Interview d’Adrien Party – Salon du Vampire 2016

29 Août 16 Interview d’Adrien Party – Salon du Vampire 2016

À l’approche de la quatrième édition du Salon du Vampire, qui se déroulera à la maison Ravier de Lyon les 17 et 18 septembre prochains, Obsküre s’est fait un plaisir d’interviewer Adrien Party, président du Lyon Beefsteak Club, association organisatrice de l’événement. Un entretien aussi complet que passionnant, grâce à l’érudition du fondateur de vampirisme.com.

 

Vous lancez la quatrième édition du Salon du Vampire, déjà ! Comment l’organisation a-t-elle évolué depuis le début du projet, en 2010 ? La mécanique semble désormais bien huilée, et les partenariats plus solides que jamais.
Adrien Party : Quand nous avons créé le Lyon Beefsteak Club, aucun d’entre nous n’avait jamais organisé d’événements. La première édition, en 2010, s’est donc faite un peu de bric et de broc mais nous avons été très contents, autant de la motivation des éditeurs à nous suivre (Les Moutons Electriques, notamment), que des lieux à nous ouvrir leurs portes (La librairie Le Bal des Ardents, la péniche Le Sonic). Mais tout a été organisé à trois, ce qui a aussi été le cas en 2012, même si on a bénéficié d’un sérieux coup de main de la médiathèque de Meyzieu et de l’aide de l’association Cyberunes.
C’est réellement 2014, première édition qu’on a voulu fixer sur un lieu unique pendant deux jours, qui nous a permis de faire grossir le projet. On a au passage récupéré une recrue de choix, en la personne de Valentine, déjà fortement rôdée à l’organisation d’événements. C’est elle, via son expérience, qui nous a aidés à nous structurer pour plus d’efficacité (et aussi pour voir plus grand).
On passe, avec cette édition 2016, d’une organisation gérée à trois à une meilleure répartition des responsabilités, d’anciens bénévoles de 2014 prenant une part active à l’organisation (bar et restauration, trésorerie, accueil des stands, communication), en tant que responsables de pôles. Et toujours, l’armée de bénévoles qui s’est une nouvelle fois constituée autour du projet, avec des têtes anciennes… mais aussi un peu de sang neuf.
Si on a toujours été fiers du résultat, le passage d’un événement scindé en deux, comme les deux premières années (avec deux lieux et deux activités totalement différentes, même si autour du même thème), à un salon unifié, nous apparaît désormais comme un tournant logique.

Quelles sont les nouveautés du Salon du Vampire 2016 ?
Cette année, plus de moyens (via nos mécénats privés et la réussite de la précédente édition) nous ont permis d’inviter un nombre revu à la hausse d’auteurs (13), dont un anglais (Kim Newman, auteur d’Anno Dracula). Donc davantage de diversité pour les tables rondes.
Mais le changement de salle a également son importance, car on peut accueillir plus de stands. Pas moins de 11 maisons d’éditions seront présentes sur place, chacune avec leurs propres auteurs en signature. Et le tout massivement centré autour des aspects vampiriques de leurs catalogues.
À cette liste viennent s’ajouter une librairie officielle (L’Esprit Livre), sur le stand de laquelle nos invités d’honneur seront en dédicace, une boutique de jeux et de vente de livres en VO (Trollune), le retour du Brainswash Concept et ses incroyables kits de chasseurs de vampires, et nos amis de l’association AOA, dont la badgeuse devrait chauffer les 17 et 18 septembre 2016.

Mais cette prise d’importance de l’offre pour les visiteurs n’est pas le seul point d’évolution du Salon. On aura également sur place une exposition Lego, proposée par l’association Freelug, autour de mook sur le thème des vampires. Et des conférences, une sur la chauve-souris (via notre partenariat avec la FRAPNA), une autre sur les aspects médicaux du vampire (proposée par Julien Berra). Et enfin, deux heures de projection de courts métrages. Sans oublier les habituelles tables rondes, quizz, vampiromathon et autres surprises.

Comment le thème de cette année, « Territoires du Vampire », a-t-il été choisi ?
Choisir un thème pour événement qui peut déjà être considéré comme de niche s’avère un exercice souvent périlleux. Notre objectif, à chaque fois, est d’avoir un fil conducteur fédérateur mais pas trop restrictif. Ce qu’on a largement pu mener à bien jusque-là, depuis le Vampyres et vampires de 2010 jusqu’au Chasseurs et chasseuses de vampires de 2014.
« Territoires du vampire » nous est finalement venu assez simplement. On avait envie de montrer l’évolution de la représentation de l’espace dans lequel évoluent les vampires, depuis les châteaux et les cryptes du XIXe siècle jusqu’à la dominance de la sphère urbaine actuelle. Mais on avait aussi en tête de parler de la manière de mettre en scène les vampires en fonction des pays, de la Louisiane d’Anne Rice aux Tri-cities de Patricia Briggs, en passant par le Londres victorien. C’est à ce titre une manière de lire notre affiche, dont la création par Christophe Swal nous a aussi permis de trouver un titre qui fasse sens et ne soit pas trop clivant.

De la même manière, selon quels critères avez-vous établi les thématiques des différentes tables rondes ?
Une fois le thème défini, et la liste des invités arrêtés, on y voit généralement un peu plus clair pour ce qui est des sujets de tables rondes. Il y a d’emblée des choses dont nous avions envie de parler, des mises à l’honneur qui allaient de soi (Kim Newman), comme des ouvertures vers le métier d’auteur (via la table ronde sur l’édition).
Cette année, c’est avec mon binôme Spooky que nous avons défini la liste finale des échanges, en essayant autant de coller à notre thème qu’à notre liste d’invités. Et on essaie autant que faire se peut d’éviter des sujets déjà vus ou entendus, tout en ne s’interdisant pas de dévier durant les échanges (de toute manière, c’est incontournable).
Pour cette édition 2016, il sera donc question (en plus de ce que j’ai déjà pu citer) des vampires pas comme les autres, de l’exode rural des vampires, du retour des vampires victoriens et de la diaspora vampirique, ces derniers ayant eu une tendance assez impressionnante à essaimer à travers le monde.

Quels sont les objectifs de cette édition pour l’association ?
Les mêmes que pour l’ensemble de nos événements : montrer que le vampire n’est pas une figure passée de mode, qu’elle offre autant de plaisir à des amateurs de textes anciens que de bit-lit. Et qu’elle peut être utilisée comme un prisme sur l’évolution des littératures et des cinémas de l’imaginaire.
Nous avons aussi plusieurs projets pour 2016-2017, que la réussite de cette 4e édition nous permettrait de mener à bien. Reprendre les mini-conférences initiées en 2014 avec le thème de la thanatopraxie, proposer des rencontres avec des auteurs en dehors du seul salon, voire se pencher sur des médias que nous avons peu explorés jusque-là (notamment le jeu-vidéo).
L’évolution de l’association, qui dispose désormais de quatre membres impliqués, et en mesure de s’appuyer sur des bénévoles pleins d’idées, nous offre des opportunités que nous n’avions pas eues jusque-là.
Si à l’origine, l’association a été créée pour le seul Salon du Vampire, il est important pour nous qu’elle continue à vivre entre chaque édition (le salon a lieu tous les deux ans).

Quel regard portes-tu sur la production littéraire vampirique actuelle ? Dirais-tu que nous sommes sortis de la grande période bit lit ?
Je pense en effet que la production s’est fortement calmée depuis un an ou deux, que ce soit au niveau anglophone ou francophone. À mon sens, cette évolution était déjà latente au sein même de ce qu’on a appelé bit-lit (qui est un terme français, faut-il le rappeler, n’ayant pas d’existence chez les anglo-saxons), les productions du cru ayant peu à peu accordé une place plus forte à la romance (parfois au détriment de l’aspect fantastique). De quoi comprendre comment la romance (plus réaliste que fantastique) est le genre qui a le plus le vent en poupe ces temps-ci.
Suivant de près tout ce qui se publie sur le genre, force est de constater que par rapport à la déferlante post-Twilight (qui a été appuyée par l’effet série TV, True Blood et Vampire Diaries en tête), les sorties ont bien ralenti. Mais c’est assez habituel avec cette figure de la littérature imaginaire, qui revient de manière cyclique, en imposant à chaque fois une évolution de lui-même en phase avec les questionnements et les attentes de son époque.

Fais-tu en sorte que la programmation du salon reflète ta propre perception globale de la production vampirique contemporaine ?
Non, car j’ai beau être le président de l’association, il y a vraiment une direction collégiale. Dans le bureau, nous avons tous un attachement différent pour la créature et ses avatars. Certains ne lisent que de la bit-lit, d’autres pas du tout, d’autres sont plus branchés cinéma…
L’idée est bien de montrer qu’on peut rassembler autour d’une même figure des publics aux attentes variées, en ouvrant des pistes de réflexion. Pas de faire dans l’élitisme ou le dénigrement.

 

 

Be Sociable, Share!