Happiness Project – interview à propos de ‘Mutation’

06 Oct 18 Happiness Project – interview à propos de ‘Mutation’

Happiness Project, trio synth-pop français, accuse un certain métier. Plusieurs albums, sortis à distance respectable les uns des autres, ont avec constance porté un songwriting original et poétique. La forme générale garde sa part à une sensibilité mélancolique, et traduit une ambition minimale. C’est l’écho d’un tenace fond de culture coldwave, post-punk, sans que le groupe affiche culture de manière péremptoire. Point de bavardage, le nécessaire détail : chaque production a renouvelé une sensibilité et maintenu l’ambition de coucher une forme de chanson synthétique et moderne. Mutation, le nouvel album, a été produit avec renfort de service (JB Lacassagne, de Dekad, est là) et raffine encore ce qui était en germe sur 9th Heaven . Ce troisième chapitre, en définitive, affirme un style. Une collection de chansons épurées, directes mais non dépourvues d’étrangeté.

À la fois dans les structures et la production, Mutation apparaît comme un disque plus sinueux et cohésif que 9th Heaven. Le ressentez-vous de votre côté et si oui, avez-vous un début d’explication à ce fait ?
Happiness Project :
Pour chaque album nous repartons d’une page blanche avec la volonté de faire un album différent du précédent mais qui soit aussi une forme de continuité, notamment dans les thématiques. 9th Heaven présente une double polarité que nous n’avons effectivement pas réitérée sur Mutation. Sur ce dernier opus, nous avons travaillé avec l’envie d’aller vers un univers plus monolithique, plus sombre et plus sobre aussi. Nous voulions opérer une véritable mutation dans l’image du groupe, tout en continuant à exprimer notre vision du monde. Mutation est construit comme un conte de fée un peu anxiogène. Chaque chanson est un chapitre de l’histoire déroulée et permet de confronter l’auditeur à sa propre tectonique intérieure face aux mutations sociales et environnementales du monde dans lequel il vit. Oui, Mutation est structurellement plus cohésif et plus sinueux par le fait qu’il propose un cheminement à travers de multiples émotions.

Qu’est-ce qui a déclenché l’implication de JB Lacassagne, de Dekad, sur le nouvel album ?
C’est une proposition de Member U-0176 (Celluloide), qui avait géré la post-production sur 9th Heaven et qui souhaitait que la post-production pour Mutation soit différente, notamment au niveau des rythmes. Il sait que nous apprécions énormément Dekad, justement pour l’excellent travail rythmique fait sur ses albums. Comme BOREDOMproduct est une grande famille (sourire) nous avons accepté avec grand plaisir qu’il soit partie prenante de la post-production de Mutation ! Le résultat final nous plaît et nous conforte dans le choix qui a été fait.

Comment BOREDOMproduct travaille-t-il ses artistes ? Sur le son, le choix des morceaux, des formats ? Quid du précédent EP par exemple ?
BOREDOMproduct nous laisse carte blanche pour la composition et n’intervient qu’à partir du moment où nous transmettons les enregistrements avant d’entamer la post-prod. Pour l’EP et l’album, nous avions une bonne quinzaine de chansons en stock et avons choisi d’un commun accord les morceaux qui feraient l’objet d’une production finale. L’EP a été pensé dès le départ comme un véritable mini-album, complet. Donc même si sa fonction est d’annoncer la future sortie de l’album- en créant une forme d’appétence – il a été envisagé comme un objet sonore qui pose le décorum de Mutation, mais qui peut vivre seul aussi. C’est la raison pour laquelle les morceaux qui y figurent ne sont pas des morceaux de second choix mais bien des chansons qui pourraient être sur l’album lui même. « Dark Side Baby Doll » et « Our Wish for More » sont sur l’EP Big Cities tout simplement parce qu’ils se marient à la perfection avec les versions EP de « BIG Cities », « Mutation » et « Tell me » et qu’ils forment un ensemble cohérent, complémentaire de l’album. Personnellement nous aimons beaucoup cet état de fait car nous avons la sensation d’avoir sorti deux albums en 2018.

Le texte du morceau « Big Cities » soulève l’importance des petits lieux, la notion de proximité dans notre rapport à l’espace. Deux d’entre vous vivent dans une ville relativement petite, quand Christelle connaît la région parisienne au quotidien. Quels effets produisent sur vous les grands ensembles urbains ? Vous rassurent-ils, noient-ils ? Vous oubliez-vous parfois dans leurs perspectives ?
La ville comme organisation humaine est au centre de notre intérêt depuis toujours. Dans notre réthorique, il n’est pas vraiment question de valeur entre grandes ou petites villes, mais plus d’expérience de vie. Concernant « Big Cities », le morceau traduit une forme de suprématie, perçue ou vécue, des grands ensembles urbains sur le reste du territoire. Il nous semblait important de dire qu’une mutation vertueuse pourrait peut-être résider dans le retour à une échelle plus raisonnable, où la proximité des choses et des gens serait érigée en mode de vie. Nous aimons les villes, toutes les villes, qu’importe l’importance qu’on leur confère, puisqu’elles sont toutes des espaces de vie où les gens vaquent à leur destin. La vidéo de « Departure », ancien morceau se trouvant sur Remove or Disable, notre premier opus, l’illustre bien.

Sur certains titres, le désir d’obtenir une efficacité pop se ressent, des mélodies jusque dans les choix de production – le traitement des voix notamment, et là je pense à « Tell me » ou « Sweet Heart of Mine ». Y avait-il en germe dans le travail de construction de cet opus III, un désir conscient ou avoué d’obtenir plus d’évidences que sur 9th Heaven ?
Non, pas nécessairement. L’aspérité pop n’est jamais calculée… Elle n’est ni un objectif ni une finalité mais si elle est surgit dans la construction du morceau, nous la conservons. Sur Mutation, nous étions davantage animés par une volonté d’assombrir notre musique pour coller à nos thématiques de prédilection. Nous restons cependant des partisans d’une pop froide et mélancolique qui résulte de notre chimie de groupe et nous permet d’exprimer toute notre palette d’émotions.

Les reliefs essentiellement synthétiques de Mutation, typiques de votre style, traduisent-ils un mode de composition reposant sur les machines en tant qu’outils, ou les instruments réels gardent-ils les premiers rôles lors de la première phase de recherche ?
Dans notre démarche de composition, ce sont les instruments qui priment et non la technicité des machines.
Pour nous les instruments sont toujours au service de l’univers que nous souhaitons créer…ce qui nous permet de développer un son « organico synthétique » qui nous est propre.

Techniquement, diriez-vous que ce nouvel album a été plus complexe à faire que le premier ?
Oui, nettement, notamment avec l’emploi de nouvelles machines qu’il a fallu découvrir et apprivoiser. Nous avons davantage répondu au « cahier des charges » du label mais tout en conservant des spécificités comme la basse de Cyrille, les percussions nouvelles de Christelle. De plus, nous avons souhaité donner aussi plus de portée aux deux voix d’Happiness Project ; techniquement cela a été parfois plus difficile à atteindre que sur 9th Heaven. En cela, il a bien s’agit d’une véritable mutation.

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