In The Nursery : « Une musique sans compromis »

01 Juin 11 In The Nursery : « Une musique sans compromis »

Les orchestrateurs In The Nursery reviennent en 2011 avec un nouvel et superbe album, Blind Sound. En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #4 (sorti en kiosques le 25 mai 2011), www.obskuremag.net publie ces extraits inédits d’un entretien avec Nigel et Klive Humberstone, jumeaux et cofondateurs d’une entité fort prolifique depuis les années quatre-vingts, et qui accouche cette année d’une de ses œuvres les plus puissantes et évocatrices.

Vous aviez annoncé fin octobre que vous travailliez studio sur Blind Sound. L’écriture de l’album avait-elle pris beaucoup de temps avant cela, et le studio a-t-il conduit à modifier certaines choses ?
Nigel : De mémoire, nous avons commencé à travailler sur Blind Sound vers la fin juin 2010, donc en réalité, le processus a été relativement court de la conception à la finition et c’est un des avantages du travail en indépendant et du recours à ton propre label. Nous travaillons dans notre propre studio dans un cadre modeste, nous y créons des sons et des arrangements via les ordinateurs, puis y ajoutons nos propres instruments live : basse, batterie, guitare et chant, avec en plus des musiciens invités pour les parties de violoncelle, de violon, de harpe et de clarinette. Les pistes sont constamment affinées et réarrangées jusqu’à ce moment vient où nous savons, instinctivement, que c’est fini.

Le processus diffère-t-il à chaque fois que vous travaillez sur un projet musical, quel qu’il soit ?
Klive :
Notre mode de travail reste globalement identique, qu’il s’agisse d’une bande originale ou d’un album studio. Le travail en studio est une réalité quotidienne. Nous essayons tous deux de nouvelles idées et laissons l’autre développer cette idée ou y ajouter quelque chose de neuf. Nous avons tous deux cet instinct qui nous fait dire que quelque chose $se passe$, et si ça vaut le coup de progresser dessus.

Il semble y avoir une dimension humaine importante au sein d’In The Nursery. Comment décririez-vous le lien personnel que vous entretenez avec Dolores Marguerite C, qui travaille depuis très longtemps avec vous ? Diriez-vous que l’amitié est une condition de votre art ?
L’amitié semble en effet être le fondement de notre travail. Des musiciens comme Matt Howden, Liz Hanks, Rob Skeet sont tous invités à jouer sur nos pistes, principalement parce qu’ils sont des amis et que nous les connaissons bien, mais aussi parce que nous admirons leurs travaux. David et Dolores font partie intégrante du groupe, pour le studio comme le live. Leur apport est reçu différemment de la façon dont nous travaillons avec des musiciens invités. Dolores est entrée en studio pour travailler sur plusieurs pistes de cet album. La chanson « Crepuscule » avait déjà été présentée en concert plusieurs fois, donc nous savions que les paroles et les phrasés fonctionnaient bien. Les autres titres ont été d’abord développés à partir de la construction de lignes mélodiques, qui à leur tour ont conduit à des phrases et des constructions lyriques. Instinctivement, ça a donné un enregistrement, de l’écriture et puis encore un enregistrement. Cela semble être pour nous la meilleure méthode de travail.

En dehors du noyau dur des musiciens dans In The Nursery, il y a quelques invités venus compléter les instrumentations sur le nouvel album. Quelle est la place donnée à ces personnes? Sont-ils de purs « arrangeurs » pour vous, ou les avez-vous intégré le processus depuis l’écriture ?
Nigel :
Matt Howden est un ami depuis de nombreuses années. Nous avons de nombreux points communs dans le sens où nous opérons à l’international depuis Sheffield, mais où nous restons assez peu connus dans notre ville natale. Nous partageons une passion pour le travail en indépendant et bien que nous ayons collaboré sur une performance ponctuelle dans le cadre de l’exposition Vivienne Westwood, Matt n’a jamais joué sur nos albums. Blind Sound a été l’occasion de remédier à cela. Nous avions choisi cinq pistes sur lesquelles Matt aurait à jouer du violon, étant entendu qu’il n’est pas un musicien très « académique ». Nous avons ensuite donné Matt « carte blanche » pour jouer tout ce qu’il souhaitait en fonction de son inspiration et c’est à partir de ces représentations que nous avons obtenu ces merveilleuses boucles, textures et traitements que l’on peut entendre sur l’album.

Comme vous l’expliquez dans les informations données sur le site officiel, 2011 est pour vous deux l’année de la cinquantaine. Avez-vous l’impression que c’est une étape symbolique et qu’elle a pu changer quelque chose dans votre esprit ou dans votre façon de faire ?
Klive :
L’érosion du temps, nous la subissons tous. Chaque jour, chaque année. Il est bon de prendre du recul et de voir ce qui a été réalisé pour mieux se concentrer sur l’avenir. Ça a quelque chose de positif, dans le sens d’une célébration, le fait de jalonner les pistes de la créativité. Je ne fête pas vraiment mon anniversaire en général, mais cette année ça a été quelque chose ! Lors d’un weekend récent, Nigel et moi ont nous sommes vus réserver une fête surprise, qui s’est tenue au pub du coin, rempli d’amis récents et anciens. Des groupes jouaient, et Matt Howden a même fait une version de « Mystery », une de nos premières compositions.

Le 5 mai 2011, il y a eu ce concert à la ville natale pour le trentième anniversaire du groupe au Sheffield City Hall Ballroom, pendant le Festival Sensoria. Or, il est plus difficile que jamais de faire un plan à long terme dans le music business actuel. En dehors du lien vous unissant personnellement, qu’est-ce qui forme le cœur de votre motivation aujourd’hui?
Nigel :
J’aime simplement ce plaisir immersif procuré par le fait de me retrouver impliqué dans la musique, car cela s’accompagne de moult autres choses : la lecture, la planification, l’écriture, l’écoute, la composition, la réflexion ou les tournées… Tous ces aspects me donnent une motivation pour continuer.

Les jeux vidéo, la fiction et le cinéma semblent plus que jamais faire partie des voies vous permettant de diffuser votre musique. Cette fois, vous avez accepté de donner licence pour son exploitation pour la fameuse série de la HBO Game of Thrones. D’autres choses se profilent-elles dans ce registre, en dehors de l’optique plus « classique » d’un album studio ?
Placer de la musique dans des films ou à la télévision peut s’avérer très erratique – mais quand la chose arrive, ça reste bienvenu parce que ça contribue à financer ce que nous aimons faire, une musique sans compromis. Écrire une bande-son pour un long métrage serait évidemment quelque chose d’immense mais nous sommes heureux de la façon dont notre carrière a progressé et des possibilités que nous avons eues jusqu’ici. Je suis assez philosophe à ce sujet. Ce qui devra être, sera.

Votre approche est marquée par l’utilisation de machines comme outils. Diriez-vous que votre production s’inscrit dans une idée « pure » du néoclassique, ou n’êtes-vous pas dans la recherche d’une forme de modernité portant une base néoclassique ?
Klive :
Eh bien d’après Wikipedia, nous sommes les pourvoyeurs du son « néo-classique » ! Si je savais ce que cela signifiait, je me sentirais honoré. Nous estimons qu’il reste difficile pour les journalistes aussi de définir ce style de musique que nous créons. Si je pensais trop à ce sujet, je ne serais pas capable de composer quelque chose de valable. Blind Sound a une aura singulière. Il contient nos marques de fabrique : les rythmes de marche et le martèlement des percussions d’orchestre, qui jouent un rôle de premier plan dans cet album, ainsi que l’orchestration que nous fabriquons à partir de de sons échantillonnés et de vrais instruments live. Si tel est le « néo-classique », alors je suis heureux et fier de dire que c’est vrai.

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