Hint – Interview bonus Obsküre Magazine #26

27 Oct 15 Hint – Interview bonus Obsküre Magazine #26

Deux pages pour présenter la discographie de Hint, c’est une longueur correcte. Mais deux pages alors qu’on avait des questions à n’en plus finir et que de son côté Arnaud Fournier a les réponses qu’on attendait, ce n’est pas suffisant. Voici donc un bonus avec, pour commencer, mes excuses au grand Joe Satriani dont mes doigts sur le clavier avaient fait muté le nom… et celles de notre maquettiste, qui – bougre ! – a interverti des visuels en affichant ceux du groupe Margaret Catcher (cf. plus bas).

Sylvaïn Nicolino pour Obsküre : Nous sommes vraiment désolés pour cette sélection hasardeuse des deux photos de la page 57 de notre magazine. Bon, impossible de récupérer les stocks et de faire un nouveau tirage, mais au moins, on peut le préciser ici et plutôt deux fois qu’une…
La question de l’archiviste… Sur l’album 100% white Puzzle, il y a ce titre, « The Hap » prolongé d’un (Part II). Quelle est la version précédente ? Est-ce « The Hap (no america mix) » de Dys- ?
Arnaud Fournier : Presque… En fait ce « The Hap » sur Dys- est le remix du premier « The Hap », qui figurait sur notre première K7 Enebris.

Quand aviez-vous enregistré avec Daunik Lazro ?
C’était pour le label Rectangle (monté par le prolifique guitariste Noël Akchoté et par Quentin de Prohibition) : pour le LP compil File Under Music où quatre groupes de la scène noise (Bästard, Sister Iodine, Prohibition, Hint) collaboraient avec des musiciens de la scène jazz contemporaine (Daunik Lazro, Denis Colin, Didier Petit,…). Daunik et nous, on s’est retrouvé au Studio des Variétés directement pour improviser et enregistrer.

Pour votre album Wu Wei, vous aviez soigné les cordes et les samples, vous deveniez « cinématographiques », comme on disait alors (avec des exceptions tel ce furieux « Unlocked »). Sur ce dernier disque, on passe d’un climat à l’autre. Vous explorez et découvrez des paysages très riches (et prémonitoires de ce que vous pourrez faire ensuite comme avec « Limitless Space ») et également dispersés (« Ionizer », un titre qui se fait techno-metal indus à la Punish Yourself). Avec cette exploration explosive, je vois une sorte de lien total avec le projet suivant qui a entouré Phago[cité]. Une ère qui dépasse l’album en tant qu’entité unique.
C’est ça, Wu-Wei avait un côté très cinématographique. Pour Phago[cité], un éditeur [NDLR : La Volte] nous a demandé de créer la bande son du nouveau roman de Stéphane Beauverger. On a lu le livre et on a créé des ponts entre les personnages et nos musiques. On a ensuite sélectionné les extraits (avec quelques nouveautés au niveau des arrangements) puis monté l’ensemble en une seule plage évolutive de cinquante minutes.

hint-lesdeuxpiedsdanslafosse

Ce Phago[cité], c’est un disque que j’aime et qui en même temps me déçoit un peu. C’est à la fois une superbe compilation avec des inédits et c’est vrai que la musique colle avec l’univers (d)étonnant du livre, mais en même temps, je trouve ce disque trop déconstruit. La violence d’ « Hermetism », un titre de 1996, vient entre des titres plus doux et la trilogie de « Trafics » est rompue. Je suis tatillon, car je le répète, c’est le format que je me repasse le plus de vous…
Il faudrait qu’on réécoute le disque ! Comme d’habitude, on a fonctionné au feeling, et on voulait justement un peu déconstruire les titres. On n’a jamais envisagé ce projet comme un nouvel album ou même un best-of ! On a juste essayé de coller à l’ambiance du livre avec notre matière sonore existante.

« Inlandsis » est l’un de mes morceaux climatiques préférés (avec « The Fish and the Fisher » et « Beautiful old Betty ») : d’où venaient ces accalmies ? La genèse de tels titres était-elle plus solitaire, plus nocturne (matinale) ?
On ne concevait pas de titres extrêmes sans titres beaux et calmes. Tout Hint tient sur cette tension entre le violent et l’apaisant. On avait autant de plaisir à composer ces « beaux » titres que les plus bourrins. Ça se faisait en même temps quand on répétait. Ces titres naissaient plus d’improvisations à deux que d’un travail de séquences rythmiques avec accords carrés. Pour l’anecdote, « The Fish and the Fisher » est le tout dernier titre que nous avons enregistré ensemble (en 1998).

Qui est Laurence Hugues Luisetti qu’on entend sur « Love is an Illness » de 100% white Puzzle ?
Laurence est une amie qui était à la fac de droit avec moi ! Elle avait vécu trois ans en Écosse et parlait très bien anglais. On avait cet instru sans idée de voix, alors on lui a demandé de poser sa voix (sur un poème écossais). C’est la seule fois où elle est intervenue dans un projet musical. On est toujours proche et elle travaille dans la vidéo ; elle a notamment participé à la dernière captation live de 2015 à La Cave à Musique de Mâcon.

Product Topology était une façon d’appréhender la musique assez neuve à l’époque (parallèlement NIN avait fait de même avec Broken / Fixed en 1992 et les Young Gods utiliseront au maximum cette idée de ressources sonores comme matériau de citations) : le disque n’a pas marché aussi bien qu’il aurait dû [NDLR : erreur !]. Y a-t-il eu des éléments promotionnels qui expliquent ce silence qui entoure ce disque ?
Ce n’est pas du tout ça ! On voulait faire un LP de remixes pour avoir une relecture de certains titres de 100% White Puzzle. Pandemonium nous a proposé de sortir ce LP en série limitée (525 exemplaires numérotés) avec pochette sérigraphiée. À notre grande surprise, tout a été vendu en un mois, sans promo. Il n’était pas question de le rééditer. C’est pour ça qu’on a remis quelques remixes à la fin du deuxième album, Dys-. Aujourd’hui, ce LP se trouve parfois d’occasion, à des prix hallucinants, c’est sur-côté…

Je vous ai vus plusieurs fois en concert, et ce qui m’a frappé à l’époque, c’est cette sensation de musique en mouvement, fluctuante, insaisissable. Sur scène, vous ne reproduisiez pas les titres à l’identique, mais vous étiez emportés par eux, pour eux. Et c’était plus expérimental que punk (ça m’a sauté aux yeux lors d’un court set à la Villette, celui pour le Salon Music Mania, où on se demandait ce que vous faisiez là et où vous avez ravagé votre musique en quelques minutes pour nous propulser ailleurs.
Quand on joue, on rentre vraiment dans les titres, on les vit et on essaie de transmettre des émotions. Quand on a joué à la Villette, c’était très court, en plein jour, sans vidéo, avec un public non averti, et dans un prog plutôt « varièt’ » : un cauchemar ! On a joué nos titres les plus hard-core, sans compromis. C’est la seule fois je pense où on s’est demandé ce qu’on faisait là…. Je ne pensais pas qu’un jour quelqu’un nous reparlerait de cette date !

hint-marion-ruszniewski

Lorsque Stéphane (Bénard) projetait ses visuels sur scène, c’était en pleine re-création du VJing. Qu’est-ce qui manquait techniquement pour que le spectacle soit total ? La projection en deux dimensions, c’est quelque chose qui tuait l’immersion ou pas ?
On a toujours envisagé la vidéo comme la troisième dimension de notre musique en stéréo. On était un des tous premiers groupes français à utiliser le VJing live en 1994 (on s’inspirait de Neurosis par exemple). Dès notre quatrième concert (pour l’inauguration officielle du Chabada d’Angers). Au début, c’était super roots : un vidéo-proj de 400 lumens, deux magnétoscopes, des tonnes de VHS pas solides, un projecteur 16mm avec des boucles de bandes qui se coinçaient et des diapo. Nos VJ (Stéphane, Jérôme (Petiteau), puis Jack (Prévost)) maniaient tout ça avec leurs doigts, leur menton et leur nez et jouaient un peu comme nous ; ça pouvait être très aléatoire !

La réédition des disques, la compilation 93-99, ce sont des projets que vous avez accompagné tous les deux ? Quel est votre état d’esprit à chacun au moment où ça se monte ?
Tous les disques étant épuisés depuis longtemps, on a décidé de faire cette compilation, de concert avec le label Jarring Effects, au moment de la première tournée avec Ez3kiel. Avec Hervé, on a sélectionné, d’une part les titres emblématiques du groupe pour faire une sorte de best-of, et d’autre part, des raretés et inédits (collaborations, démos, reprises, remixes, 45t, etc) pour faire découvrir d’autres facettes du groupe.

Au sujet des facettes du groupe, la couverture (et la double page intérieure) de Fredox est un régal sur le split que vous aviez signé avec Unsane pour le single de Erase Yer Head. Pourtant son univers est très éloigné du vôtre, visuellement. Est-ce que cette façon brutale de voir le groupe vous a touchés ? (les Portobello Bones feront pareil avec vous sur leur très bon Portobello Amigos en vous convoquant pour des reprises hystériques…).
C’était le principe du single-club Erase-yer-Head : un groupe européen + un groupe non-européen + carte blanche à un graphiste du Dernier Cri. Quand on a reçu les 45t, pour être franc, on a trouvé l’artwork super-hard et violent, loin de l’univers de Hint ; et beaucoup plus proche de l’imagerie Unsane (qui eux, trouvaient la pochette fantastique !). Avec les Porto, c’était un délire de potes pour jouer quelques titres qu’on adorait, avec un gros paquet de guitares….

Question de curieux qui en passionne plus d’un : le « Combien de temps vivrai-je (encore) ?… Jusqu’à l’aube » de « Flexible », c’est bien une citation du film muet Le Cabinet du Dr Caligari ?
Certainement ! Hervé était fan du film. Il y en a d’ailleurs quelques images projetées pendant nos concerts.

> WEB OFFICIEL
https://www.facebook.com/HINT-40310755768/timeline/?ref=hl

> MERCI AUX PHOTOGRAPHES dont j’ai ici copié les deux photos :
Marion Ruszniewski (photo n°2 avec le saxophone)
lesdeuxpiedsdanslafosse (photo n°1 avec la guitare et l’écran visible).

> Enfin, nous adressons aussi nos EXCUSES au groupe Margaret Catcher dont les visuels se sont retrouvés dans nos pages, tout ça parce qu’ils avaient ouvert pour Hint à Mâcon et que la précipitation lors du bouclage d’Obsküre #26 nous a joué un vilain tour.

Be Sociable, Share!

Tracklisting :
Be Sociable, Share!























Tweet

Site du groupe / MySpace :
Be Sociable, Share!

Laisser une réponse