Infestus

29 Mai 11 Infestus

En complément de l’interview parue dans Obsküre Magazine #4, voici des parties inédites de l’entretien réalisé avec Andras, guitariste du groupe allemand Infestus. Entre blessures intérieures et exécution despotique, confidences sur un album qui ravit par sa belle mainmise musicale autant qu’il intimide par ses noirceurs pantelantes.

 

Peux-tu présenter la formation actuelle d’Infestus?

Andras : Depuis l’an dernier, Infestus ne se compose plus que de moi, Andras. Sur cet album j’ai tout développé, composé, joué et enregistré seul. C’était également le cas pour l’album Chroniken des Ablebens, bien que Dagon y ait encore participé en tant que vocaliste et pour quelques textes. Nous avons choisi de nous séparer d’un commun accord l’an dernier, mais sommes toujours de fidèles compagnons de route sur les sombres chemins de ce monde. En marge d’Infestus, je joue également de la batterie dans un groupe de thrash très moderne, grâce à laquelle je peux m’adonner à la puissance brute du metal, loin de la musique d’Infestus, qui accapare plutôt mon intellect.

 

Je trouve les parties acoustiques, dans des titres comme « Down Spiral Depersonification » ou « Der Blick hinaus » tout à fait renversantes, et surtout extrêmement originales au niveau des mélodies. Apportes-tu une attention particulière à ce que les mélodies ne soient pas trop fines et prévisibles ?

Merci. Lorsque j’écris de la musique, la première chose qui importe pour moi est que les mélodies transportent précisément ce que je veux leur faire exprimer. En cela, je ne prête aucune attention à leur accessibilité pour d’autres, mais je m’attache à ce qu’elles caractérisent, dans la mesure du possible, ce qui vit en moi. Tu peux voir cette musique comme un miroir de ma personnalité.

S’agissant de la composition, j’essaie de faire en sorte que les morceaux naissent d’un seul tenant. Je pratique rarement la mise en commun de riffs composés à des périodes différentes. Lorsque je me consacre à une chanson, je me laisse emporter par l’ambiance générale que j’ai défini pour elle et je plonge tête première dans le processus de création. Je répète ce processus aussi souvent que nécessaire jusqu’à ce que le morceau soit fini. C’est de cette façon que se forment des constructions qui semblent sorties d’un moule unique, et conservent de la sorte une vraie authenticité.

 

A mon sens la musique d’Infestus n’est pas triste en soi, mais parvient à immerger directement dans une mélancolie très lourde. L’artwork y contribue certainement. Ta musique doit-elle provoquer des émotions spécifiques chez tout auditeur ? Es-tu fier de toi quand je ne dis bonjour à personne de toute la journée ?

Ce à quoi je parviens très certainement avec cette musique, c’est la communication des émotions que j’ai ressenties à travers le temps. Depuis que je suis en âge de raisonner, je ressens une grande fascination pour tout ce qui est sombre, glauque et déviant. Dans les sentiments et les expériences les plus ignobles réside parfois une beauté incroyable qui reste cachée à beaucoup d’yeux.

Pour moi il est crucial que la musique transporte ces choses là, car je suis très attaché à cet état d’esprit – même s’il réclame sans doute une veine un peu masochiste. Ce sont du reste ces choses là que j’exige d’autres groupes. Leur musique doit être en mesure de m’imposer ses émotions, de m’accaparer et de ne plus desserrer son étreinte.

C’est justement pour ces raisons que j’ai choisi cette couverture pour Ex | Ist. Au premier contact, elle s’est gravée dans mon esprit. Dans la mesure où cet album est né du besoin d’une auto-thérapie, la possibilité d’atteindre ma catharsis personnelle était une absolue priorité.

Pour ce qui est des auditeurs : dans la mesure où il faut avoir conscience que le monde occulte, antisocial du black metal ne s’accommode pas de musique pour mettre de bonne humeur, il faut accepter le fait qu’une telle musique puisse avoir des conséquences sur l’état d’esprit, suivant la stabilité psychologique des uns et des autres. C’est exactement le but, d’ailleurs. L’auditeur doit se sentir confirmé dans son être par ce qu’il écoute, se laisser entraîner dans la noirceur, parce qu’il le veut, parce qu’il en a besoin. Les gens qui s’intéressent à ce type de musique savent pertinemment ce qu’ils y recherchent. Je ne suis pas différent. Si à l’arrivée, cela doit conduire à ne plus saluer personne dans la rue, comme tu dis, il faudrait peut-être songer à écouter autre chose. Pour l’exprimer de façon métaphorique : la musique n’est que le fleuve sur lequel chacun navigue avec sa propre embarcation. Il n’est pas donné à tout le monde de naviguer sur des eaux aussi imprévisibles et traîtres que celles du black metal. Si quelqu’un n’arrive plus à maîtriser son bateau et sombre dans ce bouillon toxique, ce n’est pas mon problème.

 

En tant que Français je peux me tromper, mais la scène underground allemande m’apparaît plus ou moins coupée en deux. Pour faire simple on a d’un côté les groupes que l’on peut prendre au sérieux (outre Infestus, je citerais Lunar Aurora, Secrets of the Moon, Katharsis, Excoriate, etc.), de l’autre les groupes que l’on ne peut pas prendre au sérieux (tout le cirque folk metal…). Peut-être que le ventre mou n’est juste pas exportable ? Comment décrirais-tu la situation ? Quelle est la vitalité du black metal en Allemagne à l’heure actuelle ?

Je te donne entièrement raison pour ce qui est de la répartition. Pour ma part, je ne « goûte » que de la musique qui est en mesure de m’apporter ce dont j’ai besoin. Et cela ne se retrouve certainement pas dans la mise en scène d’une quelconque beuverie médiévale après une bataille. Je suis peut-être trop sérieux ou sans humour, mais (pour rester dans la métaphore ci-dessus, hehe), je n’ai aucune envie de naviguer sur un cours d’eau aussi asséché intellectuellement parlant. Je tiens trop à mon cerveau.

Bref, je ne suis pas trop en mesure de te fournir un véritable état des lieux de la scène allemande, car je n’y suis moi-même plus tellement impliqué. En plus de ça, le marché est inondé de sorties dont, en toute honnêteté, beaucoup ne mériteraient que de passer au broyeur. Il y a cependant, comme tu l’as dit, du très bon black metal dans ce pays. J’ajouterais à ta liste Dark Fortress, qui est un groupe d’un talent immense.

 

Il y a, je trouve, une certaine parenté entre le son d’Infestus et celui du groupe français Angmar. Un avis là-dessus ? Peux-tu citer des groupes dont tu te sens proche, spirituellement parlant ?

Vraiment ? Je ne connais Angmar que de nom. Je sais qu’ils sont français, mais je ne possède aucun de leurs albums. Peut-être devrais-je jeter une oreille.

Des groupes spirituellement proches… Dure question. Là tout de suite, je ne vois pas.

 

Est-ce que la Bundesliga doit se débarrasser de Ribéry une bonne fois pour toutes ?

Haha, j’aime bien le petit Français tout bizarre.

 

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