H.P. Lovecraft : Cthulhu le Mythe – Remarques sur les traductions

11 Mar 12 H.P. Lovecraft : Cthulhu le Mythe – Remarques sur les traductions

Il n’est pas évident de proposer une nouvelle traduction des nouvelles de Lovecraft tant celles-ci ont fait l’objet d’un engouement du public mais aussi et surtout de leurs traducteurs précédents, fort respectueux du travail de l’écrivain.

En complément à l’article paru dans Obskure Magazine # 8 qui liste l’ensemble des éléments qui font de l’édition Bragelonne un must-have, voici donc un très bref aperçu du travail effectué par la maison d’édition.

Avec son recueil Cthulhu le mythe, l’éditeur relève un grand défi. Les versions antérieures n’avaient rien de fautif, si l’on pense par exemple aux versions expurgées en français des textes de Mark Twain, récemment réédités avec toute leur bonhomie langagière. On doit même reconnaître que les traductions précédentes collaient bien au texte initial, ce qui ajoute à la difficulté préalable d’un tel exercice et amène à s’interroger sur son intérêt.

Le pari a donc été relevé de belle manière par Sonia Quémener et Maxime Le Dain qui proposent à leur tour leurs traductions, dans un souci de respect encore plus grand.

 

Il ne s’agit donc pas dans ce modeste article de faire une comparaison de l’ensemble du recueil, phrase à phrase, avec l’une des versions antérieures, mais juste d’attirer l’attention du fan de l’univers de Lovecraft pour lui montrer que ces nouvelles traductions ont leur petit intérêt.

J’ai pour ce faire pris les deux premières nouvelles du recueil chez Bragelonne, j’ai ouvert mon fort copieux volume de la collection Bouquins chez Robert Laffont et j’ai comparé en amateur avec les textes de départ en anglais. Je passe évidemment sur les simples aménagements et jeux de synonymies à l’intérêt négligeable, pour mettre plutôt en avant quelques-unes des différences pertinentes qu’il m’a semblé nécessaire de remarquer.

 

Ainsi, dans « La Cité sans nom », le premier aperçu de cette ville donne chez Lovecraft :

– « When I came upon it in the ghastly stillness of unending sleep it looked at me, chilly from the rays of a cold moon amidst the desert’s heat »

transcrit chez Yves Rivière par : « Lorsque j’arrivai devant la Cité sans Nom, au clair de lune, elle semblait me regarder, dans le calme de son sommeil éternel, froide dans la chaleur du désert »

et traduit par Maxime Le Dain en : « Lorsque je la trouvai enfin, figée dans le silence funèbre d’un éternel sommeil, j’eus l’impression qu’elle m’observait, glacée par la lune froide au milieu des dunes brûlantes. »

Remarque 1 : L’importance de l’action de la lune chez Lovecraft est rétablie et les adjectifs antithétiques sont conservés dans leur parallélisme.

 

Plus loin, le cheminement dans cette cité prodigieuse, décrit ainsi par Lovecraft :

– « as I led my camel slowly across the sand to that unvocal stone place »

donnait chez Yves Rivière : « je conduisis lentement mon chameau jusqu’à la Cité sans Nom »

et a été traduit par Maxime Le Dain en « je guidai lentement mon chameau vers cette silencieuse cité de pierre »

Remarque 2 : La référence au titre se fait moins insistante (tout comme chez Lovecraft) au profit d’un rapprochement avec les termes anglais.

 

Plus intéressante, peut-être, cette référence au fouillis des ruines :

– « In and out amongst the shapeless foundations of houses and palaces I wandered »

était rapidement occultée chez Yves Rivière : « J’errai dans la ville et pénétrai dans les maisons »

et a été rectifiée par Maxime Le Dain : « J’errais longuement parmi les fondations éboulées de demeures et de palais »

Remarque 3 : Bragelonne colle au texte et respecte son accumulation descriptive.

 

Et pour la nouvelle « Le Festival », une même approche comparative soulève entre autres les écarts suivants :

La description initiale du paysage accorde une place à la neige :

– « I pushed on through the shallow, new-fallen snow »

Ce qui donnait chez Paule Pérez : « Je continuais ma route à travers la neige fraîche et profonde »

et qui a été traduit plus justement par Sonia Quémener en : « Je poursuivais mon chemin à travers la neige fraîche, peu épaisse »

Remarque 4 : Un simple détail qui facilitera la marche au crépuscule du narrateur.

 

Une autre proposition décrivait ainsi la ville de Kingsport :

– « ceaseless mazes of colonial houses piled and scattered at all angles and levels like a child’s disordered blocks »

Elle donnait chez Paule Pérez : « et ses dédales sans fin de maisons coloniales, entassées et éparpillés à tous les niveaux comme un jeu de cubes. »

et a été traduite par Sonia Quémener en : « et ses dédales infinis de maisons de l’ère coloniale, empilées les unes sur les autres, enchevêtrées tel un jeu de construction en désordre, sous tous les angles, sur plusieurs niveaux. »

Remarque 5 : La description fait intervenir la notion d’angles si particulière dans le reste de l’œuvre de Lovecraft.

On ne trouvera donc pas dans ce nouveau recueil chez Bragelonne de version fondamentalement différente avec par exemple une réécriture adaptée des nouvelles de Lovecraft. En revanche, par leur souci du mot juste, ces nouvelles traductions permettront aux lecteurs attentifs et tatillons de s’initier aux charmes de l’exercice et de s’invectiver quelques précieuses heures.

 

La page de l’éditeur Bragelonne

 

 

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