sa joie d’être papa dans « Ce qui est dit doit être fait » dédié à Izïa. Et puis des chœurs d’enfants chantant l’Amour, un homme puisant dans l’innocence la force des émotions vraies, libres, éclatantes. Et la colère.

Bye-bye.

« Que toutes les putes de l’enfer
Se brossent la chatte et les couilles
Devant la maigre dépouille d’un sucker » (extrait d’« Avec la rage en d’dans »)

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