Idem : musique hypnotique et transgenre

07 Nov 11 Idem : musique hypnotique et transgenre

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #6 (novembre / décembre 2011, en kiosque depuis le samedi 5 novembre), www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de notre entretien avec l’inventive et passionnante formation de Nantes. Sur Good Side of the Rain, le nouvel album, Idem propose un flux hypnotique et émouvant, dans la fusion de moult genres, aux carrefours de l’electro, du trip hop, du dub et du rock. Eux ne parlent même plus de genre, ne pensent pas leur musique de cette manière-là.

Plus vous avancez, plus on a le sentiment que votre musique renforce son « crossover » : les amateurs de trip hop, de dub autant que de rock psyché peuvent aujourd’hui se retrouver dans Good Side of the Rain. Que pensez-vous des chapelles en musique ? Est-ce un mot que vous comprenez ou pas ?
Vincent Bazille :
Pour nous, les étiquettes musicales n’ont plus vraiment de sens désormais. Il y a encore une dizaine d’années on pouvait peut-être arriver à tracer des lignes droites pour chaque groupe avec ses influences directes. Aujourd’hui, pour beaucoup, ça semble assez compliqué. Julien Brevet : À propos de notre musique, on ne raisonne pas vraiment en terme de « style » mais plutôt en terme d’émotion et de couleurs musicales qui, pour Idem, se sont affirmées au fur et à mesure des albums et à travers notamment le jeu de chacun d’entre nous. Même si la voix d’Isabelle Pitch Ortoli est de plus en plus présente, nous pensons toujours nos compositions dans une approche très instrumentale. Cela joue peut-être aussi sur le fait que des amateurs de musiques trip hop, ambient, rock psyché ou dub électro peuvent s’y retrouver.
Vincent : Notre musique est quelque part le résultat de tout ce que nous écoutons, de tout ce que nous voyons. Elle est effectivement basée sur des émotions plutôt que sur le cantonnement à quelques règles précises.
Julien : … même si on fait tout de même très attention à rester cohérents au sein d’un même album !

C’est une manière de dire que vous ne séparez pas les choses. Si on élargit le champ et sous un angle plus social, que pensez-vous de la scission, l’émergence voire la revendication des communautés en République ? Danger ou phénomène naturel ?
Julien :
Dangereux phénomène naturel ! Le repli sur soi n’apporte jamais rien de bon, et ce repli est malheureusement quelque chose de foncièrement humain : la peur et l’incompréhension de l’autre. L’histoire a trop souvent montré que l’humain préfère s’enfermer derrière des murs pour sa soi-disant protection, plutôt que d’essayer de dialoguer et risquer de remettre en question les convictions qu’il pense éternelles, et les choix qu’il pense justes. Vous percevez-vous, vous-mêmes, comme « unificateurs » ou « multiculturalistes » ?
Julien : C’est la Culture qui est « unificatrice ». L’apprentissage d’un esprit de découverte, du plaisir d’être surpris, d’être provoqué ou malmené parfois, la volonté de se questionner sur tout et sur rien. Dépasser enfin le pré-mâché qu’on nous sert en boucle dans les médias et décrypter les flots d’informations déversés sur l’Internet.
Vincent : « Multiculturalistes », on l’est forcément je pense… Comme tout le monde, à partir du moment où on s’intéresse à autre chose qu’à soi.

Il s’est déroulé trois ans depuis The sixth Aspiration Museum Overview. Quelle comparaison feriez-vous entre le Idem de cette époque-là et ce que vous êtes aujourd’hui ? Avez-vous l’impression d’être dans une continuité ou y’a-t-il dans votre esprit une histoire de « cap » ?
Julien :
Cet album, d’un point de vue artistique, est sans doute dans la continuité du précédent, avec un approfondissement de ce qu’on avait entamé. Le rôle de la production, le travail d’arrangement, les interventions de Pitch…
Vincent : Dans nos têtes, le cap est plus humain qu’artistique. Good Side of the Rain est pour nous une nouvelle étape dans l’histoire du groupe. Tout comme l’était le triptyque Aérobiose en 2005, car ces disques interviennent après un changement de line-up du groupe. Chaque fois, c’est un nouveau défi.
Julien : L’aspect humain et le côté « famille » du groupe ont toujours joué un rôle primordial dans l’équilibre de notre musique. Quand ils sont perturbés, on met plus de temps. Mais ça ajoute une tension qui peut être salvatrice.

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