Interview Pedro Peñas Y Robles – Joy Division, « Paroles de Fans »

14 Avr 18 Interview Pedro Peñas Y Robles – Joy Division, « Paroles de Fans »

Quels ont été tes états d’esprit en rédigeant ce livre ? Je pense à ces dernières pages où tu parles de ta fille et de tes anciens amis décédés.

Juste avant l’été dernier, Faustine Sappa, la Directrice de la Collection « Paroles de Fans » chez Camion Blanc m’a contacté pour me demander si je me sentais d’écrire un livre sur Joy Division et sur l’impact que ce groupe culte de Manchester avait pu avoir sur ses fans et sur la musique en général. Bien entendu j’ai accepté tout de suite et j’ai écrit ce livre et mené les entretiens avec tous les intervenants en moins de six mois.

Parler de Joy Division m’a plongé dans de vieux souvenirs, une sorte de thérapie qui n’a rien de morbide, et forcément quand on ressasse le passé on se rend compte de l’absence et des moments de magie vécus avec la plupart de ces amis disparus. Même si aujourd’hui je vois la vie d’une façon bien plus lumineuse que durant mon adolescence. Effectivement ma fille aînée m’a fait remarquer, peu de temps avant que l’idée du livre n’émerge, que des camarades de lycée portaient encore aujourd’hui ces t-shirts de Joy Division dont elle a toujours vu l’iconographie à la maison, dans ma collection de disques ou de livres. Comme toute personne de mon âge, j’ai vu des amis partir, souvent par accident, ou parfois suite à des excès dont j’ai fini par reconnaître qu’ils ne nous rendent pas meilleurs mais qu’ils nous ont fait percevoir le monde d’une manière plus acceptable à une époque où nous avions du mal à accepter notre propre condition humaine.

Et donc, tu es passé par quels sentiments ? De la nostalgie, de l’émotion en repensant aux amis disparus, de l’affection dans les passages où tu relates tes échanges avec ton aînée, de la fierté de monter ce projet et d’obtenir les réponses, de la peur de passer à côté et de ne pas sortir ce que tu voulais ?

J’ai plutôt ressenti des émotions assez étranges, mais pas de la nostalgie. Peut-être un peu de regret de n’avoir pas fait certaines choses quand j’aurais dû, mais je n’ai pas le temps de m’apitoyer sur le passé, seul le présent m’intéresse.

Ecrire un livre c’est une première pour moi et je suis fier de ce premier ouvrage qui m’a replongé dans une période difficile de ma jeunesse liée à toutes formes de passions destructrices, d’amours et de causes perdues, mais aussi à des découvertes musicales inconcevables aujourd’hui avec cette forme d’uniformisation à laquelle l’époque actuelle nous habitue, et que j’ai toujours combattue avec force et conviction.

Cela dit, si l’aura de ce groupe se conjugue souvent au passé, on se rend compte encore aujourd’hui de ce legs qu’ils ont laissé dans l’histoire de la musique, bien au-delà des cercles Cold ou Goth dans lesquels certains fans ont voulu enfermer ce groupe durant les années 80.

Comment as-tu choisi les gens qui interviendraient ? Il y a eu un effet boule de neige ?

J’ai d’abord établi un plan dans lequel j’ai intégré divers artistes que je savais fans de Joy Division, puis j’ai fait un appel à témoins sur la page de notre label Unknown Pleasures et une partie des fans et des musiciens que j’ai interrogés m’ont contacté par eux-mêmes pour me parler de leur passion pour ce groupe. J’en ai contacté d’autres directement par le biais de Facebook et j’ai tenté de mettre en exergue l’influence du son de Joy sur leurs propres vies ou à travers de leurs œuvres. La partie avec The Hacker a été géniale car c’était dans le cadre de l’anniversaire de David Carretta et j’étais déjà bien allumé au moment de son interview !

Et sur les dernières interventions, je pense à la jeune Léa, à Philippe le prof, à Laude, enseignant aussi : c’est via facebook, c’est copain de copain ? [Lire la chronique du livre ici]

C’est venu du réseau social oui, le père de Léa m’a contacté pour me dire que sa fille de dix-neuf ans était fan de Joy. Des tas d’autres fans ont vu mon annonce sur notre page FB du label qui est assez suivie et puis c’est allé assez vite.

La peinture Salida, d’Axel Miret, quel lien (en dehors du titre, de l’image elle-même) établis-tu entre elle et ce livre spécifiquement ?

Axel est un client du label mais aussi un artiste peintre, il a souhaité raconter sa passion pour Joy Division et au moment de m’envoyer ses réponses il m’a fait parvenir également quelques peintures inspirées par Ian Curtis et sa bande, j’ai gardé pour illustrer le livre celle qui me paraissait la plus évidente, compte tenu du sujet. « Salida » en espagnol veut dire « Sortie ». Au moment de commencer à rédiger le manuscrit, je venais de relire deux grands livres A rebours d’Huysmans (1884) avec ce personnage fascinant, Jean des Esseintes, symbole de la décadence dix-neuvièmiste, dégoûté de la réalité et sans cesse à la recherche de sensations rares et des plaisirs nouveaux qui le mèneront jusqu’à la folie et l’hallucination. L’autre ouvrage que j’étais en train de lire juste avant la rédaction du livre c’est Mishima, modernité, rite et mort d’Henri-Alexis Baatsch, une biographie de ce fameux écrivain japonais qui se fit hara-kiri le 25 novembre 1970 lors d’une prise d’otage au centre de Tokyo. L’un et l’autre, Huysmans et Mishima, sont un peu pour moi des figures de ma jeunesse estudiantine, l’un se convertira au catholicisme et l’autre se suicidera. Avec le recul j’ai appris que le vrai courage c’était de vivre et d’affronter le monde tel qu’il est.

Qu’est-ce qui t’a surpris dans les réponses des gens, en général ? La ferveur de certains ?

Ce qui m’a surpris, c’est cette stupeur dans laquelle se sont retrouvés plongés les protagonistes de mon livre au moment où ils ont découvert pour la première fois la musique de Joy Division.

J’ai appris des choses en écrivant, notamment ce qu’a pu apporter Joy Division, au-delà du genre musical Cold Wave, à d’autres artistes de sphères musicales relativement différentes, ce son minimaliste et sépulcral, une forme d’ascèse instrumentale, les effets de Martin Hannett, etc. J’ai aussi été touché par quelques anecdotes racontées dans mes pages, notamment la rencontre de Christophe Demarthe de Clair Obscur avec Ian Curtis dans un bistrot de Manchester avant la sortie d’Unknown Pleasures. Et puis cette extraordinaire description du climat social horrible de cette Angleterre Thatchérienne, dont nous parle si bien Mark Reeder, le réalisateur et musicien ami de Ian Curtis.

Non, franchement, ce livre est vraiment super pour tout fan de Joy qui se respecte et qui pense déjà tout connaître du groupe. Alors, bien sûr, il y aura toujours ces quelques mange-merde habituels pour vomir leur dédain sur leurs tristes murs facebook sans avoir lu le livre, mais tu me connais j’ai le cuir solide et ce genre de réactions m’en touche une sans bouger l’autre (rires).

Entre ta publication du live et le tribute d’Infrastition, Transmission : 30 Years with(out) Ian Curtis, les labels indépendants français ont su saluer Joy. Penses-tu, comme d’autres, que la France des années 2010 se rapproche de l’Angleterre de la fin des années 70 ?

Il y a un peu de ça mais bon, Macron n’a rien à voir avec Thatcher, il est bien pire ! Nous vivons une époque de perte de valeurs et de délitement des combats. La laïcité est attaquée tous les jours, y compris par le Président de la République, les ghettos sociaux continuent à alimenter les poches de délinquance, à entretenir la violence et le fondamentalisme, et personne ne retient les leçons du passé. Il faut de la fermeté mais aussi de la compréhension, si tu ne proposes pas d’autre chose aux jeunes que le consumérisme et l’opportunisme faut pas s’étonner que la société tourne mal ! Et puis la télévision est au moins aussi responsable de l’inculture de la jeunesse actuelle que l’Education Nationale complètement à la ramasse.

Je suis gêné par la question sur les groupes actuels : elle me semble réductrice si elle se limite aux groupes influencés par Joy puisqu’aucun ne peut supplanter l’original ni avoir le même impact. Un des tes interviewés parle du black-metal et je pense que c’est hors de cette sphère cold-goth-post-punk qu’on doit chercher. Darkthrone, par exemple, est un maître-étalon, mais il n’aura jamais cet aspect grand public… (récent chez Joy). J’ai aussi pensé à Nine Inch Nails dont le travail a inondé beaucoup de groupes… Je reprends donc, cette question, n’est-ce pas, dès le départ, une question piège ?

Non, il n’y avait pas de question piège. J’ai décidé dès le départ de diriger les entretiens vers un objectif qui visait à rester dans une sphère que je maîtrise. J’allais pas parler de ce que je ne connais pas. Je voulais surtout apporter mon ressenti sur l’héritage qu’a laissé Joy, avec un postulat qui n’est pas à mettre à mon compte puisque c’est un fait établi depuis longtemps, c’est que sans le travail de production effectué par Martin Hannett sur Unknown Pleasures et Closer, il n’y aurait jamais eu la trilogie Seventeen Seconds / Faith / Pornography de The Cure !

Les gens interrogés connaissent bien le monde de l’électro et le revival post-punk des années 2000. En revanche, ils ne citent pas non plus l’impact d’une formation comme Autechre qui, elle aussi, a fait tâche d’huile sur les sons plus mainstream. Il manquait sans doute à Autechre un format visuel plus touchant ?

Je suis d’accord avec toi, personne n’a cité Autechre comme groupe qui a apporté un nouveau son et une nouvelle façon de concevoir la musique. Ils ont en plus été plagiés et copiés plus que de raison. Cela dit le duo Autechre n’a jamais eu la velléité de devenir un groupe « Pop » avec des paroles et des textes, ça reste de la musique concrète électronique et élitiste, sans voix.

Lebanon Hanover revient trois ou quatre fois, toi qui flaires les bons groupes, était-il déjà trop tard pour les approcher avec UPR ?

Je n’y ai jamais songé car je ne suis pas du tout fan du groupe. Justement, la semaine dernière j’écoutais leur nouvel album « Let them be Alien » [NDLR : nous aussi !] et même si j’ai vraiment adoré les cinq premiers morceaux et la voix de Larissa bien plus touchante que sur leurs précédents albums, la face B plus minimal wave m’a laissé indifférent, et puis franchement je trouve le chant de William Maybelline surfait, et limite ridicule. Cela dit, je recommande vivement les titres « Lavender Fields » et « Kiss Me until my Lips fall off ». Mais trois ou quatre chansons sur toute une discographie c’est pas suffisant pour signer chez nous. Je demande souvent aux groupes de retoucher leur copie pour avoir le son et l’intention que j’estime la plus juste pour mériter de se retrouver dans notre catalogue ; pour tout ce qui touche à la musique je suis un vrai dictateur c’est de notoriété publique (rires).

La dimension autobiographique de la première partie est un plaisir à lire pour ma génération et pour les curieux qui vont enfin savoir qui fut Pedro. Savais-tu qu’elle allait prendre cette importance ou t’es-tu lancé sans repère quantitatif ?

Comment écrire un livre sur un groupe qu’on n’a pas connu quand il était encore en activité ? Par la force des choses, et je l’explique dans le livre, j’ai bien été obligé de remettre cette découverte dans un contexte historique et hagiographique et raconter un peu de ma vie et mon parcours de fan de Joy Division.

Que ça prenne cette place, environ vingt-cinq pages successives, puis de réguliers retours, tu l’avais dans le plan ou bien c’est en écrivant que tu t’es dit « et puis merde, j’en profite, je le fais maintenant » ? Ta démarche autobiographique me plaît, ce n’est pas un reproche, ce qui m’intéresse, c’est ce qui fait que tu t’es lancé dans cette entreprise, au moment de l’écriture de ce livre. Tu le savais avant, ou bien tu as été pris pendant ?

Non non, je savais que je prendrai ce parti-pris bien avant qu’on me propose d’écrire ce livre. J’ai juste assoupli certaines parties pour ne pas choquer car si j’avais tout raconté j’aurais eu dix procès, aahhaha !

Tous les intervenants ont fait la même chose d’ailleurs, c’est l’intérêt de ce genre d’exercice aussi, ça nous remet tout de suite dans un contexte social très lié aux genres musicaux de cette époque ! Désirant donc apporter ma touche personnelle au postulat de départ de la collection « Paroles de Fans » (qui est de donner la parole aux fans, tout simplement) j’ai pris l’initiative d’interroger pas mal d’artistes, qui ont été ou qui sont encore importants pour moi, parce que je savais leur relation toute particulière à l’œuvre séminale de Joy Division.

The Cure est intimement lié dans nos esprits à Joy Division et à cette aura intellectuelle et artistique, sensorielle. Si on ajoute (goût personnel) le Bauhaus qui cite Artaud, Joy Division n’étaient pas si uniques. C’est un faisceau créatif qui nous a portés. En extraire un groupe unique, est-ce périlleux ?

Les paroles de Ian Curtis sont remplies de références, ce qui m’a permis il y a déjà longtemps de me cultiver personnellement en faisant des recherches sur les groupes et auteurs de littérature qui ont d’une façon ou d’une autre influencé le style du chanteur. Je profite de l’espace de parole que vous m’accordez ici pour le dire haut et fort : je me suis davantage cultivé par les univers liés à la musique que par l’école de la République qui fait tout pour nous dégoûter de la lecture en nous gavant d’auteurs classiques sans intérêt alors qu’il existe tant de beauté et de folie dans les marges de la littérature, de la philosophie et de la poésie française [NDLR : mais quand ils sont abordés en cours, ça peut aussi dénaturer la passion du néophyte pour Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Tolkien, Conan Doyle, London, La Table ronde, le Fantastique…]. C’est en regardant dans le détail les pochettes de disques, les livrets des vinyles, les crédits des artistes sur les formats physiques d’antan, que j’ai appris beaucoup de choses sur les mouvements musicaux qui ont précédé mon époque, ainsi que sur les œuvres littéraires ou cinématographiques qui les ont influencés. Dans ma prime adolescence au début des années 80 j’ai connu le Velvet Underground grâce à Joy Division, j’ai connu les Stooges grâce aux reprises faites par les Sex Pistols ou The Sisters Of Mercy, Leonard Cohen grâce à Nick Cave, Silver Apples grâce à Throbbing Gristle ou JG Ballard grâce à The Normal ! Chaque groupe que nous écoutions était lui-même pétri de références et nous ramenait à d’autres artistes de la génération qui précédait la nôtre, les 60’s, les 70’s.

J’ai établi des liens, fait des correspondances, tracé des lignes qui m’ont amené à comprendre beaucoup de choses sur les divers mouvements musicaux auxquels je me suis intéressé. Bon, faut dire que je suis un aussi grand consommateur de livres sur la musique et la vie des artistes. Dans ce sens, placer Joy Division au milieu de tout cela a été facile car une trentaine d’années plus tard c’est le groupe de cette époque que je respecte le plus, les autres m’ont tous déçu, tous, alors qu’eux par la force du destin et leur durée éphémère ne nous décevront jamais.

L’optique est très fortement tournée de Joy Division vers New Order et moins de Warsaw vers Joy Division. Les concerts de Joy me ramènent systématiquement à Warsaw que j’aime presque plus que Joy… Peu d’interviewés citent réellement Warsaw (le titre « Ice Age » n’est même jamais cité). Est-ce un manque ? Est-ce lié à la faiblesse des rééditions pour notre génération ?

Warsaw reste un groupe de jeunesse des protagonistes de Joy Division, un groupe brut et mal dégrossi sorti de la fureur du punk. Je sais que vous autres vieux coldeux vous aimez les vieux groupes annonciateurs du mouvement qui est venu après, les Easy Cure, Warsaw ou Crisis, mais moi je m’en fous, je connais très bien Warsaw mais c’est Joy Division qui m’a intéressé dès le départ, le son est plus puissant que l’énergie.

Joy Disaster ont été pour moi LE groupe du revival : meilleurs que Interpol et Editors et consorts. Tu ne les aimes pas ou tu n’as pas creusé ? Musicalement, pour moi ils se tiennent très loin devant et ils avaient / ont cette dimension underground irréductible…

Pour être franc je n’aime pas du tout le petit côté heavy rock des guitares et le chant goth ne me touche pas. Trop caricatural pour moi, mais ils ont leurs fans dont tu fais partie et c’est le principal non ?

En même temps je vois pas le rapport entre les français de Joy Disaster et des groupes de stade comme Editors ou Interpol !

Moi, je vois plus le rapport entre Joy Disaster et Joy Division, justement parce que nos Français sont dans un milieu indépendant et jouent « pour la gloire » (comme l’auraient chanté Camera Silens)… Dans l’esprit et la pratique, ils sont plus proches de Joy que les groupes mainstream qui ont assagi et aplani le cirque rock.

Certes, mais permets-moi d’insister : il n’y a aucun rapport entre Joy Division et le groupe que tu cites. Comme tu as pu le retenir du livre, des gens comme Plastikman ou même les Autechre que tu cites plus haut ont davantage marqué l’histoire de la musique contemporaine que des groupes inspirées du son de Joy Division. Joy Division restera unique, il serait temps d’inventer autre chose !

Même si j’aime beaucoup le premier album d’Interpol et celui d’Editors, faut avouer que ces groupes sont loin, très loin, du son de Joy Division qu’ils ont pourtant tenté d’exploiter à leurs débuts avant de vouloir se mettre dans le sillage des affreux U2 ou Coldplay.

J’aime le parti-pris peu iconographique : comme toi et d’autres, j’ai eu très peu d’images de Joy sur lesquelles me projeter et leur allure n’était pas excitante. C’est leur banalité qui aujourd’hui me plaît.

Leurs looks d’ouvriers ou de petits fonctionnaires (ce qu’était Ian Curtis) les a protégés du retour de bâton qu’ont subi tous ces groupes ridicules que nous écoutions dans les années 80. Seul Robert Smith a survécu au déluge parce qu’il a su se créer un personnage qui aura influencé à la fois Tim Burton et des milliers de jeunes de mon époque.

« Ridicules » ? T’es vache ! Si je prends les plus lookés qui ont été dénigrés par les grands médias car seul leur look a été retenus, les X-Mal Deutschland, Skeletal Family, Asmodi Bizarr, Neva, Virgin Prunes, 45 Grave et autres Switchblade Symphony avaient tout de même de très bonnes compositions. À la rigueur, ce retour de bâton nous a permis de voir quels étaient les médias les plus coincés face à des caricatures…

Ok pour les fabuleux Virgin Prunes, et aussi pour X-Mal Deutschland dont j’adore les albums Fetisch et Tocsin (Viva est trop pop FM) mais pour le reste, désolé, je réitère mon avis, c’est de la caricature, c’est grossier, emphatique et surfait !! Et du coup durant deux bonnes décades c’était difficile de défendre une musique en laquelle je ne croyais pas. Cela dit dans les années 90 et 2000 il y a eu des trucs excellents, j’aime beaucoup les projets de Porl King, Misery Lab et In Death It Ends

Joy Division, c’est un peu le groupe qui oblige à écouter comment se fait la musique : il faut un vrai matériel d’écoute ou un casque. C’est une musique en trois dimensions. Et avec le contexte que chacun donne, en quatre dimensions, non ?

Je ne comprends pas trop où tu veux en venir avec cette histoire de dimensions, on n’a pas dû prendre les mêmes produits !! (rires) En tout cas la première fois que j’ai entendu Peter Hook jouer l’album Unknown Pleasures en intégral au Festival International de Benicassim en 2010, je me suis pris un monolithe noir dans la gueule. Tu vois le monolithe noir dans 2001 Space Odyssey de Stanley Kubrick ? Et bien c’était la même chose, il n’y avait pas d’histoire de 3ème ou 4ème dimension car tout mon corps et toute mon âme ont vibré au son de Joy Division ce soir-là.

Ecrire ce livre m’a aussi permis de commencer à entrevoir une forme de paix intérieure qui se faisait attendre malgré mes cinquante ans et l’univers très dur dans lequel je travaille pour nourrir ma famille. Je suis bien moins à fleur de peau même si je peux encore avoir des réactions épidermiques notamment face à l’injustice ou à l’ingratitude, mais je n’ai plus de temps à perdre à tenter de convaincre les gens qui ont une perception différente de la musique ou de l’Art en général. Je pense que la richesse des individus réside en leur capacité à faire des allers et retours entre le passé et le présent. Chacun de nous n’est que le fruit de son expérience, ses réussites, ses échecs et de ses relations. On n’évolue qu’en acceptant et approfondissant cela.  Surtout dans notre rapport aux amis. La seule raison de changer, c’est lorsqu’une relation, amoureuse ou créative, s’est tarie. Ce constat se fait à deux, mais je suis souvent celui qui part le premier.

Pour conclure, je tenais à te donner la primeur du prochain livre pour Camion Blanc qui sera sur Nick Cave et dont j’ai déjà bien avancé l’écriture. Et sinon pour le reste je gère toujours le label Unknown Pleasures qui est devenu extrêmement chronophage à mesure du succès de certains de nos artistes et du nombre de fans qui devient ingérable pour un mec seul. Je continue mon projet Adan & Ilse tout seul, tout en invitant des gens que j’aime bien, car c’est plus pour moi un moyen de me détendre musicalement, plutôt qu’une arène dans laquelle je n’ai plus envie de combattre pour tenter de changer quoi que ce soit concernant l’esthétique musicale de nos contemporains. J’ai aussi pas mal de collaborations en cours sous le nom HIV+ qui sortent en vinyle sur divers label, notamment avec des jeunes musiciens talentueux comme Blind Delon ou Dave Inox qui font appel à moi pour chanter ou scander quelques sentences contre le monde dans lequel nous vivons.

Pedro Peñas Y Robles Joy Division, « Paroles de Fans »

Editions Camion Blanc

342 pages, 30 €

Site de l’éditeur

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