Hausfrau – Night Tides, interview bonus

07 Déc 14 Hausfrau – Night Tides, interview bonus

C’est l’heure des cadeaux de fin d’année chez Unknown Pleasure Records. Offres promotionnelles, annonces des nouveautés de 2015, bilan et perspectives… Pour fêter ça, un bonus avec Hausfrau dont l’album Night Tides se place dans les figures de proue du label.
Un son et une attitude, une culture assumée et une projection vers le futur. Ça ne stagne pas, c’est sans doute pour ça que l’artiste écossaise s’est rapidement nichée au chaud dans la bande-son de Pedro et ses amis.

La nostalgie semble présente dans les paroles de « Untermensch » ; qu’évoque ce titre ?
Claudia Nova : La haine et la nostalgie sont mes deux motivations les plus importantes quand j’en viens à créer. Je ne peux tout bonnement pas écrire quand je suis heureuse. « Untermensch » m’est venu dans un moment très noir, alors que je repensais à certains individus que j’avais pu connaître autrefois. Je peux être rancunière très longuement. C’est une sorte de malédiction qui a pris la forme d’une chanson. Si tu écoutes les paroles, tu te rendras compte que j’ai une tendance très cruelle, plutôt sadique. Mais, c’est pas ma faute, je suis Scorpion !

Je vois « Running » comme une chanson qui place ta musique électronique sous l’obédience de pulsions gothiques : c’est toi qui joues de la guitare ? As-tu joué ce morceau avec une vraie batterie ? Qui fait la voix masculine ? Pourquoi, sur cette chanson en particulier, as-tu opté pour un duo ?
Comme j’ai pu te le dire, je suis vraiment nulle en ce qui concerne les vrais instruments, du coup, la guitare, c’est mon très bon ami Josh qui la joue. Il a son propre projet musical, Charity Murder, et j’avais placé quelques voix sur des morceaux à lui. Tu le comprends, c’est donc lui qui chante ici. Je ne sais pas pourquoi c’est cette chanson qui est devenue un duo, il me semble que nos voix vont bien ensemble et que leur combinaison crée une atmosphère plus sombre. J’aime l’impact d’une voix grave masculine avec une voix de femme plus fantomatique, ça m’évoque la collaboration de Rose McDowall avec Boyd Rice ou Death in June. Nous travaillons sur d’autres chansons à deux, et je suis assez curieuse de voir où ça va nous mener… Ah, oui, et pour la batterie, ben en fait, là c’est bien moi qui joue !

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J’aime bien aussi le feeling jazzy sur l’hypnotique « Season of the Witch » ça donne des couleurs précieuses et, pour finir, tu places un larsen assez terrible. C’est la juste combinaison du chaud et du froid que tu maîtrises. Que ressens-tu quand tu chantes ce titre ?
Bien vu : « Season of the Witch » c’est le titre que j’adore interpréter sur scène, c’est aussi celui que je joue depuis le plus longtemps. C’est quelque chose de séduisant, et en même temps une chanson bizarre qui permet à ma voix de débuter sur un murmure avant de s’éteindre dans un cri. C’est vraiment cathartique.
Sur « Black Pilgrim », le minimalisme de la mélodie est entêtant ; par-dessus, il y a ta voix, terriblement efficace. Comment l’as-tu composée ? J’ai l’impression que c’est en marchant : il y a ce rythme très oppressant, martial presque, et ta voix qui flotte, légère comme le vol d’un oiseau.
J’écris beaucoup en marchant : c’est le moment où je trouve que je pense avec netteté. Pour « Black Pilgrim », j’avais des phrases et des idées mélodiques qui stagnaient depuis des mois, en attendant que je me pose pour les arranger, et former avec quelque chose qui pourrait ressembler à une chanson. Je savais que je voulais un son de batterie qui ferait penser au claquement d’un fouet, et un son de synthé assez épars pour ponctuer les paroles. Des arrangements minimalistes, ça me va bien, parce que ça donne plus de place à la voix. Les paroles, pour le coup, sont liées à la liaison entre Marjorie Cameron et Jack Parsons, deux personnalités occultes qui me fascinent depuis des années !

« Mysteries of love », c’est un classique, chanté par Julee Cruise pour le film Blue Velvet de David Lynch. J’ose te poser une question stupide : comme tu es jeune, comment es-tu tombée sur ce morceau et qu’est-ce qu’il te rappelle ?
J’ai dû le découvrir par la B.O. : en fait j’ai toujours admiré la façon dont David Lynch utilise la musique dans ses films et particulièrement pour Blue Velvet et Mullholland Drive. C’est toujours hanté et séduisant, mais jamais ouvertement sexuel, un peu comme des chansons de sirène, des morceaux d’un autre monde. La chanteuse émerge des ombres et délivre quelque chose de féérique et transcendant, et quand elle disparaît, ça laisse le public indécis : ce qu’il a vu, était-ce réel ou l’a-t-il imaginé ? C’est cette sorte d’effet que j’espère atteindre en live.

Ton travail repose sur des arrangements très soignés. Sur « Night Tides », les sons ténus et la double piste pour ta voix sont l’une des clefs du titre. Est-ce que tu es l’une de ces maniaques du studio ?
Ha ha! Possible ! J’adore être en studio. La majeure partie de mon processus créatif naît pendant que j’enregistre, sans avoir rien planifié antérieurement. J’aime travailler à l’instinct sans aucune contrainte. J’ai beaucoup de chance d’avoir deux ingénieurs (Emily MacLaren and Stuart Evans des Green Door Studio à Glasgow) qui m’aident et m’encouragent à travailler de cette façon. Si j’avais l’argent, je passerai mes journées en studio et alors, je pourrais sortir un album par mois, pas mal, non ?

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Photo 1 (avec la plante) par Gemma Dagger
Photo 2 (avec les mains) par Geneva Sills et Natalie McGowan
http://www.unknown-pleasures-records.com/

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