Ian Astbury (The Cult) – interview bonus Obsküre Magazine #9

17 Juil 12 Ian Astbury (The Cult) – interview bonus Obsküre Magazine #9

Quelques minutes du long entretien que nous a accordé pour Obsküre Magazine #9 le cofondateur et chanteur du Cult, Ian Astbury (Holy Barbarians, The Doors, Warriors Of The Mystic Plains), sont restées inédites. Elles complètent sur www.obskuremag.net l’article paru dans notre n° de mai/juin 2012, au gré duquel Astbury, cinquantenaire cette année, a évoqué The Cult, au passé comme au présent – un présent nourri de la sortie du plus que correct Choice of Weapon.

Obsküre Magazine : Le temps qui passe, c’est le corps qui change, les gens qui disparaissent… C’est aussi, on l’espère, une élévation de l’esprit. Te sens-tu apaisé dans cette relation au temps ?
Ian Astbury :
Ce que tu soulèves pose la question de la définition de ce qui est bon ou pas bon pour soi, pour qualifier l’expérience. Je suis fasciné de voir à quel point l’animal humain passe du temps en définition. Mon intention, pour ma propre vie, est d’essayer de sortir de la définition. Or, l’interview est un exercice qui contredit cela car il m’oblige à donner un contexte. C’est d’accord, car j’aime expliquer les sources d’un travail duquel je suis fier. Mais tout cela se dissout lorsque vient le moment de l’action, les retrouvailles avec la rue, cette marche vers quelque chose, sentir les choses physiquement, les toucher. Dans cette vie-là, je me pose la question de savoir si le mode de vie urbain que je connais correspond à quelque chose d’authentique. Est-ce une bonne manière de vivre que de se rendre à un beau restaurant habillé d’une certaine manière, appropriée, de s’asseoir, prendre le menu… est-ce cela, vraiment, une manière de vivre ? J’appartiens à un groupe d’individus qui vit dans l’expérience musicale, qui retrouve le primal à travers elle. Vois les attroupements dans les magasins de mode, c’est d’un ridicule : suis-je cool, pas cool ? C’est un non-sens pur, un esclavage moderne dicté par des conventions éphémères. Regarde autour de toi : la planète est en feu, les gens tuent, violent, détruisent et nous sommes encore capables de disserter de l’importance de tel ou tel entertainer… Regarde les couvertures des magazines, couvertes de people. Pourquoi ? Parce qu’ils font vendre des produits, n’importe quoi, de la cigarette au pantalon. Nous vivons dans une société d’interdépendance basée sur les relations commerciales, chacun joue son rôle à ce sujet… et moi le premier en allant faire mes courses. Mais tout cela ne correspond qu’à un souci du devenir, pas à une pleine expérience de vie. Ça n’a pas de signification ou de portée intrinsèque et c’est, au-delà, un monceau de déchets que nous préparons pour l’océan et ses dauphins.

À une époque, tu as semblé te distancier du Cult à travers l’expérience Warriors Of The Mystic Plains. Le nom a circulé mais il n’est rien sorti de tangible de tout cela…
C’est un titre que j’ai donné à des travaux en cours, concernant un véhicule principalement musical mais aussi cinématographique, en dehors de The Cult. Il s’agissait de création sonore avec l’incorporation d’une dimension film. Ma vie reste très intense en dehors du groupe, ce qui l’affecte directement. Sur le fond, d’ailleurs, The Cult reste quelque chose de limité : nous ne sommes qu’un groupe de rock et cherchons pour cette raison à développer un univers autour de notre musique, avec du graphisme, du support vidéo, nous souhaitons travailler sur l’environnement live aussi, afin de ne pas le limiter à une expérience strictement musicale. Nous faisons de notre mieux, en tout cas nous essayons de le faire. Toujours.

Rien n’est jamais gagné…
Non, et nous n’avons aucune illusion : nous n’avons aucune raison d’être mieux ou moins bien traités que d’autres groupes, nous faisons ce que nous avons à faire. Je me sens personnellement très chanceux de nous voir encore aujourd’hui traverser le monde, jouer, rencontrer un public… je suis heureux de pouvoir voyager, d’avoir cette vie-là, je suis reconnaissant. Mais cette magie, ce moment ne peuvent survenir que si nous entrons en connexion avec les autres, s’il y a une « participation ». Il faut un auditoire, des observateurs pour que tout cela existe. Et la plus belle chose dans l’individualité reste le fait de pouvoir sélectionner. Nous pouvons choisir où porter nos corps, avec qui dormir, vers quoi notre esprit va se diriger, comment nous nous habillons, quel langage nous devons tenir, où nous devons vivre… Je suppose que l’éducation joue un grand rôle dans la définition de l’individualité, dans son rapport à l’autorité et dans sa faculté à créer son propre élément, son expression. La perspective individuelle se cherche une validité, mais elle reste sujette à influence. La critique, par exemple, agit sur les individus depuis l’extérieur : elle explique ce qu’il faut penser, aimer ou pas. Il faut toujours se méfier de ceux qui nous expliquent quoi penser.

Ta prise de distance part d’un niveau de spiritualité qui a souvent transparu des travaux ou des textes que tu écris pour The Cult. Choice of Weapon témoigne une nouvelle fois de la dimension spirituelle du Cult…
Je trouve un sens dans le message de la tradition bouddhiste, et quelque part, je suis directement partie prenante à cette inspiration qui marque aujourd’hui une partie de l’occident. Les apports du bouddhisme marquent la culture populaire, ça me frappe. Au début des années vingt, le Japonais Daisetz Teitaro Suzuki a sorti un petit livre célèbre qui a été traduit par un linguiste anglais nommé Christmas Humphreys. Ce livre est aujourd’hui accessible aux anglophones. Il a été lu par un prêtre anglican britannique, Jerry Watts, qui s’est converti et est parti pour San Francisco. Son prêche a eu un effet profond, les effets de ces volontés individuelles ont été importants : Jacques Kerouac (N.D.L.R. : auteur du célèbre Sur la Route) et le poète Allen Ginsberg, par exemple, ont été très sensibles à l’apport bouddhiste. Tout cela a affecté Bob Dylan, puis John Lennon, etc. Tu vois, toutes ces connections se sont créées à partir de ce livre (petit rire). C’est fascinant de voir à quel point une chose si petite a pu imprégner le monde et influencer notre culture… Le moléculaire, qui affecte l’ensemble. Mais la culture du loisir nous fait dévier aujourd’hui du spirituel vers la superficialité, le chapeau de Lady Gaga, etc. J’aime Lady gaga, ce n’est pas le problème, elle est un très bon entertainer… Mais je constate les choses. Voici venu l’avènement des préoccupations les plus étroites. Nous célébrons la gouvernance du médiocre, célébrons nos actrices avant nos philosophes ou nos leaders spirituels. Enfin (rire), je reste moi-même un entertainer, alors…

Oui, mais un entertainer sérieux (rire) !
Ah, c’est drôle… Les journalistes anglais me disent souvent que je prends les choses avec trop de sérieux, que je me prends trop au sérieux. Et je leur réponds : « absolument ! » … Les gens ne se prennent-ils pas au sérieux, en général ? Ne te prends-tu pas au sérieux ?

Mmmh… J’essaie (rire)
Tu sais, je crois qu’il faut faire les choses avec sérieux et puis de manière générale, je déteste cette manœuvre consistant à essayer de rabaisser l’autre, même par un bon mot. Pour moi, il n’y a pas d’humour là-dedans, mais de la perversité. Nous sommes tous égaux dans notre humanité mais la nature humaine joue avec cela, et ça me déplait, je ne me sens pas concerné par ce « réflexe ». Et puis tout ne peut se résumer par un mot cool ou une blague.

Toute chose doit être faite avec le plus de soin possible, l’entertainment y compris, je suppose.
J’en suis certain.

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