Hekate

15 Juil 11 Hekate

Après divers changements de line-up et de nombreuses remises en question, le projet germanqiue Hekate nous revient avec Die Welt der dunklen Gärten, un album inspiré par la thématique des jardins et les écrits romantiques. Mais pour eux, le jardin est avant tout une métaphore de l’esprit. Eclaircissements sur cette oeuvre fort variée mais définitivement mélodieuse.

Obsküre Mag : Die Welt der dunklen Gärten est votre nouvel album après Goddess qui date d’il y a presque sept ans. Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps?

Axel : Après la publication du CD Goddess en 2004, Susi a quitté le groupe, ainsi que deux autres membres. Achim, Dirk et moi-même nous sommes concentrés sur un nouveau départ pour le groupe avec de nouveaux venus. Mais nous n’avons pas trouvé d’alternative à Susi. Quand Jörg nous a rejoints, nous avons fait des concerts fantastiques sans voix féminine. Mais je ne me sentais pas bien à cette période. Nous avons commencé l’enregistrement du nouveau CD en 2008 mais j’ai dû faire face à des coups du destin. Il m’était impossible de travailler avec Hekate. Je me suis retrouvé à jouer les percussions en live pour mon ami Tomas d’Ordo Rosarius Equilibrio. Il a été un vrai ami pour moi dans ces moments difficiles. En 2009, j’ai repris Hekate et Susi est revenue. Le titre “Die Welt der dunklen Gärten” a à voir avec mon état d’esprit à cette période éprouvante de ma vie.

Vous avez choisi de vous focaliser sur le thème romantique du jardin. Pourquoi ce choix ? Peut-on parler d’album-concept ?

Axel : Le monde des jardins sombres est un endroit pour nos rêves, nos pensées qui se bousculent, nos souhaits inassouvis. Un lieu entre notre monde réel et le monde intérieur de nos pensées. Le monde que tu découvres quand tu commences à t’endormir, une métaphore pour notre propre voyage de l’esprit. Je pense que le « Jardin » est un endroit que l’homme se crée. Ce qui veut dire que l’image d’un jardin diffère suffisamment du modèle. La grande mère nature n’a rien à voir avec notre idée de la Nature et du Jardin. La Nature n’a jamais eu besoin de nous. En comparaison aux autres disques de Hekate qui avaient leurs propres concepts, Die Welt der dunklen Gärten est bien plus personnel. Adieu ma peine, le remplacement et le souvenir y sont des thèmes récurrents.

Le jardins peuvent être également très diversifiés, et c’est un album très varié, même si le son me semble se diriger de plus en plus vers des territoires pop. Y a-t-il une volonté de rendre votre musique le plus accessible possible, avec une touche plus douce, éthérée et atmosphérique ?

Jörg : Tu as raison, c’est un album très varié car les membres de Hekate ont des goûts très spéciaux et vastes en musique, ce qui se ressent bien entendu dans ce que nous faisons. Ce que tu appelles un son plus « pop » n’a pas été intentionnel de notre part, vraiment, mais comme la plupart de notre travail cela s’est développé naturellement dans le processus de composition et dans la manière de jouer (et de mixer aussi !). Ce qui ne signifie pas que nous ne sommes pas contents de ce son et de cette touche plus accessible sur le nouvel album. Les éléments les plus éthérés et atmosphériques viennent sûrement de ma contribution car je viens de la scène électronique avec une forte préférence pour les « espaces » sonores !!!

Le jardin est également une belle métaphore pour le rapport de l’homme à la nature. Quelle est votre relation à la nature ? Elle semble essentielle à votre inspiration ?

Susi : La nature est l’inspiration personnalisée, en général. Nous aimons la nature, et nous essayons – dans l’ordre de nos possibilités – de la protéger !

Vous êtes également un groupe très littéraire et vous avez choisi d’utiliser notamment des textes de Lord Byron et de Joseph von Eichendorf sur l’album, deux poètes du début du XIXe siècle. Est-ce que c’est culturellement et artistiquement votre période préférée ?

Axel : La vie et l’oeuvre de Lord Byron me fascinent tellement. C’était un aventurier, un poète miraculeux et un excentrique. J’aime sa poésie et cela a été mon désir d’utiliser un de ses plus grands textes, “When we two parted”

“Quand nous nous sommes

Dans le silence et les larmes,

Le cœur demi-brisé

Pour ne nous revoir de long-temps,

Pâle et froide devint ta joue,

Plus froid encore ton baiser ;

Ce moment-là présagea vraiment

La douleur de celui-ci.”

J’aime aussi beaucoup Joseph von Eichendorf, c’est l’un des meilleurs poètes qui ait existé en Allemagne, toute époque confondue. C’est le dieu des romanciers romantiques. Ses poèmes plein de mélancolie germanique me font exactement ressentir ce sentiment. C’est vrai que le début du XIXe siècle est une de mes périodes préférées.

La chanson “Per aspera ad astra” est plus proche de ce que je me rappelle de votre concert à Paris pendant Le Chantier Musical. Très percussif, puissant, épique et symphonique. Votre approche en studio semble différer de votre approche de la performance live. Est-ce le cas ?
Dirk : Il y a des chansons qui marchent en live d’une manière différente qu’en studio. Plus puissantes et énergiques bien que ce soit les mêmes notes que celles jouées en studio. C’est une bonne chose. Nous pensons être un groupe de scène et pouvoir présenter nos chansons d’une manière plus puissante et dynamique en concert. Cela dit, je trouve la version studio de ”Per aspera ad astra” toute aussi réussie.
Cette approche rituelle sur scène, avec l’utilisation de torches et du feu, peut aussi se sentir sur “Sanctus” mais n’est pas mise en avant sur le reste de l’album. Avez-vous en projet de réaliser des enregistrements plus dans cette veine ?

Dirk : “Sanctus” est un morceau en soi. Et cela ne fait que souligner notre diversité. Et c’est sur quoi nous allons continuer à travailler. La raison en est que nous sommes tous très différents dans le groupe. Une chanson rituelle n’est pas aussi facile à produire qu’une chanson d’amour, car le rite est au premier plan et le morceau doit s’y adapter.

Le titre “Per aspera ad astra” est aussi le nom d’un tableau. A-t-il un sens précis pour vous? Vous inspirez-vous parfois de peintures? Quelles sont les images dans votre esprit quand vous écoutez la musique?

Axel : C’est une question intéressante. Tout d’abord, j’adore “Fidus”, Fidus était un étudiant de Karl Wilhelm Diefenbach. “Per aspera ad astra” est un tableau qui a été fait par les deux. Nous habitons tout près de là où Karl Wilhelm Diefenbach est né et à Hadamar il y a un musée avec beaucoup de tableaux originaux de Diefenbach. J’ai vu le très grand “Per aspera ad astra” (62m). Ce tableau est si incroyable que les mots ne peuvent exprimer ce que j’ai ressenti en le voyant en vrai. La vie et la personne de Karl Wilhelm Diefenbach me fascinent, c’est quelqu’un qui a cherché toute sa vie. Les images dans mon esprit sont très différentes, elles sont liées à l’histoire qui se cache derrière une chanson. Parfois je n’aime pas écouter ma propre musique. Les images et les sentiments y sont trop forts pour moi.

L’album a été produit par Patrick Damiani de Rome. Comment décririez-vous votre travail ensemble ?

Jörg : L’album a en fait été enregistré par Achim Weiler, mais mixé par Patrick Damiani . Il est responsable de l’esthétique sonore du nouvel album. En particulier son utilisation intelligente et son goût pour le delay et les chambres d’échos a rendu le son très particulier. En plus, c’est un gars très sympa, avec qui le travail est un amusement. Il a très bien compris la musique et a beaucoup aidé pour que l’album trouve sa force finale.

Les line-up de Hekate ont beaucoup changé au cours des années. Selon vous, restez-vous fidèle à vos motivations premières quand vous avez commencé le groupe il y a de nombreuses années?

Axel : Ma femme est importante à ma vie, mais “Hekate” reste mon premier amour J

Dans cet album, en dehors des influences celtiques et européennes, nous ressentons parfois une certaine touche orientale. Ce croisement des cultures vous intéresse-t-il entre l’Orient et l’Occident ?

Axel : Oh c’est une question sur la conviction romane. Premièrement, nous nous intéressons beaucoup à l’art, la culture et l’histoire. C’est une part importante de Hekate. Mais nous utilisons surtout notre influence européenne dans notre musique. Parfois nous avons expérimenté des influences orientales dans notre nouvelle approche musicale mais nous restons attachés à notre style habituel.

Vous utilisez aussi beaucoup d’instruments traditionnels, la vielle à roué, le glockenspiel, etc. Vous êtes plus folk que néofolk?

Axel :Je nous voie comme un groupe folk quand nous écrivons de nouvelles chansons, quand nous reprenons de vieux morceaux ou textes je nous vois comme néofolk car nous utilisons les synthétiseurs et travaillons sur le son.

Ecoutez-vous de la musique classique ? Quels sont vos compositeurs préférés ?

Susi : Bien sûr que j’en écoute! Avant, je préférais les concerts de piano de Mozart en particulier, en ce moment j’admire les grands compositeurs baroques, Bach et surtout le “canon en d- majeur” de Pachelbel. Mais je n’oublie pas les airs romantiques de Schumann – vraiment tragique! J’adore !

Avec votre obsession pour le passé, on a l’image d’un groupe nostalgique. Auriez-vous aimer vivre une autre époque?

Axel : Oui parfois mais nous aimons notre siècle, c’est juste que parfois nous rêvons à d’autres époques. Cela reste juste du domaine du rêve.

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