I-M-R – Interview bonus Obsküre Magazine #13

05 Mar 13 I-M-R – Interview bonus Obsküre Magazine #13

Curieuse, curieuse, cette désintégration partielle d’In My Rosary. Pour pénétrer plus intensément encore l’univers darkwave/folk/pop du premier album d’I-M-R, soit In My Rosary sans Dirk Lakomy, voici des éléments complémentaires à l’interview parue dans Obsküre Magazine #13 (janvier / février 2013).

Considères-tu Letters from the Paper Garden comme le premier album d’un groupe, ou comme la continuation de l’œuvre d’In My Rosary ?
Ralf Jesek : Les deux, vraiment. Puisque je suis toujours le responsable de la création musicale à tous les niveaux, et jusqu’à aujourd’hui, c’est évidemment la poursuite d’un projet. Toujours la même intention, la même vision des choses. La seule chose qui ait changé, c’est que j’ai écrit plus de paroles qu’avant. C’est tout. Mais d’un autre côté, c’est aussi l’album d’un groupe, parce que tout le monde a participé au résultat final. Peut-être pas intensivement, pour l’instant, parce qu’après une si longue période passée à travailler seul, je dois apprendre à me décharger de certaines responsabilités. Mais tout le monde a apporté ses idées, et nous avons tous offert notre marque aux chansons. Dans tous les cas, l’album sonnerait différemment, s’il avait été créé sans le groupe. Et je pense que cette synergie sera encore plus forte, la prochaine fois.

Comment l’album a-t-il été écrit ? Quand as-tu commencé à l’écrire ?
Les premiers titres ont été écrits peu de temps après le split officiel. Curieusement, cette triste expérience a été presque libératrice. Peut-être parce qu’elle a ouvert de nouvelles possibilités. En particulier la chance de coopérer avec Martin, Hölger et Hansi (N.D.L.R. : musiciens live de toujours pour le groupe), coopération extrêmement prometteuse. Transporter en studio notre expérience live était une idée intéressante. En général, c’est à cette période que tout a vraiment commencé : nous nous sommes réunis, avons échangé des idées étranges, et avons pris beaucoup de plaisir à cela. Et à aucun moment il n’était question de faire un nouvel album… je crois que j’avais vingt-trois extraits en six semaines, grosso modo, et en janvier 2012, nous avons choisi les trois titres qui seraient enregistrés en démos. Pendant cette pré-production, une idée de morceau de Hölger a rejoint la liste… et je n’ai également pas pu résister à l’envie de réenregistrer quelque vieux titres de 1990, « Awake » et « Poisoned Eyes ». L’album s’est ensuite développé assez vite. Les enregistrements définitifs ont pris un peu plus de temps, car nous devions nous adapter aux emplois du temps de nos invités, mais la base était prête, en quelque sorte.

Justement, comment les collaborations avec tous ces artistes (Sara Noxx, Elena Fossi…) se sont-elles mises en place ? Comment expliquerais-tu ce choix de sortir un premier album placé sous le signe de la collaboration ?
Comme toujours, je me sentais « vide » après le travail effectué sur Retro. Je pensais vraiment que le concept du projet avait atteint ses limites, et que je ne serais plus capable d’écrire de nouvelles chansons dans ce contexte figé. C’est pourquoi je voulais entreprendre quelque chose de différent, pour prendre encore un peu plus de distance. Alors, l’idée d’enregistrer un EP uniquement constitué de duos m’est venue. J’ai pensé aux chanteuses avec lesquelles j’avais envie de travailler, et je leur ai demandé si cela les intéressait. C’est à Sara Noxx que j’ai fait appel en premier, parce que j’avais adoré notre précédente coopération sur Retro, et j’ai été ravi qu’elle accepte de suite. La suivante a été Isabelle Dekeyser, de The Breath Of Life, que j’avais rencontrée après un concert à Bruxelles, et elle a été immédiatement partante. Ensuite, j’ai demandé à Elena Fossi, de Kirlian Camera et Spectra Paris ; l’idée la séduisait, mais elle n’était pas certaine de trouver le temps. Heureusement, elle l’a trouvé. La requête suivante concernait Nicole Rellum, la chanteuse de mon précédent groupe, Derrière Le Miroir. Nous n’avions plus rien enregistré ensemble depuis plus de dix ans, et j’étais vraiment très heureux qu’elle soit d’accord. Il y avait deux chanteuses de plus sur ma liste, mais l’une a cessé de répondre à mes mails après avoir accepté ; quant à l’autre, je ne l’ai pas contactée car à ce moment-là, la fin du projet était consommée, et l’idée d’un véritable album d’I-M-R en suspens. Mais il était hors de question d’abandonner toutes ces collaborations. Au contraire. Nous avons aussi invité des artistes comme Paul Roland, Stan_I et M.S. (du groupe russe Stilllife), Kai Kampann (également de Derrière Le Miroir), Alless et RobDVA (d’Into Nowhere), Doris Krausse et Annette Kosakowski. Rien de cela n’était planifié, tout s’est mis en place pendant la production. Rien à voir avec du name-dropping ou quoi que ce soit de ce genre. Nous voulions juste travailler avec des artistes que nous aimons vraiment. Et c’était une expérience merveilleuse, parce que tous les invités se sont vraiment donnés, ont apporté leurs propres idées et arrangements, et ont donné aux morceaux leur propre patte. Je ne pense pas que cela soit si courant, que des gens mettent autant de créativité dans un projet qui n’est pas le leur. Nous voulons vraiment leur adresser un immense merci !

Et quel est ce « jardin de papier » ? Une histoire unifie-t-elle ces treize lettres ?
Le thème central est cette prétendue réalité, ou pour être plus précis, les différentes réalités que les gens vivent, ou générées par des situations particulières. Et comment on se comporte vis-à-vis d’elles. Le « jardin de papier » est un aspect de ce sujet. Une sorte de refuge, où l’on peut construire son propre monde. Un monde fragile, bien sûr, mais vraiment important… Et quand on possède un tel lieu, c’est beaucoup plus facile de communiquer nos pensées au monde réel, parce que la manière qu’aura ce monde de recevoir lesdites pensées n’a plus autant d’importance. D’où le titre. Simplement une image agréable : nous, dans notre propre monde, envoyant des lettres musicales à l’inconnu – oui, soyons un peu kitsch.

Comment était-ce, en studio, cette fois-ci, avec Martin, Holgen et Hansi ? Cette nouvelle conjoncture a-t-elle changé ta manière de créer ?
En premier lieu, j’ai envie de dire que c’était beaucoup plus amusant, ce fait de travailler entre amis au lieu d’être tout seul. Peut-être est-ce une question d’âge, mais je me suis rendu compte que cela me manquait beaucoup, de faire partie d’un groupe. Et bien sûr, cette nouvelle situation de travail a modifié certaines choses. Par exemple, nous avons attaché de l’importance au live. Avant, je ne m’en souciais pas du tout, parce que c’était surtout un projet studio, et nous ne jouions sur scène que les morceaux qui n’étaient pas trop difficiles à adapter. Cette fois-ci, nous avons aussi pensé à la jouabilité, et nous pourrions jouer l’album en entier, en live, sans aucun problème. Par ailleurs, le fait que je ne joue plus tous les instruments a changé la manière d’enregistrer. Il y avait davantage d’essais et d’erreurs, en studio, et les titres ont pris une autre direction, entre démos et versions finales.

i-m-r

Votre label précise que la musique d’I-M-R a quelque chose de Joy Division et The Cure. Que pensez-vous avoir emprunté à ces groupes, pour le vôtre ?
Une vision du monde idiosyncrasique ? Une idée de l’individualisme ? Je pense que l’influence de The Cure sur notre musique est facilement reconnaissable. C’est de leur faute, si j’ai commencé à écrire des chansons quand j’étais jeune ! Même ma manière de jouer de la guitare est influencée par eux. Et je suis toujours fou de la profondeur des sentiments qu’ils arrivent à mettre dans un format minimaliste. Ce respect me rend très old-school. Je ne crois pas en l’importance d’un son parfait et d’une production léchée, comme beaucoup le font, de nos jours. Je crois simplement en l’importance de la chanson elle-même, et des émotions qu’elle délivre. Cette vieille idée du « moins, c’est plus ». Et évidemment, cela s’applique aussi à Joy Division, qui a eu une immense influence sur la darkwave en général. Mais pour être honnête, personnellement, je ne les aurais pas exposés comme référence, pour notre musique. Notre côté pop est un peu trop prononcé pour cela…

Que préparez-vous pour la suite ?
Nous espérons faire quelques concerts l’année prochaine. Les préparatifs avancent, et avec un peu de chance, nous pourrons jouer en France. Sinon, j’ai déjà quelques idées pour un prochain album, je commencerai à les mettre en démos après Noël. Et j’espère vraiment que les autres membres du groupe feront de même. Par ailleurs, Martin sera occupé par les futures rééditions des albums de Printed At Bismarck’s Death. Et enfin, Nicole, Kai et moi pensons à de nouveaux titres pour Derrière Le Miroir. Nous avons pris tellement de plaisir à enregistrer « Poisoned Eyes » que cette idée nous emballe au plus haut point. Mais rien n’est fixé pour le moment, et peut-être que ça ne se fera pas, mais l’anticipation est le plus grand des plaisirs… en quelque sorte…

> SORTIE
– I-M-R – Letters from the Paper Garden (Skybork Music/Nova Media) (2012)

Be Sociable, Share!