Hermann Kopp – Interview bonus Obsküre Magazine #16

04 Août 13 Hermann Kopp – Interview bonus Obsküre Magazine #16

Avec Zyanidanger (Galakthorrö), Hermann Kopp a encore franchi une étape dans la recherche sonore et émotionnelle qu’il développe depuis plus de trente ans.
Certains extraits de notre entretien avec le compositeur allemand expatrié à Barcelone n’avaient pas été publiés dans Obsküre #16 (juillet / août 2013). Les voici.

Obsküre Magazine : Plus que jamais, ta musique semble s’inscrire dans la tradition du romantisme noir germanique, allant de Goethe à l’expressionnisme allemand. Est-ce que cette tradition esthétique est innée en toi? Avais-tu des images précises en tête quand tu as commencé ce nouvel album ?

Hermann Kopp : En effet, j’aurais aimé connaître la période des années 1920 qui a donné naissance à des films comme Le cabinet du Docteur Caligari, Alraune, Der Golem, Nosferatu etc. Les nazis ont détruit toute la culture allemande et autrichienne de ces années-là. Des gens incroyablement talentueux comme Murnau, Lang, Sternberg, Waxman et Sirk ont préféré l’exil, et le résultat est le paysage culturel très pauvre des années 1950 en Allemagne, les “Heimatfilm” et les comédies frivoles amnésiques.

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On connaît ta prédilection pour le violon et les synthétiseurs analogiques, mais tu as intégré ici d’autres instruments qui ajoutent à la dimension orchestrale, presque acoustique, de certaines pièces, comme le piano ou le violoncelle. Il semble qu’aucun son n’est laissé au hasard sur ce disque. As-tu senti que certains instruments étaient plus à même de retranscrire ta vision que d’autres?

J’étais à la recherche de sonorités plus graves et profondes, et en même temps je voulais faire contraster des instruments qui peuvent être considérés a priori peu compatibles entre eux, comme la viole et la basse électrique, le piano et le synthé analogique, le vocoder et les field recordings, par exemple. Ceci dit, le hasard n’est jamais complètement absent de mes compositions même si le disque ne le révèle peut-être pas.

HermannKoppCD

En dehors des écrits de Hermann Kopp au milieu du XIXe siècle, d’autres alchimistes ont servi d’inspiration, comme Jabir Ibn Hayyan et Henry Cavendish. Te considères-tu toi même comme un alchimiste dans ta manière de travailler et d’assembler les sons? Quelles sont en général les différentes étapes du processus de création pour ta part?

Pour ce qui concerne les étapes du processus de création, j’en change tout le temps. Des fois tout se développe à partir d’un loop, ou d’une voix, ou d’un instrument, mais il y a eu aussi quelques rares occasions où j’ai composé avec l’ordinateur et en ai fait une partition que j’ai reproduite piste par piste dans un studio. Je suis donc beaucoup plus libre qu’un alchimiste et ne risque pas d’être puni si le résultat de mon travail est autre que de l’or.

Tu parles du « Caput Corvi qui constitue une phase du processus alchimiste liée à la putréfaction et la transmutation ». Quand on connaît ton oeuvre, on sait que ce sont des sujets récurrents dans ton travail. La mort est un sujet que tu n’as pas peur d’aborder frontalement. Que répondrais-tu aux personnes qui pensent que tu as une obsession morbide?

J’avouerais tout! Je ne suis pas suicidaire mais je peux dire que je suis obsédé par l’idée de la mort : déjà en 1981, sur mon premier disque – qui musicalement est assez loin de ce que je fais maintenant – je chantais: “die young stay pretty”. Un conseil que, évidemment, je n’ai pas suivi. 

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